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Terrorisme : ce que l’enquête sur les attentats du 13 novembre nous a appris sur les méthodes de l’Etat islamique pour fabriquer des tueurs
Publié le 14 novembre 2017
L'enquête de la justice montre le niveau de sophistication important de l'attaque qui a frappé Paris le 13 novembre 2017. Une sophistication permise principalement par un apprentissage sur le terrain, en Etat islamique.
Jean-Charles Brisard est spécialiste du terrorisme et ancien enquêteur en chef pour les familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001.
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L'enquête de la justice montre le niveau de sophistication important de l'attaque qui a frappé Paris le 13 novembre 2017. Une sophistication permise principalement par un apprentissage sur le terrain, en Etat islamique.

Atlantico : Deux ans après les attentats du Bataclan, la cellule terroriste à l'origine de la mort de 130 personnes le 13 novembre est enfin bien connue des autorités. On sait notamment qu'elle avait suivi une formation sur le terrain, des armes et d'endoctrinement pour devenir un tueur expert au nom de l'Islam. Comment transforme-t-on un fanatique en tueur ?

Jean-Charles Brisard : Ce que montre l'enquête, c'est que le séjour sur zone pour un individu radicalisé est systématiquement le point de bascule pour l'entrée dans un engagement violent, ne serait-ce que par la possibilité de se former au maniement des armes et des explosifs. C'est la raison pour laquelle, depuis le début des conflits en Syrie et en Irak, on tente de limiter le nombre de départs, parce que sur zone ces individus acquièrent ces techniques et sont susceptibles de retour au pays de les mettre en pratique, comme cela fut le cas au Bataclan.

Le tueur de Nice n'est-il pas un contre-exemple à ce genre de "cursus honorum" du djihadiste ?

Quand on regarde les projets d'attentats ou les attentats perpétrés par des individus djihadistes (c'est-à-dire qui reviennent du théâtre d'opération) en Europe, on se rend compte que ce sont les plus létaux. Et il s'agit en même temps des projets les plus sophistiqués, sur le plan de l'armement, du mode opératoire etc. Après, il y a justement des individus et sympathisants qui peuvent passer à l'acte de façon isolée. Nice est un exemple que des individus seuls peuvent perpétrer des attentats dévastateurs. Mais c'est extrêmement rare. La plupart du temps, il faut acquérir des techniques que seul le terrain permet, ou que seule la formation que ce soit dans des camps d'entraînement ou sur des théâtres d'opération – permet.  

C'était le cas du Bataclan, avec un niveau de sophistication très important…

Oui, c'est un projet dirigé par un groupe terroriste et planifié de longue date. On sait que la genèse de ce groupe date de 2013 pour certains, et elle s'est faite sur le théâtre d'opération. Cela veut dire pour certains des mois sinon des années de préparation Et cela veut dire une logistique extrêmement sophistiquée qui a permis aux individus de s'infiltrer en Europe. Ce qui n'avait pas été le cas jusqu'à présent, parce qu'avant 2015 on essayait uniquement d'infiltrer des individus restés très peu de temps, capables de voyager sous leur vraie identité et de passer sous les radars. Mais cela a été rendu possible par l'ouverture de la route des migrants en 2015. Le groupe a alors réussi à faire revenir des personnes aguerries sous de fausses identités.

En s'intéressant au mode opératoire de l'équipe du Bataclan, on se rend compte que les seuls à ne pas avoir donné la mort ce soir-là sont ceux qui n'étaient pas en Syrie. Les autres avaient par exemple tous participé à une exécution de État islamique sur le terrain (généralement filmées). Laurent Nuñez, patron de la DGSI, a d'ailleurs déclaré que ce qui le préoccupait aujourd'hui étaient "les équipes encore implantées dans les zones de combats, en Syrie et en Irak". La "destruction" de l'État islamique en tant que structure proto-étatique semble apporter deux constats contradictoires : d'une part que sans elle, le risque d'attentat du type Bataclan devrait baisser, mais en même temps que le retour des expatriés présents en Irak et en Syrie augmente les risques dans les mois à venir. Partagez-vous ce constat ?

Il y a plusieurs choses dans votre question ! D'abord il faut bien souligner le risque de menaces projetées : ce sont les capacités dont dispose encore l'État islamique de projeter des combattants qui sont encore dans les zones de repli vers les territoires européens. Cette capacité existe en effet encore, mais est amoindrie par l'État islamique même si on sait que des combattants arrivent encore à rejoindre la Turquie ou d'autres endroits. Mais en effet le risque premier est celui constitué par les individus radicalisés inspirés par la propagande de ces groupes terroristes qui peuvent agir seuls ou de concert en restant téléguidés par des individus demeurés sur zone. La moitié des projets terroristes de 2016 ont été projets de cette sorte. Les relais sur zone en Irak ou en Syrie prodiguent alors des conseils sur les armes, les modes opératoires ou les cibles.

Il s'agit de deux types différents de menaces. On constate aussi que de plus en plus de projets terroristes utilisent des techniques terroristes sophistiquées, avec recours aux explosifs et à des modes opératoires complexes grâce notamment à des tutoriels diffusés sur internet et voués à accroitre la létalité des opérations terroristes.

Qu'en est-il de la gestion des retours ?

Ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que la tendance n'est pas à des retours massifs. Il n'y a pas un retour important de combattants formés et capables de frapper. Pour l'instant, il n'y a eu que 9 retours en France, dont la plupart sont des femmes et des enfants. On fait le même constat dans les autres pays européens. Cette menace des retours va continuer à exister, mais aujourd'hui, la tendance est plus à la relocalisation pour ces individus, dans des zones de repli ou d'autres zones de conflits, tel l'Indonésie, la Libye, le Sahel… Et là ils veulent constituer de nouveaux foyers terroristes. Cette relocalisation nous oblige à renforcer la coopération et les échanges avec des pays tiers qui devraient être concernés rapidement par le problème, afin d'assurer le suivi de ces individus ou éventuellement les neutraliser.

On peut donc considérer qu'il n'y a pas de menaces directes, pour l'instant, posées par ces retours. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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evinrude
- 15/11/2017 - 09:59
erreur de date
Vous écrivez 13 novembre 2017 au lieu de 2015
Deneziere
- 14/11/2017 - 14:14
Bon, bin si je comprends bien...
... il fallait les empêcher de sortir parce qu'on est infoutus de les empêcher de rentrer. En d'autres termes, on ne sait qu'absorber le poison, on ne sait pas le rejeter. Et vous nous dites qu'on ne marche pas sur la tête ?
lasenorita
- 14/11/2017 - 13:24
Les ''migrants''...
Hier soir, dans le journal de TF1,un policier expliquait que Daesch utilisait les réseaux des ''migrants'' pour nous envoyer ses terroristes!.. On le savait puisque parmi les kamikazes du 13 novembre, on a retrouvé deux ''migrants''.. Mais nos ''gouvernants'' n'ont rien fait pour empêcher ce massacre de ''civils innocents'': ils continuent de laisser entrer des terroristes ''clandestins'' dans notre pays! Quand une bombe a éclaté au Milk-Bar, à Alger(le 30 septembre 1956),puis une autre à La Cafétaria d'Alger (en janvier 1957),je me trouvais devant ces bâtiments où je m'apprêtais à entrer: j'ai vu des femmes et des enfants, sanguinolents, hurler de douleur! Parmi les victimes, blessées par des éclats de bombes, se trouvaient une amie (âgée de 20 ans) et ma tante (âgée de 50 ans):je n'ai pas eu droit à ''un suivi psychologique'', à cause du traumatisme subi par les ''proches des victimes''...Par contre, j'ai constaté que les gauchistes ont donné, à une rue de notre capitale, le nom de la ''poseuse de bombes du F.L.N.'' responsable de cette tuerie.. les gauchistes vont sûrement donné, aussi, le nom de Mohamed Merah, à une rue de Paris...Les ''vrais'' Français ne sont pas ''protégés''