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Paëlla

"L’auberge espagnole" des candidatures La République en Marche pourrait-elle conduire à une législature agitée ?

Publié le 01 juin 2017
Il parait que les Espagnols, pour souligner le caractère hétérogène de la composition du gouvernement Macron-Philippe le qualifient de « gouvernement paëlla ». S’agissant des candidatures de La République En Marche, on devrait plutôt parler « d’auberge espagnole », chacun y étant entré avec sa propre sensibilité politique. Le risque est alors de voir la composition et la structure du futur groupe à l’Assemblée Nationale affecter le vote des textes, accroissant ainsi l’incertitude pour l’exécutif et conduire - et c’est là la plus grande menace- à une législature agitée.
Véronique Jérôme est maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Paris-Sud Saclay, Docteur HDR en sciences économiques de l'Université Paris-I, lauréate de la Bourse Louis Forest de la chancellerie des Universités de Paris et...
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Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en...
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Il parait que les Espagnols, pour souligner le caractère hétérogène de la composition du gouvernement Macron-Philippe le qualifient de « gouvernement paëlla ». S’agissant des candidatures de La République En Marche, on devrait plutôt parler « d’auberge espagnole », chacun y étant entré avec sa propre sensibilité politique. Le risque est alors de voir la composition et la structure du futur groupe à l’Assemblée Nationale affecter le vote des textes, accroissant ainsi l’incertitude pour l’exécutif et conduire - et c’est là la plus grande menace- à une législature agitée.

Le positionnement idéologique du mouvement La République en Marche (LREM) « ni à droite, ni à gauche » et « à gauche et à droite », a abouti au rassemblement d’une mosaïque de candidats aux législatives dont beaucoup d’entre eux n’ont vraisemblablement pas renié leur sensibilité politique profonde

Dès la liste définitive des candidatures LREM connue, et alors qu’on nous annonçait sans plus de détails que 52% des candidatures étaient issues de la société civile, deux types de recensions ont tenté d’y voir plus clair quant à la structure des disparités des candidatures. 

Le premier type d’inventaire a insisté sur l’origine civile et professionnelle des candidats (Etude Libération du 19 mai 20171). Le second s’est focalisé sur l’origine politique des candidats, selon leurs mandats électifs présents ou passés, locaux ou nationaux, voire leurs fonctions éventuelles (passées ou non) de directeurs de cabinet ou de conseillers (Etude de Laurent De Boissieu).

Etude de la « sensibilité politique » de 506 candidats LREM métropolitains

Pour notre part, nous avons choisi de nous pencher sur la caractéristique plus transversale de « sensibilité politique ». Elle a pour avantage de recouper l’obédience affichée par les élus (ou ex-élus) et par les purs « politiques », mais aussi de chercher à percer, le cas échéant, le positionnement des personnalités plus ou moins connues du contingent « société civile ».

Pour établir une telle radiographie des 506 candidats LREM de la métropole, nous avons d’abord recensé ceux qui avaient déjà exercé un mandat électif (local ou national) ou ceux qui avaient assisté ou conseillé des élus au sein d’un cabinet ou d’une équipe. S’agissant des profils « société civile », souvent présentés comme étant plutôt « apolitiques », nous avons passé au « peigne fin » les interviews ou les commentaires publiés dans les médias locaux ou nationaux, mais aussi tout document permettant de révéler une sensibilité politique réelle et assumée.

A priori 53% de purs « politiques » contre 47% de candidats issus de la société civile

Ainsi, nous avons pu ainsi établir que les purs « politiques » représentaient a priori 53% des candidats (268 sur 506)2 LREM en métropole, contre 47% (238 candidats) issus pour la plupart de la société civile (voir Graphique 1).

En réalité, seulement 33,2% sont issus de la société civile « apolitique » contre 66,8% de politiques « au sens large »

Cependant, lorsque l’on regarde au plus près des profils on s’aperçoit que la société civile ne renferme pas que de « purs apolitiques » car il y a aussi des candidats qui ont révélé avoir une « sensibilité politique ». On a ainsi recensé 13,8% (70 candidats) qui ont avoué une sensibilité politique marquée3, il faut donc les compter parmi les politiques « au sens large». Ce rattachement modifie la vision globale, pour donner un rapport en faveur des politiques « au sens large » qui représentent finalement 66,8% (338 candidats) contre 33,2% pour les candidats issus de la société civile « apolitique » (voir Graphique 2), ce qui est assez éloigné des 52% annoncés de candidats présumés « détachés » de considérations partisanes. 

Parmi les « politisés », des candidats LREM un peu plus à gauche qu’à droite

Au final, sur le total des 506 candidats LREM de métropole, plus d’un tiers penchent à gauche et un peu plus du quart penchent plutôt à droite et au centre sur l’échiquier politique traditionnel (voir détail dans le graphique 3).

Au-delà du seul constat statistique 

Il faut maintenant dépasser le seul constat statistique que nous venons d’établir pour s’intéresser à ses conséquences. 

Dans l’hypothèse hautement probable d’une majorité LREM à l’Assemblée Nationale, il faudra encore s’interroger sur la taille de la majorité (relative ou absolue) et sur le rapport de force entre les sensibilités politiques au sein du groupe.  Ces facteurs sont de nature à affecter la stabilité de la future Assemblée Nationale voire même à décider de l’efficacité de la politique économique portée par Emmanuel Macron. En définitive, seule une majorité cohérente autorisera la mise en place précoce de l’intégralité de la réforme promise

Plusieurs structures du groupe LREM sont envisageables pour l’après-législatives

Le meilleur scenario pour la réforme

La mise en place de la réforme sera d’autant plus facile que les élus apolitiques et Modem seront nombreux dans le groupe LREM par rapport aux autres candidats LREM classés à droite et à gauche. Un point d’équilibre serait alors trouvé au sein d’une majorité cohérente qui donnerait à Emmanuel Macron la marge de manœuvre et le soutien politique nécessaires pour appliquer son programme dans la durée. 

Scenario nuisible à la volonté de réforme 

En revanche, si le poids des candidats LREM apolitiques et Modem devait être faible par rapport aux LREM proches des ex-grandes formations, le risque d’instabilité serait très fort. 

Cette instabilité viendrait pour partie de la tentation d’un rapprochement entre anciens PS ou LR-UDI, et ce d’autant plus que les partis existants auraient implosé pour se « balkaniser » juste après les législatives. A ce titre, on peut imaginer à droite un groupe des « constructifs » comme l’a suggéré Jean-Pierre Raffarin et un groupe UDI, tous deux groupes « charnières » à côté d’un groupe LR « canal historique » et d’un groupe FN. A gauche, on pourrait avoir plusieurs sous-groupes de l’ex-PS à côté de la France insoumise.

Dès lors, la probabilité d’un vote dit « cyclique »4 sur les textes serait maximum. 

La fin des « vieux » clivages n’évite pas le cartel des contres…

Souvent, les optimistes pensent que la fin des « vieux » clivages idéologiques doit permettre de fédérer les « bonnes volontés » autour de majorités de projet. Mais ils oublient aussi que toute rupture constituant un saut dans l’inconnu peut générer l’instabilité politique allant jusqu’à fédérer un cartel des « contre ». Ce fût le malheur de la IVème République et ce danger existe en dépit du maintien de la Vème République, et ce, avant même que la proportionnelle ne soit rétablie. 

La « destruction créatrice » ne peut être appliquée à la politique que sous conditions

Par analogie à l’économie, Emmanuel Macron a voulu semble-t-il jouer sur la destruction créatrice schumpeterienne en l’appliquant au marché politique. Mais pour que cette dernière opère, il faut que les coûts d’ajustements structurels soient minimes par rapport aux gains escomptés, ce qui constitue déjà un vrai pari. Et pour se faire, il faut une mobilité parfaite des électeurs se déplaçant des « vieux » partis vers les « nouveaux », en espérant une certaine stabilisation dans le moyen terme. Mais c’est là toute la difficulté comme l’Italie nous l’a montré à plusieurs reprises.

Les partis peuvent mourir ou muter, les sensibilités politiques des électeurs les plus convaincus résistent à l’épreuve du temps, car ils attendent le leader charismatique ou la nouvelle étiquette politique qui leur donneront envie de se rallier.

 
 
 
 
 
 

 

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jurgio
- 01/06/2017 - 17:04
Pour le moment, qu'a-t-on au menu (sans jeu de mots) ?
Rien, sinon la macédoine de Philippe (jeu de mots facile)
Ex abrupto
- 01/06/2017 - 16:21
Il faudra faire la même étude
dans 3 semaines , sur ceux qui auront été effectivement élus; Et à partir de là on pourra envisager une politique systématique de débauchage..:-)
Deneziere
- 01/06/2017 - 08:37
En marche ? Un parti godillot !
Humour facile mis à part,je ne crois pas trop au carte les contres. Les enmarcheurs ont signé un document dans lequel ils prêtent allégeance au télé-évangéliste qui leur sert de président. Et là, on voit mal les 47% issus de la vie civile, se mettre à ruer dans les brancards et faire les frondeurs. Ils ne connaissent rien à l'assemblée nationale, et vont obéir bien gentiment, comme le font toujours les nouveaux députés. Quant aux 53% de politiciens, un bon nombre d'entre eux est là pour la soupe et aura la reconnaissance du ventre.