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Sommes-nous moins heureux que nos ancêtres ?

Publié le 05 novembre 2017
On entend souvent dire que : « c’était mieux avant… » Nostalgie ou réalité ? Pour le savoir, Jean-Louis Beaucarnot, a une nouvelle fois remonté le temps et revisité ses best-sellers, consacrés à l’histoire du quotidien de nos ancêtres, en se demandant qui d’eux ou de nous voyageait le mieux, mangeait le mieux, se distrayait le mieux... Au fil d’un panorama riche et varié, il vous propose un étonnant jeu des différences, mené à partir de documents originaux d’hier et d’aujourd’hui, mis en miroir de façon souvent saisissante, entre le temps de l’obsolescence programmée et celui des économies de bout de chandelles, celui des maisons inchauffables et celui du réchauffement climatique… Une enquête originale, qui vous fera remonter le temps, et vous permettra de trancher par vous même cette grande question, que toutes les générations se sont posées. Extrait de "Nos ancêtres étaient-ils plus heureux ?" de Jean-Louis Beaucarnot, publié aux Editions JC Lattès. 2/2
Jean-Louis Beaucarnot
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Jean-Louis Beaucarnot, historien et généalogiste, est connu pour ses chroniques (France 2, RTL, Europe 1, JDD...) et pour ses best-sellers dont "Comment vivaient nos ancêtres" (JC Lattès, 2006). Il est celui que l’Express a nommé "le pape de la...
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Farces et méga-bizutages : une vie moins facile, mais avec moins de stress et surtout plus de rire !

Si le travail était dur, si l’argent et la viande étaient rares, si la vie individuelle était limitée, il est frappant de voir comme nos ancêtres étaient pourtant très gais.

À la joie de faire quelque chose ensemble, s’ajoute le fait que tout est sujet à rire et l’on a dit que sur ce plan nos ancêtres ne manquaient jamais une occasion. Ils ont indiscutablement le sens de la fête. Leur gaieté est bruyante, voire tapageuse. Pas une fête sans repas et boissons ni sans chansons, musique et danse. Pas de danse sans celle du balai ou une partie de chaises musicales ou de colin-maillard. Et pas besoin d’animateur. Le musicien est là et les invités également. Chacun et chacune ira de son refrain ou de sa petite histoire – toujours la même, mais qu’importe, on ne s’en lasse pas plus que du dernier sketch de Gad Elmaleh ou de Florence Foresti. De son histoire ou de sa farce, car la farce occupe une place capitale dans le monde d’autrefois.

La farce est partout et tout est occasion de farce. Certaines fêtes lui sont presque dédiées, comme le carnaval et bien sûr le 1er avril, où voilà encore à peine quinze ans, les Français rivalisaient d’imagination pour se faire des poissons d’avril, les journaux télévisés étant les premiers à sacrifier à l’usage. Des farces toute l’année et des farces à tout le monde : au copain de classe ou de régiment, comme au maître d’école, avec toujours la surenchère : c’est un oeuf d’oiseau que l’on glisse dans la poche de l’instituteur, qui a l’habitude de taper sur le haut de sa cuisse lorsqu’il martèle les mots de la dictée ; c’est une vieille savate que l’on pend à l’hameçon du pêcheur, une pancarte « jus de chaussette » que l’on colle à la porte du café ou un livre grivois que l’on dissimule sous le coussin sur lequel à l’église s’agenouille la bigote. Tout le monde fait des farces à tout le monde, y compris à la maréchaussée, un gamin bien entraîné faisant mine de fuir les gendarmes à vélo, afin de leur faire croire qu’il n’est pas en règle et ainsi de les inciter à le poursuivre – évidemment dans une côte – alors qu’il a ses papiers et que son vélo est tout à fait conforme. Des farces à tout le monde, hormis peut-être au curé…

Des farces souvent très lourdes, envoyant en Vendée à la « chasse au bitard », variante locale de la chasse au dahu. Des farces toutes bêtes, comme de frapper au volet pour réveiller un dormeur. Des farces collectives, avec des chahuts proches de nos bizutages – à commencer par les charivaris – et des journées ou événements privilégiés y donnant lieu, comme les mariages ou autrefois le 1er mai.

Le premier jour de mai a en effet longtemps ressemblé au 1er avril, avec d’abord la coutume de porter du vert, autrement dit une branche de verdure, faute de quoi l’autre vous prenant « sans vert » pouvait vous envoyer un seau d’eau au nez ! Avec ensuite la coutume de « porter le mai », dite aussi de l’« esmayage des filles » qui consistait pour les garçons d’un village à aller discrètement déposer durant la nuit de la veille un branchage symbolique sur la fenêtre des filles à marier : une branche de charme à la fille charmante ou une branche de houx à celle qu’on jugeait désagréable, un rameau de sureau, signe de dégoût, ou un brin de paille à celle réputée pour ses moeurs légères…

Autrefois, cette nuit était réputée comme celle au cours de laquelle les sorcières partaient rejoindre le diable dans les lieux sauvages et écartés, pour s’unir à lui dans un furieux sabbat nocturne.

Nuit par conséquent propice aux troubles, elle a été récupérée, dans certaines régions comme la Vendée, pour être celle au cours de laquelle les gars se livraient à tous les désordres, en organisant le déménagement général de toute la commune. Le maire a alors beau mettre en garde et les gendarmes redoubler de vigilance, rien n’y fait. On ne cesse d’aller plus loin dans l’escalade et chaque 1er mai au matin, le spectacle est encore plus fort, avec la découverte de la place de la mairie encombrée des objets les plus insolites, dérobés sur tout le territoire de la commune. « C’est la barrière du clos Courtel qu’on a retrouvée là et à côté, les pots de fleur de la mère Tapdur ! Une façon de lui rendre la monnaie de sa pièce, à elle si peu aimable. Plus loin, on pourrait tenir une brocante avec les volets des uns, les poubelles et les échelles des autres, le plus insolite restant encore l’ensacheuse du père Grégoire. » On ne sait trop comment certains de ces objets ont pu traverser toute la commune pour se retrouver là, de la bétonnière à la tonne d’eau, et inutile à ceux qui sont allergiques à ces farces de mettre leurs objets sous clé, les gars, que rien ne saurait cette nuit-là arrêter, trouvent toujours un moyen de forcer une porte ou de limer des barreaux. Du chat de la mère Michel au portefeuille de l’Harpagon local, rien ne leur échappe… Plus la farce était énorme et plus on en riait, car on riait de tout, mais surtout des autres. De leurs travers et de leurs mésaventures, comme certains de nos noms de famille parfois bien pittoresques, tels que Meurdesoif, Mangetout, Ouvreloeil, Réveilchien, Trompesauce…. continuent à en témoigner près de mille ans plus tard. De leur bizarrerie comme de leurs défauts. Avec là aussi une formule ayant toujours fait recette : l’ébriété.

Faire boire un voisin pour le voir rouler sous la table, chanter et divaguer était une des farces préférées. Au repas de mariage ou de battage, un morceau de pain poivré offert à l’un des convives qui ne tient pas l’alcool saura toujours faire se gondoler l’assemblée.

Car si en France tout finit toujours par des chansons, tout se règle aussi dans la boisson. On a dit que la meilleure façon de calmer le charivari était d’offrir à boire et qui pensait y échapper en se murant derrière ses volets ne faisait souvent qu’exciter davantage.

Rire de tout et de rien. D’un rire gras mais d’un rire sincère et spontané. Et d’un rire toujours partagé. Car le rire était un exercice de groupe. À l’école comme au régiment ou au café, à la fête comme à la noce, pour le Mardi gras, pour le 1er avril ou pour le 1er mai, nos arrière-grands-parents ne s’amusaient qu’à plusieurs, alors qu’aujourd’hui nous pouvons rire seul, en lisant un livre marrant ou en regardant un film comique, devant notre tablette.

Malgré la dureté du quotidien, on savait rire. Peut-être justement pour compenser et oublier, signe d’une faculté que nous avons perdue. Pour être moins instruits et plus naïfs ? Pour être moins informés et moins stressés ? Et la grande valse des plus et des moins de revenir. Parce que moins exigeants et sachant se contenter de peu…

Extrait de "Nos ancêtres étaient-ils plus heureux ?" de Jean-Louis Beaucarnot, publié aux Editions JC Lattès.

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