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Emmanuel Macron en Corse : 20 ans après l’assassinat du préfet Erignac, le risque de retour à la violence est bien là

Publié le 06 février 2018
Le 6 février 1998, le préfet Erignac, représentant de l'Etat à Ajaccio, était abattu par un "commando" d'indépendantistes. Si cet assassinat a mis temporairement fin aux violences, tout montre que ce statu quo est fragile.
Jean-Michel Verne collabore à Paris-Match, La Tribune de Genève et a récemment publié Main basse sur Marseille… et la Corse (Nouveau Monde éditions).
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Le 6 février 1998, le préfet Erignac, représentant de l'Etat à Ajaccio, était abattu par un "commando" d'indépendantistes. Si cet assassinat a mis temporairement fin aux violences, tout montre que ce statu quo est fragile.

Atlantico : Les leaders autonomistes corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni seront reçus par le Président Emmanuel Macron lors de son déplacement pour commémorer l'assassinat du préfet Erignac, 20 ans après. Ils ont déjà annoncé leurs revendications principales, votées tard avec l'appui de plusieurs élus LREM : dialogue sans préalable, mention de la Corse dans la Constitution, rapprochement des prisonniers et amnistie, mesures pour lesquels ils affirment avoir été "mandatés". Va-t-on, sur ces points considérés comme conditions sine qua non par les nationalistes, vers une intensification ou un apaisement dans les négociations entre les deux parties ?

Jean-Michel Verne : Il faut d'abord noter que ces revendications  ont été rabotées de la co-officialité de la langue corse et du statut de résident, deux revendications fortes des nationalistes mises de côté pour le moment. Seule la question des rapprochements et amnistie des prisonniers politiques, qui faisait partie du triptyque originel des nationaliste a été gardée, sans doute pour avoir l'assentiment d'une plus large partie de l'Assemblée, à commencer par les élus d'En Marche ! 

Cela dit, je pense qu'on est face à une sorte de loterie. Mais au vu du fait qu'Emmanuel Macron a pris dans ses bagages Jean-Pierre Chevènement, je ne pense pas qu'il fasse une annonce très favorable aux revendications des élus et responsables nationalistes corses. Je crois qu'ils mettent un peu la charrue avant les bœufs si je puis m'exprimer ainsi.

Jean-Pierre Chevènement ne viendrait pas uniquement parce qu'il était le ministre de l'Intérieur en poste lors de l'assassinat ?

C'est vrai, mais sa présence est très symbolique malgré tout. Et je vois mal Emmanuel Macron faire des annonces très positives envers les nationalistes conjointement à l'anniversaire du préfet Erignac.

Les nationalistes doivent être plutôt réalistes quant à la réception très probablement négatives de leurs revendications le jour de l'assassinat du préfet. Dans le même temps, ils multiplient les manifestions sur l'île. N'agitent-ils pas le chiffon rouge afin d'intensifier la crise avant même le début des négociations ?

Il y a peu, j'interviewais pour la Tribune de Genève, Pierre Poggioli l’un des fondateurs du FLNC à Ajaccio. Il me disait très clairement qu'il trouvait que cette stratégie d'affrontement n'est pas bonne, qu'il aurait d'abord fallu faire fonctionner la nouvelle collectivité unique avant de monter au créneau. 

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni n'ont quasiment pas évoqué l'assassinat du préfet Erignac, abattu de trois balles dans les rues d'Ajaccio, dont une en pleine nuque à bout portant. Même si l'événement n'est pas commémoré comme un acte de résistance par les indépendantistes, ceux-ci l'ignorent un peu, comme s'il ne s'agissait pas d'un moment déterminant" selon l'expression de Saveriu Luciani dans un article récent du Figaro. Comment cet événement a transformé le nationalisme corse et a préparé Pè à Corsica ?

Je pense qu'il y a une formidable ambiguïté. D'un côté ils condamnent et de l'autre ils citent les membres du commando à commencer par Yvan Colonna. Il ne faut pas oublier que le propre frère de Gilles Siméoni a aidé durant sa cavale celui a été condamné pour l’assassinat du Préfet. D'où un malaise autour de cette question. D'un côté on a Gilles Simeoni qui vient à la cérémonie et assiste à la commémoration. Jean-Guy Talamoni lui ne vient pas, ce qui ne me semble pas une bonne chose puisqu'il siège à la Chambre territoriale corse. Il devrait venir étant donné son statut. Ou alors c'est implicitement reconnaître que cet assassinat est un acte révolutionnaire qui a eu pour effet de redynamiser le mouvement nationaliste en l'orientant démocratiquement. Et dire donc qu'en quelque sorte un mal, aurait été un bien. A la sortie, l'addition, c'est malgré tout Madame Erignac et ses enfants qui l'ont payé.

L'assassinat a-t-il à l'époque affaibli le nationalisme corse ?

Non, parce que vous gommez l'affaire des paillotes qui a redynamisé les combats nationalistes très peu de temps après le choc de l'assassinat d'Erignac. Le rebond a été immédiat. Et il a répondu à la situation post-assassinat qui a été terrible pour les entrepreneurs corses, avec l'arrivée du préfet Bonnet qui a ouvert tous les placards, soulevé les plaques d'égout : cela a été vécu comme une sorte d'acharnement par de nombreux corses. Il est vrai que les assassins ont sur le moment affaibli le FLNC en donnant à l'État les moyens de les affaiblir et en passant pour des meurtriers auprès des autres corses. Mais Bonnet et l'affaire des paillotes, avec son côté surréaliste, ont en quelque sorte redonner du grain à moudre au moulin nationaliste. 

Faut-il craindre un retour à la lutte armée si les négociations se passaient mal ? Faut-il craindre que l'électorat très jeune de Pè a Corsica (comme le montrait une récente étude de l'Ifop sur notre site) veuille lui aussi connaître l'épreuve des armes ? 

Tout à fait, et on a vu récemment des jeunes nationalistes tomber dans des affaires d'attentat. Il est clair que des mouvements tels que la "Ghjuventù Paolina" [jeunesse paolistes (en référence à Pascal Paoli), syndicat étudiant nationaliste] sont des sérails pour trouver des  gens capables de passer à des actions violentes. Ou c'est le cas du Sporting Club de Bastia, dont un des groupes de supporters est un vivier nationaliste violent notoire. 

La violence peut donc revenir. Reste à savoir si le FLNC peut reprendre une dimension plus "rationnelle". Certains disent que oui, et ce même si ce n'est plus l'organisation militaire parfaite des années 1970-1980, il pourrait y avoir de nouveau des attentats contre les édifices publics et – chose la plus dangereuse – contre des personnalités publiques. 

>>> L'enquête Ifop sur la victoire des nationalistes corses <<<

 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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JBL
- 07/02/2018 - 14:55
Ignoble
"M. le Président : mon fils n'a pas vu son père depuis un an et demi" dixit Mme Colonna. Mme Erignac et ses enfants n'ont plus vu leur père depuis 20 ans et ne le reverront plus jamais. La mauvaise foi et le sans gène chez ces gens est sans limite.
Pharamond
- 06/02/2018 - 21:01
Monolithe?
Un problème majeur avec ces négociations que réclame les corses est que les négociateurs corses ne sont pas en position monolithe. Siméoni est pour une autonomie très large,alors que Talamoni est pour l'indépendance.Qui l'emportera au final?
walchp
- 06/02/2018 - 17:01
Vive la Corse indépendante !!!!
Et laissons les corses lever l’impôt après création d’un ministère des finances Corse
Il faudra qu’ils s’habituent à payer des impôts pour de vrai....
La France ne s’efondrera pas si la Corse va vers sont destin
Je suis persuadé que les patriotes Corses mettront volontiers la main à la poche