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Casser du sucre

Le rôle du sucre enfin assumé dans l’épidémie mondiale de diabète ?

Publié le 31 janvier 2018
L'obésité et le diabète sont des fléaux de plus en plus inarrêtables. Et ce d'autant plus qu'on persiste à en taire la cause majeure : notre consommation dangereusement élevée de sucres.
Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.
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Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.
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L'obésité et le diabète sont des fléaux de plus en plus inarrêtables. Et ce d'autant plus qu'on persiste à en taire la cause majeure : notre consommation dangereusement élevée de sucres.

Atlantico : Alors que le nombre d'individus atteints de diabète et d'obésité dans le monde ne fait que progresser, pourquoi n'arrivons nous pas à arrêter cette épidémie qui ne dit pas son nom ?

Guy-André Pelouze : Malgré les campagnes contre l'obésité et le diabète de type 2, l'épidémiologie démontre que de plus en plus d'enfants et d'adultes sont en surpoids ou diabétiques à travers le monde. Ce n'est pas seulement un problème américain, il se produit dans tous les pays où l'accès à la nourriture est bon marché et les aliments industriels disponibles sans limite. L'histoire est connue et les médecins réitèrent généralement leurs conseils sans grande conviction. Dans le même temps leurs commentaires sont souvent irrationnels en raison d'un enseignement très insuffisant sur ce sujet. Ils incriminent généralement l'excès de calories, le manque d'exercice ou le non-respect des recommandations diététiques. Cependant, la majorité des patients et des professionnels de la santé s'accordent sur un point: le gras est le principal coupable. Par conséquent, les gens ont réduit leur apport en graisses. En passant, puisque la viande nourrie aux céréales a une teneur en gras accrue et/ou est cuite avec de la graisse, ils ont aussi réduit leur consommation de viande. Ces tendances sont se retrouvent dans les statistiques alimentaires mais des exceptions existent. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Japon a conservé l'essentiel de son modèle alimentaire. La Suisse et la France ont suivi le même chemin. Ceci est associé à une espérance de vie élevée, moins d'obésité et de maladies cardio-vasculaires (MCV). Mais si le régime japonais est riche en poissons, fruits de mer, acides gras oméga-3, algues et peu calorique, ce n'est pas le cas des pays européens à faible taux de MCV où les graisses saturées des fromages fermentés et des viandes sont largement consommées. 

Quels facteurs alimentaires sont impliqués dans cette épidémie? Dans ce long laps de temps depuis la Seconde Guerre mondiale, une augmentation considérable de la richesse a permis une chute historique des prix alimentaires. L'apport en calories a augmenté et les dépenses ont diminué avec la mécanisation et la station assise. La somme des calories ingérées a augmenté mais cette augmentation cache une distorsion. Les hydrates de carbone (glucides, sucres) ont augmenté plus que ceux des autres groupes de nutriments en raison d’incitations différentes (par exemple: le sucre ajouté massivement présent dans les produits industriels et les mécanismes physiologiques de relance de la consommation de sucre après une prise de sucre pur). Bien sur le total de calories a une importance, sinon la restriction alimentaire ou la chirurgie de l’obésité ne donneraient pas de résultat. Mais nous avons des preuves solides qu'une calorie de sucre n'est pas une calorie de protéine ou de gras. Notre corps n'est pas un calorimètre mais un ensemble de milliards de cellules spécialisées dans des tâches complexes, communiquant ensemble et recevant des signaux de l'extérieur et de l'intérieur. La vue et l’ingestion de nourriture provoque l’émission de signaux émis par l’organisme, par exemple les hormones. Et un signal important dans notre environnement est l'augmentation de l'insuline après l'ingestion de glucides. Cette hormone est très liée à la survie en période de pénurie alimentaire alors que les famines ont disparu. Le résultat actuel est une augmentation chronique de l'insuline dans le cadre d’un exercice physique faible qui conduit à plus de stockage que par le passé. Ce mécanisme est modulé par la génomique et certaines personnes sont plus sensibles à l'insuline que d'autres. Il faut retenir que l’augmentation de richesse et l'abondance alimentaire jouent un rôle majeur dans l'obésité et le diabète de type 2 mais une fois de plus il y a une distorsion due à la vague sucrée.

Pourquoi les changements de style de vie sur le plan alimentaire et de l'exercice physique donnent ils des résultats aussi médiocres dans la vraie vie chez les obèses et les diabétiques type 2 ? 

Cette question est complexe car il existe de multiples facteurs d’échec. A l’évidence notre système de soins est orienté vers l'allopathie c’est à dire le médicament plutôt que vers des changements de ce que l’on appelle l’hygiène de vie. Cette orientation n’est pas le fait des laboratoires pharmaceutiques car d’autres pays ont une organisation du système de soins qui privilégie les traitements non médicamenteux . Il y a donc des facteurs économiques, sociaux et culturels spécifiques qui empêchent la réelle valorisation des traitement non médicamenteux dans notre pays. Un autre exemple de cette dérive est le traitement chirurgical de l'obésité qui est actuellement en phase ascendante alors que ses résultats à long terme sont très incertains. Pourtant il ne s’agit pas pour beaucoup de patients d’un choix individuel, la plupart manifestent au contraire la volonté de changer, de perdre du poids et comprennent le risque sur le long terme. 

L’autre facteur d’échecs est, comme souvent en médecine, une compréhension incomplète voire erronée des mécanismes de la maladie. L’obésité et le diabète type 2 ne sont pas des maladies génétiques et il n’a jamais été prouvé qu’il s’agisse d’une maladie liée à une alimentation trop grasse. Le diabète type 2 est une maladie complexe lié au métabolisme des sucres que l’on nomme l’insulinorésistance. Avant la découverte de l’insuline, sa synthèse et sa production comme hormone injectable, avant les médicaments hypoglycémiants, le diabète type 2 était traité par la restriction glucidique et calorique. Aujourd’hui le recours aux médicaments hypoglycémiants et à l’insuline a fait reculer les changements hygiéno-diététiques. Or, cela a été prouvé à plusieurs reprises et par des études de grande qualité, les changements hygiéno-diététiques sont plus efficaces que les médicaments et plus efficaces que la chirurgie bariatrique. En résumé, les régimes pauvres en sucres (à faible teneur en glucides) et en calories ont des effets positifs sur le poids corporel, le tour de taille, les triglycérides sériques et le contrôle glycémique. Le plus impressionnant est que l'on a observé une amélioration de l'hémoglobine A1c dès les premières semaines, et cette amélioration du contrôle glycémique s'est produite alors que les médicaments contre le diabète étaient considérablement réduits chez de nombreux participants. Parce qu’un régime pauvres en sucres peut être très efficace pour abaisser la glycémie, les patients sous traitement médicamenteux du diabète qui utilisent ces régimes doivent être sous étroite surveillance médicale ou capables d'ajuster leurs médicaments et leur hydratation. Le défi est bien de favoriser l’expérimentation de soins qui permettent de favoriser le recours aux changements nutritionnels et de dépense énergétique. Au cœur de ces expérimentations il y a les régimes pauvres en sucre et en calories associés aux programmes d’exercice physique. Ces régimes ne peuvent être mis en place que par une équipe qui comprend les mécanismes physiologiques de l’alimentation pauvre en sucres. Le meilleur moyen de le faire est le cadre d’un essai clinique. Il est donc essentiel que les fonds de recherche nécessaires soit orientés vers des essais qui prennent en compte l’hypothèse que l’obésité et le diabète type 2 est avant tout une maladie liée à l’abondance des sucres et à leur dysmétabolisme.

Le journaliste Gary Taubes semble soutenir cette hypothèse de la responsabilité du sucre dans cette épidémie d'obésité et de diabète mondial dans une publication du British Medical Journal (BMJ) alors que la responsabilité est communément imputée aux graisses. D'après vous, quels sont les éléments les plus fondés de sa thèse et ceux qui sont plus spéculatifs ?  

Le gras des aliments (il faut distinguer les produits des aliments) n’est ni la cause ni un facteur aggravant de l’obésité et du diabète type 2. "Les graisses saturées font votre bedaine et vont dans vos artères". Nous avons entendu cela de notre mère et de notre faculté. Difficile de manger une noix de beurre sans culpabilité. De ce point de vue la science est solide:

 - la consommation de graisses saturées est neutre pour les maladies cardiovasculaires et est associée à un taux d'AVC plus faible. Il n'y a aucune preuve convaincante que le gras conduit à un gain de poids. Il n'y a pas de différence majeure entre les sources de graisses saturées bien qu'il existe de petites différences selon les principaux acides gras en termes de profil sanguin. A ce sujet rappelons que chez l’homme à la différence des rongeurs souvent utilisés pour ces expérimentations la consommation de graisses saturées est associée à une amélioration du profil lipidique pour autant que la consommation de sucres soit faible.

 - les gras trans industriels sont très nocifs pour la santé. Ils augmentent les maladies cardiovasculaires, détériorent le profil lipidique du sang et augmentent l'incidence du syndrome métabolique. Leur consommation importante après guerre est le facteur alimentaire le plus ignoré de l’augmentation des MCV. 

- les graisses dans leur matrice (c'est à dire la totalité de la nourriture qui la contient) apparaissent non seulement comme essentielles pour certaines d'entre elles mais très efficaces en termes de besoins énergétiques et de signalisation du métabolisme. Donc, la graisse n'est pas le coupable de l'épidémie actuelle de diabète, car les graisses alimentaires ne vont pas dans votre ventre ou vos artères, les graisses vont dans votre foie et leur destin dépend de beaucoup de facteurs. La graisse ne fait pas que votre corps emmagasine de l'énergie, ni que votre cerveau en demande plus, à la différence des sucres. 

S’agissant de ce qui est plus spéculatif, il faut revenir sur la quantité de calories, le rôle du fructose comme sucre obésogène, l’activité physique et bien sur ce que l’on entend par régime à faible teneur en sucres. Ce que l’on doit retenir à mon sens c’est que les sucres ne sont sucrés que s’ils sont de petite taille moléculaire (sucres simples ou constitués de deux sucres simples). Tous les autres, comme les amidons des céréales, ne sont pas sucrés au gout mais contiennent de 500 à plusieurs centaines de milliers de molécules de glucose qui sont libérées lors de la digestion. C’est une immense source d’erreur.

Il est assez inhabituel qu’un journal médical de très haut niveau accueille un éditorial d'un journaliste qui n'a jamais fait de recherche expérimentale ou clinique mais qui a écrit des livres sur la nutrition. Pourquoi le British Medical Journal a-t-il invité Gary Taubes à rédiger un tel éditorial ? 

Ce n'est pas la première fois que le British Medical Journal propose à ses lecteurs des opinions différentes du consensus médical en cours. C'est dans ce contexte que l'on doit envisager l'éditorial de Gary Taubes

Interrogé par mes soins, l'auteur de l’éditorial a confié d'abord être un habitué des publications dans le BMJ. Puis, son raisonnement est le suivant:

“...Une revue de mon dernier livre dans le journal américain, The Atlantic, montrait un point très similaire, à savoir que mon travail dépassait maintenant le journalisme, pour le meilleur ou pour le pire, et entrait dans la science elle-même. La recherche peut être faite, après tout, sans avoir besoin d'un laboratoire et des sujets pour le faire. L'imprimerie a commencé ce processus. L'Internet l'a explosé. Peut-être plus important encore, j'ai une question pour vous: dans tous les autres domaines importants de l'activité humaine, les journalistes sont considérés comme des sources d'information fiables, voire nécessaires (le quatrième pouvoir), peut-être même plus fiables que les participants eux-mêmes. Je suis sûr qu'il y a d'autres sujets dans lesquels vous avez considéré les journalistes, même les journalistes devenus des journalistes / historiens comme moi-même, comme étant peut-être les sources d'information les plus fiables et les plus dignes de confiance. Pourquoi cela n’en serait-il pas le cas pour la médecine et la science? En tant que journaliste d'investigation, mon travail est très similaire à celui du scientifique: établir des connaissances fiables sur l'univers, remettre en question les idées préconçues et interroger les preuves et leur interprétation pour tester rigoureusement les hypothèses, en effet. Que je le fasse bien ou non est sujet à débat, mais le fait que je n'ai pas de diplôme de médecine ou que je n'ai pas étudié le sujet à l'université ne peut être une raison de traiter mes conclusions avec scepticisme, car nous devons traiter toutes les conclusions avec scepticisme. La science est, après tout, une sorte de scepticisme institutionnalisé. (Comme le dit le prix Nobel Richard Feynman, le premier principe est que vous ne devez pas vous tromper et que vous êtes la personne la plus facile à tromper.) J'espère que cela peut aider et, oui, vous pouvez vous sentir libre de le publier. J'apprécie que vous m’ayez demandé à l'avance mon accord. Bonne chance, Gary” 

En effet devant les statistiques de l’obésité et du diabète l’attitude rationnelle est de s’interroger sur les traitements actuels. En médecine quand un traitement ne marche pas il est urgent de penser la maladie différemment. De cette concurrence naissent différentes hypothèses et beaucoup vont échouer mais l’essentiel c’est que grace à ce processus disruptif la probabilité qu’un traitement plus efficace apparaisse est plus élevée que si les chercheurs poursuivent dans la même voie. Le British Medical Journal agit donc comme un facilitateur de l’innovation et de la recherche ce qui est plutôt son rôle au lieu de n’être que le recueil académique de recherches consensuelles. 

 
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Dr Guy-André Pelouze
- 02/02/2018 - 11:18
Étiquetage: rien ne remplace le choix éclairé
Pour comprendre ce point il faut à mon sens reprendre la question des calories. Cet étiquetage est en réalité totalement biaisé car il continue à faire du gras l'ennemi numéro1.
Plutôt q'un nouvl étiquetage qui infantilise les consommateurs, apprenons à éviter grace aux étiquettes analytiques:
1/ les sucres ajoutés
2/ les aliments ou produits à plus de 20% de sucres (natifs ou ajoutés)
Ainsi il est facile de diminuer la quantité totale de sucres ingérés par jour et de diminuer massivement notre sécréion d'insuline
Les conséquences sont rapides sur le poids et le tour de taille mais d'autres bénéfices ne se voient pas comme l'accumulation de gras dans les muscles, autour du coeur ou dans le foie.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/13/etiquetage-alimentaire-les-bonnes-intentions-ne-font-pas-de-bonnes-politiques_4437595_3232.html
JG
- 31/01/2018 - 20:08
Mais la commission européenne sous la pression des lobbys
industriels, a refusé l'étiquetage des produits vert/orange/rouge en fonction du nombre de calories/100gramme....Cherchez l'erreur....