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Salon de l'Agriculture
Et si les épargnants venaient à remplacer les subventions agricoles ?
Publié le 04 mars 2018
L’agriculture est un sujet qui requiert une connaissance de ses particularités. De fait, souvent, ses acteurs se retrouvent reclus sur eux-mêmes et perdent la notion de partage avec les autres acteurs de la société. Pourtant, il existe aussi des solutions aux problèmes venues d’autres horizons économiques, financiers, ou du commerce. Voici les idées venues d’interlocuteurs inhabituels pour le monde agricole.
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L’agriculture est un sujet qui requiert une connaissance de ses particularités. De fait, souvent, ses acteurs se retrouvent reclus sur eux-mêmes et perdent la notion de partage avec les autres acteurs de la société. Pourtant, il existe aussi des solutions aux problèmes venues d’autres horizons économiques, financiers, ou du commerce. Voici les idées venues d’interlocuteurs inhabituels pour le monde agricole.

Dans les conférences données aux assemblées générales d’organisations agricoles, on retrouve peu ou prou les mêmes intervenants. Ils sont du « sérail », on les connait, on sait qu’on ne sera pas surpris... Pour autant, et sans contester la valeur des intervenants en question, le risque existe : ne pas renouveler les idées. Et l’un des problèmes de l’agriculture française est de se situer souvent en retard par rapport aux évolutions de l’ensemble de la société : avoir des solutions nouvelles apportées par des acteurs d’autres secteurs économiques ne peut qu’enrichir la réflexion.

« La ferme France est en crise, l’exploitation agricole familiale à bout de souffle »

Un débat organisé au salon de l’agriculture a permis de confronter des idées. Philippe Jeanneaux, enseignant chercheur en économie rurale à VetAgro Sup à Clermont-Ferrand, spécialiste de la performance des exploitations, a ainsi tracé l’évolution que connait notre agriculture aujourd’hui. Selon lui, « l’agriculture française est un secteur paradoxal, dans le sens où il y a un énorme potentiel, avec la plus grande surface agricole utile en Europe, une grande diversité, et pourtant on ne croit pas en elle, ou en tout cas elle doute d’elle-même ». Un paradoxe qu’il explique par quatre facteurs clé. Le premier : « La baisse continue de la production de valeur : on a augmenté les quantités produites depuis 60 ans, mais les prix baissent plus vite que les volumes augmentent, et la valeur globale de la ferme France diminue. Pour y faire face, les agriculteurs essaient d’obtenir des gains de productivité. Ils restructurent leurs exploitations, ils les agrandissent, et ils investissent massivement, 10 milliards d’euros sont investis tous les ans dans la ferme France. » Deuxième point, Philippe Jeanneaux relève « des inégalités, (en particulier) de revenus, avec 30 % des agriculteurs qui touchent moins de 350 € par mois selon la Msa, mais aussi des agriculteurs qui touchent beaucoup d’argent », mais aussi « de patrimoine, 50 % des agriculteurs ont un patrimoine supérieur à 600 000 €, sachant que le patrimoine médian des Français est de 158 000 € ». Autre point, du fait des restructurations, « on a perdu 50 % des travailleurs en agriculteurs entre 1988 et 2010 ». D’où également des « difficultés à renouveler les exploitations, qui coûtent très cher ». D’où enfin, un vieillissement de la population agricole : « En 2005, 23 % des agriculteurs avaient plus de 55 ans, aujourd’hui il y en a 40 % ». Il a conclu son propos en affirmant que « les agriculteurs – qui pèsent aujourd’hui 3,5 % des actifs et 1,7 % du PIB tout en détenant 50 % de la surface du pays – représentent la seule catégorie qui, d’une majorité est devenue une minorité », ajoutant qu’ils connaissent également « une crise environnementale, on remet en cause leur relation à la terre ».

Après cet exposé sur les évolutions, le même Philippe Jeanneaux a lancé le débat prospectif en affirmant que « la ferme France est en crise, l’exploitation agricole familiale est à bout de souffle ».

Plus tard dans le débat, il a affirmé que les « chambres d’agriculture avaient beaucoup de souci à se faire quand on voit la montée en puissance des outils numériques », évoquant une révolution numérique de l’agriculture, et donc une nouvelle forme de prise de conseils.

Et si les épargnants étaient appelés à investir dans l’agriculture ?

Pascale Weber n’a, à la base, rien à voir avec l’agriculture. Co-fondatrice de Me Fin, une société qui élabore des solutions de financements et de capitaux pour toutes entreprises, elle est issue du milieu des finances. Elle enseigne également en la matière à l’IAE de Bordeaux. Ça ne l’a pas empêché de préparer son intervention par rapport au milieu agricole. Elle reconnait une « valeur sociétale très forte » à l’agriculture, « secteur très riche et très complexe ». Elle parle des défis de l’agriculture : l’environnement, la réponse aux consommateurs, et le fait que les agriculteurs puissent vivre aussi de leurs productions. Pour elle, la solution consiste à passer « d’une agriculture de producteurs à une agriculture d’entrepreneurs », c’est-à-dire de « quelqu’un qui projette, reprend en main ses décisions » Et cela passe par un financement « indépendant des subventions, en actionnant des leviers qui existent, comme le chemin court entre l’épargne et l’agriculture (ce qui représenterait) une vraie opportunité pour les entreprises agricoles familiales. Car c’est un secteur qui parle aux épargnants, qui a une charge émotionnelle, il peut devenir le secteur gagnant de l’épargne ».

« Une nouvelle étape du capitalisme agraire »

Xavier Hollandts, enseignant HDR (habilité à diriger des recherches) dans une école de management (Kedge Business School), a déjà accompagné des élèves dans des projets agricoles même s’ils étaient peu nombreux par rapport aux autres. Selon lui, deux modèles bien différents sont en train de s’opposer : « Un modèle de l’agriculture productive en phase avec des marchés mondialisés ; un modèle plus local, plus en proximité avec le consommateur. » Il évoque également une « nouvelle étape du capitalisme agraire, car on voit arriver des investisseurs étrangers au monde agricole, et ça c’est nouveau ». La digitalisation constitue un autre enjeu du futur selon lui, de même que la redéfinition du circuit de distribution. Il a conclu en disant « raisonnablement optimiste » pour l’avenir des agriculteurs, car « ils sont passionnés, avec des compétences, et une montée en compétences ».

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