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SOS storytelling : l’Europe peine à écrire le roman de son identité...

Publié le 26 mars 2012
Sans mythe fondateur, l'Union européenne n'a ni histoire, ni avenir. Absence de cohésion et de convergence forcent les 27 à faire du surplace... Si ce n'est à disparaître complètement si on ne réagit pas.
Jean-Luc Sauron est professeur associé à l'Université Paris-Dauphine.
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Sans mythe fondateur, l'Union européenne n'a ni histoire, ni avenir. Absence de cohésion et de convergence forcent les 27 à faire du surplace... Si ce n'est à disparaître complètement si on ne réagit pas.

La situation actuelle montre à l’évidence que les Européens n’arrivent à se projeter dans un avenir partagé. La simple lecture d’une carte de l’Union européenne suffit à discerner l’absence de cohésion ou de convergence des histoires nationales des 27 Etats membres de l’Union. Tout se déroule comme si, en dehors des Six Etats fondateurs, les différents élargissements n’avaient jamais réussi à donner corps à une communauté de destin. C’est sans doute pour cela qu’inconsciemment la Communauté européenne s’est transformée en Union européenne.

Après les rencontres entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer ou la poignée de mains Mitterrand-Kohl devant le mausolée de Douaumont, les réunions de « Merkozy » ou les « photos de classe » de fin de Conseil européen ne frappent pas autant l’imagination. Il n’existe ni roman fondateur, ni film mythique sur l’histoire européenne. Quel serait l’équivalent européen de Naissance d’une nation de D. W. Griffith ? Près de soixante années de "concubinage" n’ont pas permis aux nations européennes de se donner une histoire ou un avenir communs. Le logo choisi pour le cinquantième anniversaire du traité de Rome "together since 1957" est à l’évidence simplificateur, voir mensonger concernant les pays d’Europe centrale et orientale. Ne correspondant pas à la réalité vécue ou ressentie par les Européens, l’Union reste une structure bureaucratique sans accroche populaire. Pas d’aventure collective où chacun puisse se reconnaître comparable à l’arrivée du Mayflower ! A la place des bustes gravés des pères fondateurs dans le Mont Rushmore, l’Union européenne dessine sur les billets d’euro des monuments imaginaires, comme s’il fallait à tout prix éviter un enracinement quelconque. C’est une Europe sans identité spatiale à laquelle les institutions européennes et les gouvernements des Etats membres espèrent voir adhérer les Européens.

Qui pourrait écrire le roman de l’Europe en ce début de XXIème siècle ? Les visionnaires se font rares, remplacés par des intellectuels et des politiques à la recherche de "coups médiatiques", ayant peur de ne pas être de l’appel qui marquera le redémarrage de l’aventure ou de ne pas être le premier à avoir prononcé la formule féconde dont sortira l’Europe régénérée ! Mais aucun de ces appels n’a derrière lui de mouvement de masse. Or ce qu’un petit nombre d’hommes ont réalisé (Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide De Gasperi, Paul-Henri Spaak, etc…) n’est plus aujourd’hui possible. Il ne suffit plus d’avoir raison à très peu pour entraîner nos concitoyens vers le bouleversement souhaité… par cette même minorité agissante. La complexité de nos sociétés et leur "émiettement" entre des centaines de "niches3 sociales et identitaires particulières rend impossible à une minorité de forcer le destin. Les pro-européens n’ont ni perspectives, ni troupes. Ils n’arrivent pas à mobiliser au-delà d’un cercle restreint. Le projet fédéraliste est réduit à un mécano institutionnel entre Bruxelles et les Etats membres sans contenu perceptible touchant à la vie quotidienne des Européens ou à l’avenir de leurs enfants.

L’Europe a-t-elle-même une identité ? La chose est moins évidente qu’il n’y paraît. Religieusement, elle n’a jamais été une. Les trois monothéismes sont associés depuis plus d’un millénaire à son histoire. Et quel rapport existe-t-il entre un luthérien suédois et un grec orthodoxe ? 23 langues officielles et autant de chemins culturels. 

L’Europe de 2012, celle d’institutions inadaptées et vieillies, n’a pas de projet d’avenir, c’est-à-dire mesuré à l’aune d’une génération. Beaucoup attendent la croissance, mais ni une communication de la Commission européenne, ni une résolution du Parlement européen ne suffiront à la faire venir. 

Le romancier de l’Europe, pour commencer à écrire son roman, doit savoir où il veut en venir et ce qu’il veut faire faire à ses personnages. Qui peut prétendre que l’Union européenne et ses Etats membres travaillent à un scénario sur l’avenir du continent ? Réduite à une succession de sommets de la dernière chance, l’aventure européenne survit plus qu’elle ne prépare son avenir. Les nations perdurent du fait de l’histoire passée qui les fondent. L’Europe, sans racines, tarde à écrire son futur. La mondialisation apprendra très facilement à fonctionner sans l’Union européenne. Ce ne sera pas la première civilisation que ce continent aura vu disparaître.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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HR
- 26/03/2012 - 22:25
@ cqoiqéqon
-"nous restons très attentif à tes explications sur le pourquoi et le comment sortir de cette Europe qui est à l’arrêt et qui regarde passer les trains."
On est en Europe. L'Europe existe. La France est en Europe. On ne peut pas en sortir. Ca c'est une certitude.
golvan
- 26/03/2012 - 22:24
A titre personnel je crois en
A titre personnel je crois en une Europe plus unie par la convergence économique des divers Etats qui la composent. Mais cette convergence économique est freinée des quatre fers par les administrations nationales, en particulier la française qui refuse de perdre quelque prérogative que ce soit. Il semble assez évident que face à des grands blocs politico-économiques qui se dessinent à l'heure actuelle et qui rivaliseront forcément les uns avec les autres pour tirer profit du commerce mondial, l'Europe est la seule entité crédible pour défendre ses habitants. Mais ce ne sera pas la France qui sera copiée, et ça c'est totalement inacceptable pour un tas de fanatiques des bienfaits de l'Etat français supposé être le modèle indépassable.
Humaniste
- 26/03/2012 - 20:52
28 siècles d'Europe
Il faut lire ce livre de Denis de Rougemont qui montre qu'il y a une histoire longue et une origine symbolique. Cependant dans cette Europe on est encore à la veille de comprendre quelque chose à ces communautés humaines complexes, de ces communautés que l'on récuse et réduit au communautarisme dans ce pays-ci. Le Sens du bien commun qui suppose une communauté de Sens existe même pour l'Europe. Il faut aller le chercher dans des profondeurs de cette part d'humanité dont elle est l'héritière. Voir l'analyse des Sens de la culture européenne : http://journal.coherences.com/article424.html