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La santé du futur
La médecine teste une hypothèse radicale (et qui semble marcher) : donner à des patients des médicaments dont ils savent qu'ils sont inefficaces
Publié le 03 juin 2017
Les placebo seraient aussi efficaces que les molécules pour prendre en charge certains symptômes. Des études réalisées par Ted Kaptchuk, professeur de médecine à l'Université d'Harvard le montre. Ces travaux pourraient constituer des pistes inédites pour la prise en charge de certaines maladies.
Nicole Delépine ancienne responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des...
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Gérard Delépine est chirurgien orthopédiste, et l'un des précurseurs de la chirurgie conservatrice dans les sarcomes osseux et la pose de prothèses. Il est reconnu dans le monde entier pour ses travaux depuis plus de 20 ans.
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Les placebo seraient aussi efficaces que les molécules pour prendre en charge certains symptômes. Des études réalisées par Ted Kaptchuk, professeur de médecine à l'Université d'Harvard le montre. Ces travaux pourraient constituer des pistes inédites pour la prise en charge de certaines maladies.
 

Atlantico : Ted Kaptchuk, un professeur de médecine à l'Université de Harvard a réalisé des études ou il montre que les placebo sont beaucoup plus puissants que ce que l'on pense. Dans quel cas ces placebo peuvent s'avérer plus efficaces que les molécules servants à traiter les maladies ? Quelles sont les douleurs qui peuvent être traitées ainsi ?

Nicole Delépine avec Gérard Delépine : Nous partageons globalement l’avis du Professeur Kaptchuk et il est difficile de penser que la plupart des médecins et soignants de terrain ne soient pas au moins en partie d’accord avec lui en raison de leur expérience quotidienne.

Rappelons ce qu’est l’effet placebo.

On entend par placebo un traitement sans composant actif connu. Mais tout médecin, et même les médecins qui traitent des maladies organiques lourdes comme les cancérologues, savent qu’un placebo peut avoir un effet mesurable.  Cet effet placebo est connu depuis longtemps : un des premiers essais contre placebo a été réalisé avant la Révolution française en 1784 par Lavoisier.

L’effet placebo est souvent bénéfique. Ainsi le simple contact avec un médecin en qui on a confiance et qui vous écoute constitue déjà un traitement un peu efficace qui diminue l’angoisse et les douleurs. Et l’administration d’un placebo sous forme de pilules et/ou d’injection réduit souvent les douleurs de manière éventuellement importante.

L’effet placebo peut aussi être nocif (effet nocebo). On ne compte plus les malades qui, venant pour leur séance de chimiothérapie, souffrent de nausées ou de vomissements avant même qu’ils aient reçu le moindre traitement actif. L’accueil froid, indifférent du professionnel ou la façon d’asséner de mauvaises nouvelles peut aussi aggraver le patient tant psychologiquement dans l’immédiat de façon visible mais aussi dans l’évolution de la maladie.

L’usage habituel du placebo dans la recherche clinique a permis d’en découvrir de nombreux aspects. C’est pour distinguer dans les effets observés ceux qui dépendent de l’effet placebo de ceux liés au principe actif que les traitements nouveaux sont souvent comparés à un placebo en double aveugle (le malade comme le médecin ignorent si le traitement administré est actif.

Or dans ces essais drogue nouvelle contre placebo, les malades qui ne reçoivent qu’un placebo présentent fréquemment des effets-sans qu’on puisse d’ailleurs faire la part entre l’effet du placebo lui-même et des variations spontanées de la maladie- en dehors de tout traitement. Ainsi dans l’essai de Yang (2003) testant l’avastin contre placebo contre le cancer du rein métastatique, 2 des 40 malades recevant le placebo ont souffert d’hémoptysie et un d’embolie pulmonaire et sur l’ensemble de ce groupe témoin leur tumeur est restée stable en moyenne pendant 2.3mois. Dans l’essai vectibrix contre le cancer du colon métastatique (Van cutsen 2007) 9% des patients qui n’ont reçu qu’un placebo ont présenté des troubles cutanés et 1% une hypomagnésémie. Dans l’essai du votrient contre le cancer du rein métastatique (Sternberg 2010) parmi les 145 malades qui n’ont reçu qu’un placebo l’effet nocebo a été important :  9% ont souffert de diarrhées, 10% d’hypertension, 8% de vomissements, de fatigue intense ou d’asthénie, 33% d’une hyperglycémie et 22%d’une élévation des transaminases. On pourrait multiplier les exemples qui démontrent de façon régulière les effets réels  des placebo !

Comment peut-on expliquer que des placebo soient aussi efficaces ? La communauté scientifique et les médecins semblent ne pas partager l'avis du docteur Kaptchuk. 

L’effet du placebo est indéniable, mais nous ne nous lancerons pas dans une explication simpliste nécessairement fausse et que nous ne dominons pas !

L’usage le plus pertinent du placebo est évidemment l’accompagnement de signes fonctionnels mal calmés par les médicaments habituels.

L’effet du placebo est habituellement observé sur des symptômes fonctionnels, douleurs, angoisse, vomissements, diarrhées, insomnie mais il peut aussi affecter des données biologiques, des signes  plus objectifs (ondes cérébrales) et même être aussi efficace que certains actes chirurgicaux mineurs (synovectomie arthroscopique du genou).

On a surtout utilisé l’effet placebo contre des douleurs (en particulier neuropathiques) et les troubles fonctionnels digestifs (nausées, diarrhées, colon irritable), insomnie. Certaines études estiment de 20 à 40% la diminution d’intensité des douleurs observée après placebo .  Cette réponse dépend beaucoup des acquis du sujet (sa culture, ses antécédents émotionnels, ses réflexes et leur mode d’acquisition) et aussi en partie de son patrimoine génétique.

L’effet placebo est moins à la mode que dans les années 80 car il rappelle que la médecine n’est pas une science dure mais reste un art profondément humain qui utilise des connaissances scientifiques au service de l’homme. Or ce nouveau siècle veut minorer le facteur humain : on essaie de faire de la médecine sans contact humain (télémédecine) ,on veut augmenter l’être humain (transhumanisme), on ne traite que les maladies en oubliant que le but de la médecine est de traiter et si possible guérir le malade. Ainsi les agences du médicament délivrent rapidement  les AMM sur la seule constatation de la réponse de la maladie (maladie stable sur quelques mois) et non plus sur la prolongation de la durée de vie.

Comment l'usage des placebo pourraient se développer à partir de ces recherches ? Certains médicaments pourraient-ils en souffrir ?

Il est évident que les prix des nouvelles molécules, imposés par big pharma et acceptés par les gouvernements, de l’ordre de plusieurs milliers d’euros mensuels par malade ne poussent pas les firmes à commercialiser des pilules de placebo dont ils auraient du mal à justifier des prix délirants. Mais on peut tout voir comme de vieilles drogues commercialisés à plus de 1000 fois leur prix antérieur. Alors il faut s’attendre à tout.

Enfin les vieux médecins  et soignants ont tous connu le fameux "sérum physiologique"  qu’ils finissaient parfois par prescrire à des malades résistants à de grosses doses de morphine et soulagés -parfois- par cette injection supplémentaire. La médecine n’est pas une science et encore moins une science exacte. Elle relève aussi de l’art sensible à l’humain. Ne l’oublions jamais.

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Commentaires (1)
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gerint
- 03/06/2017 - 19:55
Soit mais pas d'illusion
Dans la très grande majorité des troubles graves ce sont les médicaments actifs qui sauvent. Sans nier les abus commerciaux de "Big Pharma". Et un médecin compétent ou une équipe médicale sachant manier les médicaments forcément toxiques est la meilleure garantie de résultat