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Mal dans sa peau
Alerte au suicide des ados : ce que les parents ne voient pas dans les nouveaux malaises que développent leurs enfants sur les réseaux sociaux comme à l’école
Publié le 07 mai 2017
La nouvelle série produite par Netflix, 13 Reasons Why met en scène le suicide d'une jeune adolescente. Cette série a choqué aux Etats-Unis par le traitement du suicide de l’héroïne. Mais ce sont les vraies raisons qui poussent des adolescents à vouloir commettre l'acte qui devraient interroger.
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La nouvelle série produite par Netflix, 13 Reasons Why met en scène le suicide d'une jeune adolescente. Cette série a choqué aux Etats-Unis par le traitement du suicide de l’héroïne. Mais ce sont les vraies raisons qui poussent des adolescents à vouloir commettre l'acte qui devraient interroger.

Atlantico : Quelle est l'influence des réseaux sociaux dans les cas où des adolescents pensent à se suicider ? S'il peut arriver que voir la réussite ou la sociabilité des autres soit un élément qui renforce le malaise des jeunes les plus fragiles, peut-il s'agit d'un élément déclencheur à un tel acte ?

Florence Millot : Dans le cas des défis sur les réseaux sociaux, ils sont de plus en plus dangereux mais ils ne sont pas forcément la cause de ces suicides. Ils peuvent être des amplificateurs quand l'enfant a déjà un terrain fragile, quand il se pose des questions identitaires, qu'il ne sait pas trop où il en est par rapport à sa famille, par rapport au groupe mais aussi par rapport à sa confiance en lui. Il peut être pris dans un engrenage avec ces jeux qui lui donnent du pouvoir et qui le font changer de statut où il passe d'un jeune mal dans sa peau à un super-héros parce qu'il va rentrer dans le jeu, le défi qui est présenté sur internet. Le regard des autres sur lui va changer. Il va avoir une conduite assez dangereuse, une conduite ordalique, c'est-à-dire à risques. Tous le bénéfice de ces jeux est dans le regard des autres qui va changer. 

L'un des problèmes, c'est qu'avec internet, tout se fait de manière cachée des parents et des adultes. Personne ne pourra poser un cadre sur ce qui est bien, ce qui est normal, sur ce qui est dangereux. L'adolescent va finir par se sentir piégé par le pouvoir et l'admiration qu'il aura reçu de ses amis. Ce piège ne s'applique pas pour tous les enfants, mais cela peut être un amplificateur. Il se dit que s'il rate, il va perdre sa place. La honte va être tellement grande qu'il ne voudra pas la vivre. Il aura alors une pulsion suicidaire. Ce n'est pas quelques chose de réfléchi avant, cela peut se faire assez rapidement en trois minutes. Cela reste rare, il faut que l'adolescent se retrouve dans un état de grande fragilité à la base. 

Les défis se sont multipliés ces dernières années sur les réseaux sociaux. De plus, ils dépendent des réseaux sociaux pour impacter plus de jeunes. Quoi qu'il arrive, les adolescents ont besoin de tester leus limites. Ils veulent être dans la prise de risque. Le risque peut être tout petit, comme boire de l'alcool très rapidement. Mais ils peuvent très vite devenir dangereux avec ces défis par exemple qui consistent pour les filles à être très minces et ne plus avoir les cuisses qui se touchent. Les nouveaux défis concernent de plus en plus le corps comme le Ice and salt challenge, le défi de la baleine bleue. Au Japon, certains défis peuvent entraîner la mort. 

Désormais, avec les réseaux sociaux, il y a de plus en plus de personnes qui peuvent assister à ces défis. Avant, cela restait cantonné aux cercles d'amis les plus proches. Sur Facebook ou sur les réseaux sociaux en général, des centaines de personnes qui suivent les adolescents peuvent assister à ces défis. Il peut y avoir des défis sur Instagram, sur Youtube et d'autres réseaux comme Snapchat. La notoriété monte très vite à l'école, au lycée… Les adolescents restent enfermés dans une image ou ils ne peuvent plus en sortir. Dès que l'on parle d'internet et des réseaux sociaux, il y aura toujours des détracteurs pour lancer ces défis et participer à ces jeux. Pour eux, c'est facile, c'est gratuit de prendre part à ces défis. Ils restent anonymes. Tout cela peut amener une grande pression qui va augmenter les risques de passage à l'acte. 

Les vidéos qui se retrouvent sur Youtube ou Facebook peuvent créer un choc qui vient faire effraction dans la vie des adolescents de même manière qu'un traumatisme. Ces adolescents ont une vie ordinaire, normale et d'un coup, une vidéo très personnelle deux, souvent à caractère sexuelle ou humiliante apparaît et ces derniers deviennent la risée de tout un groupe, de tout le lycée et de leurs amis. Cela peut jouer sur les pulsions suicidaires parce que l'enfant est pris au piège sans le vouloir. 

Quels sont les signes à surveiller pour les parents ? 

Dans ces cas-là, il y a toujours un changement de comportement qui se manifeste. Quand l'adolescent essaye de masquer quelque chose, c'est qu'il peut y avoir un problème. De plus, est-ce que l'enfant va accepter de parler de ses amis ? Si non, c'est qu'il y a des choses dont il n'a pas envie de parler. Les parents peuvent regarder quelles sont les fréquentations de l'enfant. Les parents peuvent être sensibles à un changement de style vestimentaire notamment. Le comportement est un élément à prendre en compte. Est-ce qu'il est triste ? Est-ce qu'il a tendance à s'enfermer dans sa chambre ? Certains ne supportent plus les photos quand la blessure provient d'une photo diffusée sur internet. Ces éléments doivent permettre aux parents de s'interroger. 

Dès qu'il n'y a plus de communication avec l'adolescent, cela doit leur mettre la puce à l'oreille. La crise d'adolescence ce n'est pas ça. Il ne faut pas confondre les deux phénomènes. Dans le cas, celui de la crise d'adolescence, les enfants ne sont pas d'accord et claquent les portes mais ça n'a rien à voir avec les attitudes évoquées plus haut. Les parents doivent surveiller leurs enfants et ne pas hésiter à être catégoriques comme supprimer leur téléphone quand ils sentent qu'il y a un risque. Il faut bien prévenir que ce n'est pas toujours nécessaire mais parfois, la situation l'exige.  Les parents ont le droit de voir le contenu du portable de leurs enfants dans certains cas de figure. Les enfants peuvent leur montrer par eux-mêmes comme ça ce n'est pas une intrusion. 

Les parents ne doivent pas juger les actes de leurs adolescents quoi qu'il se passe, quelques soient les bêtises qui ont pu être faites, peu importe ce qu'ils peuvent dire, peu importe la gravité. Les parents ont besoin de savoir ce qu'il se passe dans la vie de leurs enfants. 

De façon plus large, quels sont les cas de figures qui peuvent pousser des jeunes au suicide ? Quels sont les déterminants les plus fréquents, ou les faisceaux de facteurs les plus fréquents ? Pourquoi est-ce que les jeunes peuvent penser en arriver-là ? 

D'autres raisons hors réseaux sociaux peuvent être une cause de pulsion suicidaire comme la peur de l'avenir. A l'adolescence, les jeunes pensent à leur avenir et quand ils estiment qu'ils n'en n'ont pas, qu'ils n'ont plus de capacités à rêver, à inventer, le mal-être peut arriver. Quand le réel est négatif au travers des mauvaises notes, quand l'adolescent à l'impression d'avoir un handicap qu'il ne dépassera jamais, c'est un moment où il peut y penser sans vraiment passer à l'acte à chaque fois. Il a l'impression d'être prisonnier de sa vie, de ne pas avoir d'avenir. 

Ensuite, il y a tous les motifs en lien avec les tabous sexuels, que ce soit l'homosexualité, avec cette impression d'être rejeté de la famille. C'est un des premiers motifs. Les séparations très violentes des parents peuvent être sources de pensées suicidaires, quand l'équilibre intérieur se brise mais également les chagrins amoureux. 

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