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Les artisans, remède anti-crise

Publié le 17 mars 2012
La semaine de l'artisanat vient de se terminer. Les artisans continuent, envers et contre tout, de représenter un riche avenir en termes d'emploi et d'activité professionnelle. Pourtant ces métiers sont pourtant souvent négligés à l'école où l'on ne regarde pas toujours le travail manuel d'un bon œil.
Jean Lardin est le président de l'Union professionnelle artisanale (UPA).
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La semaine de l'artisanat vient de se terminer. Les artisans continuent, envers et contre tout, de représenter un riche avenir en termes d'emploi et d'activité professionnelle. Pourtant ces métiers sont pourtant souvent négligés à l'école où l'on ne regarde pas toujours le travail manuel d'un bon œil.

La France va mal, la France souffre ! On ne cesse de le dire. Nous sommes d’ailleurs les champions du monde du pessimisme. Toute la France ? Non ! Car un secteur économique peuplé d'irréductibles hommes et femmes résiste encore et toujours à la morosité ambiante.  Ce secteur besogneux, mais aussi innovant et exportateur, tous les Français le connaissent en entrant dans une boulangerie, en allant chez le coiffeur, en faisant appel à un électricien. Dans l’artisanat et le commerce de proximité, malgré les difficultés, près de 6 chefs d’entreprise sur 10 restent confiants dans l’avenir de leur entreprise. 

Et pour cause. Nous sommes « la première entreprise de France». Nos entreprises réalisent plus de 400 milliards d’euros de chiffre d’affaires et notre vitalité économique et sociale n’est plus à démontrer : 600.000 emplois salariés ont été créés en dix ans dans l’artisanat, pendant que dans le même temps l’industrie en perdait un million.  Notre secteur figure parmi ceux qui ont le mieux résisté à la crise, continuant même d’embaucher.

Au nom des 1.200.000 artisans et commerçants qu’elle représente, l’UPA a aujourd’hui la conviction que les économies locales, portées par l’artisanat et le commerce de proximité, constituent un pendant vital aux déséquilibres engendrés par la mondialisation. Pour nous, le « made in France » n’est pas une tendance électorale : cela a été, cela est et cela sera toujours notre quotidien et notre raison d’être. Mais attention aux images d’Epinal ! La proximité ne signifie pas l’isolement. Forts d’une souplesse qui leur permet de s’adapter aux exigences du marché y compris à l’international, nos entreprises représentent près d’un tiers des exportateurs français, atteignant un volume d’exportation supérieur à 6 milliards d’euros.

Un bon métier, mais pas pour nos enfants

Nous avons su également conquérir les cœurs et battre en brèche les idées reçues. L’immense majorité de nos compatriotes a une bonne opinion de notre secteur. Mieux : les trois quarts des Français se disent prêts à conseiller un métier de l’artisanat à leurs enfants ou à leurs proches. Pourtant, à peine un jeune sur deux déciderait de travailler dans ce secteur si l’occasion se présentait. C’est là où le bât blesse. Un métier dans l’artisanat, fort bien, mais pas pour moi ! La formation des jeunes mais aussi la promotion des filières techniques et professionnelles qui mènent aux métiers de l’artisanat et du commerce de proximité sont pour nous des défis majeurs pour les années à venir.

La crise économique a montré combien avoir un métier concret peut être une carte maîtresse, qui permet employabilité et mobilité professionnelle. On se retrouve en effet face à un paradoxe insupportable : alors que le chômage ne cesse de grimper et que nos entreprises constituent un vivier d’emplois pour la France, nombre de nos collègues peinent à trouver des  candidats adaptés à leurs offres d’emploi. La réponse à cette problématique passe sans nul doute par le développement de la formation professionnelle.

Les Français et plus particulièrement les jeunes doivent savoir que l’artisanat et le commerce de proximité restent en 2012 parmi les rares secteurs d’activité à faire jouer l’ascenseur social. Nous formons via l’apprentissage 200 000 jeunes chaque année qui pour 80% d’entre eux sont embauchés à l’issue de leur formation.  L’apprentissage est un cursus de formation qui favorise en outre l’accès au statut de chef d’entreprise : aujourd’hui, un chef d'entreprise artisanale sur deux est issu de l'apprentissage.

Sur ce sujet comme sur d’autres, beaucoup reste à faire. Car si l’État a besoin de nous pour revitaliser le lien social, pour contribuer à l’aménagement du territoire, pour réorganiser l’économie autour de la relocalisation, nous avons besoin de l’État pour qu’il nous aide à résister aux grands circuits de distribution, pour qu’il intervienne par des mécanismes compensatoires dans une politique des prix favorable à l’économie de proximité.

Dès le mois d’octobre 2011, nous avons décidé de nous inscrire fortement dans le débat pré-électoral en interpellant les différents candidats afin qu’ils prennent en compte les priorités de nos entreprises. Cette interpellation a pris la forme d’un livre-programme pour 2012 titré « Penser autrement », dans lequel l’UPA a formulé vingt-huit propositions destinées à remettre l’initiative individuelle au cœur de la société et l’artisanat et le commerce de proximité au cœur de l’économie.

Inspiration européenne

Penser autrement, c’est penser aux petits d’abord, aux 98% d’entreprises françaises de moins de 50 salariés. En cela, nous nous inscrivons dans la philosophie du « Small businness Act » européen. Trop souvent, les législations et réglementations, au niveau européen comme dans l’hexagone, sont élaborées en fonction des priorités des grandes voire des très grandes entreprises.

C’est une erreur dans la mesure où nos catégories d’entreprises offrent un potentiel important en matière de création de richesses et d’emplois. Des solutions telles que la mesure « zéro charge » destinée aux entreprises de moins de onze salariés a permis aux petites entreprises de créer des emplois. L’UPA souhaite que les gouvernements s’inspirent plus souvent de ce pragmatisme.

De fait, nous considérons la question du coût du travail comme primordiale. Les artisans et commerçants de proximité attendent des pouvoirs publics une réduction du niveau actuel du poids des charges pesant sur les activités de main d’œuvre. Les diverses cotisations sociales versées par les employeurs placent le coût du travail français parmi les plus élevés d’Europe, devant l’Allemagne. À titre d’exemple : dans le bâtiment, et dans l’hôtellerie-restauration, deux secteurs à fort taux de main d’œuvre, la baisse de la TVA, de 19,6 à 5,5% depuis 1999, a permis de relancer la création d’emplois.

Penser autrement, c’est aussi, face aux 25% de jeunes en recherche d’emplois, oser proposer une réforme en profondeur de l’orientation scolaire, en mettant en place un vrai service public de l’orientation placé sous la responsabilité de l’État, des Conseils régionaux et des partenaires sociaux.

Et je pourrais encore citer bien d’autres mesures comme la création d’un fonds de financement de l’artisanat et du commerce de proximité dédié à la création, à la reprise et à la modernisation des entreprises.

Agir, voilà donc l’enjeu désormais. Notre détermination à faire bouger les choses est entière. Elle ne suffira pas, mais nous osons espérer qu’elle sera fédératrice au point de rassembler autour de nous des forces dont l’action convergente peut changer le visage de la France. Une chose est sure, les 1.200.000 artisans et commerçants de proximité sont bien décidés à se rendre aux urnes. Les élus de la République seraient bien inspirés d’entendre leur voix.

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JO94
- 18/03/2012 - 22:29
l'artisanat, un système has been de petits bourgeois
Les jeunes n'ont pas envie de patrons paternalistes et lunatiques, même quand les affaires vont bien car beaucoup n'ont pas fait d'études et ne sont pas pédagogues! Le défaut de formation est celui du patron qui a juste son bp et son cap. Ils sont tous acariatres! Je fais mon pain tout seul, mon électricité aussi et j'entretiens mon véhicule moi même et je me fais à manger avec les recettes de top chef. Je préfère les grosses boites et la mondialisation. Je me rase la tête aussi
esteld
- 18/03/2012 - 22:08
Auto entrepreneur=une nouvelle niche
Le statut d'auto entrepreneur met en concurrences des entreprises assujeties à la TVA avec des entreprises exonérées de cette même TVA.En conséquence ,la reussite du statut d'auto entrepreneur est entre autres basée sur la destruction d'entreprises classiques . Il s'agit en fait de légaliser le travail au noir. Pas de quoi être fier de cette "création"
Cap2006
- 17/03/2012 - 22:25
désole, il fallait lire GRACE à l'UPA...
défendre ses interêts ne rends pas "garce" ;-)