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Abstenez-vous ! (Lettre ouverte – par erreur – d’un député sortant à un électeur lambda)
Publié le 02 avril 2017
Dans cette lettre qui n'a jamais été envoyée, un député sortant explique à un électeur tous les dangers que représente l'abstention.
Dominique Jamet est journaliste et écrivain français.Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.Parmi eux : Un traître (Flammarion, 2008), Le Roi est mort, vive la République (Balland, 2009) et Jean...
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Dominique Jamet
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Dominique Jamet est journaliste et écrivain français.Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.Parmi eux : Un traître (Flammarion, 2008), Le Roi est mort, vive la République (Balland, 2009) et Jean...
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Dans cette lettre qui n'a jamais été envoyée, un député sortant explique à un électeur tous les dangers que représente l'abstention.

Mon cher ami,

Vous venez de me confier votre décision "arrêtée et définitive" de ne participer ni aux scrutins des 23 avril et 7 mai prochains,  ni aux élections législatives qui suivront immédiatement. Je n’en espérais pas tant de votre part. Me voilà rassuré et, sans plus attendre,  je tenais à vous adresser mes félicitations et à vous remercier du fond du cœur.

L’état de colère, je dirai même d’exaspération, où je vous avais trouvé lorsque nous nous étions rencontrés l’autre samedi sur le marché de N… me faisait redouter le pire. Vous m’aviez exprimé, je dirai même crié de très vive voix, votre écoeurement, votre désespoir, votre révolte, votre colère contre "les incapables, les incompétents, les salopards, les corrompus qui vivent et s’engraissent à nos dépens" - je reprends les termes mêmes que vous avez utilisés – votre dégoût de leurs magouilles et de leurs tambouilles, votre lassitude de leurs promesses jamais tenues, de leurs reniements, de leur soumission, de leur démission, de leurs compromissions, votre rejet de la classe politique tout entière, en tout cas de ceux qui nous gouvernent et de la façon dont ils ont gouverné ces vingt dernières années – c’est toujours vous qui parlez. Ancien ministre, élu et réélu de la même circonscription depuis bien longtemps, il m’était difficile de ne pas me sentir visé, et d’autant plus que vous ne m’avez pas caché qu’il n’était plus question que vous votiez ni pour moi, ni d’ailleurs pour qui que ce soit qui ait été associé d’une manière ou d’une autre, en tant que membre d’un gouvernement, de droite ou de gauche, à la gestion désastreuse de notre pays.

Fillon, Macron, Hamon, vous les mettiez tous dans le même sac, bon à jeter à la Seine avec son contenu. Dans votre égarement, qui vous portait vers les solutions, les résolutions et les votes les plus extrêmes, vous caressiez des hypothèses plus étranges, plus provocatrices, plus farfelues les unes que les autres. "Marine Le Pen, pour que ça change, Jean-Luc Mélenchon, pour que ça saute ". Vous envisagiez même Nicolas Dupont-Aignan, et vous en donniez les raisons : "Il est intègre, il est compétent, il est patriote, il n’a jamais mis son drapeau dans sa poche, ni sacrifié ses convictions à son intérêt …" Et quoi encore ? Comme si un président devait être choisi pour ses mérites et non pour son étiquette.

La semaine qui s’est écoulée vous a porté conseil, Dieu merci. Vous parliez l’autre jour de votre bulletin de vote comme de l’atout ultime qui vous permettait de choisir votre destin, de l’arme absolue que vous étiez en droit d’utiliser à votre idée pour votre légitime défense. Vous voilà revenu à la raison. Que pourriez-vous, vous, pauvre individu isolé, humble fétu de paille emporté au premier souffle du vent de l’histoire, qui croyez-vous être, de quel pouvoir suprême croyez-vous être investi, qui vous permettrait, misérable vermisseau, à vous seul, avec vos petits bras et votre petite voix, de modifier le cours inéluctable des choses et d’élire à la tête de l’Etat le candidat qui a votre préférence, plutôt que le favori que les médias et les forces de l’argent ont eu l’amabilité de présélectionner et vous désignent tous les jours à la une des magazines ou en ouverture des journaux télévisés ? Que pèse le vote d’un citoyen ? En vous abstenant de participer à la mascarade d’une consultation prétendument démocratique, vous avez fait le bon choix, celui du réalisme, du bon sens, celui de la sagesse…

Mais aussi celui grâce auquel se maintiendront en place, finalement, et par votre faute, ceux mêmes dont vous ne voulez plus, et qui comptent bel et bien sur une abstention la plus massive possible pour se perpétuer dans leurs fauteuils , garder ce qu’ils appellent leurs dignités et conserver toute leur capacité de nuisance. Tenez, nous nous connaissons de longue date, vous et moi, nous sommes entre nous, je vais tout vous dire, je vais vous révéler le grand secret qui crève les yeux et va peut-être ouvrir les vôtres.

C’est grâce à des millions et des millions d’électeurs, aussi défaitistes, aussi bornés, aussi myopes, aussi aveugles que vous, aussi inconscients que vous de l’immense pouvoir qu’aucun d’entre eux ne détient à lui seul mais qu’ils possèdent tous ensemble, que se perpétue le système qu’ils maudissent, qui fait leur malheur et dont ils ne parviennent pas à se débarrasser. Imaginons un moment que cette énorme masse de mécontents impuissants, de râleurs chimériques, de pêcheurs à la ligne grincheux, de ricaneurs à qui on ne la fait pas, se mobilise le temps d’un dimanche électoral et descende pacifiquement dans la rue pour aller aux urnes et voter selon son cœur. Nous serions tous  immédiatement et impitoyablement balayés. Vous êtes les auteurs des maux dont vous vous plaignez et nous devons à votre inertie imbécile et complaisante le maintien en vie du système dont vous souhaitez pourtant  la mort. Tout indique que le plus grand parti de France, le parti de l’abstention, s’apprête à remporter cette année encore une amère victoire, une victoire au goût de défaite qui le laissera sur le bord du chemin, amer et ridicule, jusqu’à la prochaine échéance.

Je tenais à vous le dire et vous comprenez maintenant pourquoi je vous prie d’accepter, avec l’assurance de ma reconnaissance anticipée, l’expression de ma très sincère gratitude.

(Il semble bien que cette lettre, retrouvée dans les papiers de l’ancien ministre et député sortant  X… avant sa mise en examen et sa condamnation pour corruption, abus de biens sociaux, blanchiment d’argent, conflit d’intérêt et fraude fiscale n’ait jamais été envoyée à son destinataire).

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Leucate
- 03/04/2017 - 00:03
@pandore - heureux les simples en esprit
..car le royaume des Cieux est à eux .... Mais heureux sont vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles entendent! (Mathieu 5-3 et 13-6).
Des honnêtes gens, il y en a, malgré les ricaneurs. Ce sont ceux qui vont à la guerre quand les intelligents restent planqués, ce sont ceux qui résistent, quand les intelligents trouvent de bonnes raisons de collaborer avec l'ennemi, ce sont ceux qui s'indignent, quand les intelligents trouvent des excuses à l'impardonnable.
pandore
- 02/04/2017 - 19:24
Je me méfie des vierges
@ horus. Je vous ai reconnu...Vous êtes le seul français qui n'a jamais fraudé un centime dans sa vie et qui peut ainsi donner des leçons au reste du monde...Pas une seule fois vous n'avez embauchez un type au black pour vous donner un coup de main dans votre maison....pas une seule fois vous n'avez accepté une petite compensation financière pour avoir effectué un petit boulot ....pas une seule fois l'aile de votre voiture ayant été griffée vous n'avez fait passé la réparation avec l'optique de phare qui lui était abimé de longue date...pas une seule fois vous n'avez demandé un certificat d'arrêt maladie à votre médecin...jamais vous n'avez essayé d'escroquer un commerçant un artisan une administration. Vos déclaration d'imposition on toutes été signées sur l'honneur et vous n'avez jamais oublié de mentionner un bien ou un autre qui vous aurait coûter en redevance. Vous avez toujours payé à leur juste valeur tous les services que l'on vous rendait sans jamais ergoter ....et même parfois donniez vous plus par esprit de solidarité ou par pure bonté. .Je savais que c'était vous !!! le français idéal. Je suis heureux de vous avoir reconnu. Continuez. Vous êtes une âme pure.
horus35
- 02/04/2017 - 18:22
Encore et toujours !
Je vote depuis maintenant 40 ans ! Je vote , pour eliminer les canailles politiques professionnelles, les corrompus rigolards se foutant ouvertement de nos gueules reelus qu'ils sont grace aux pseudos citoyens preferant rester devant leur tele avachis dans leurs canapes ! Je vote en ne me faisant aucune illusion sur la valeur de mon bulletin bien isole devant tant de demission ! Mais je vote, et je continuerai de voter car c'est mon devoir que de le faire ! Je ne sortirai pas le couplet sur nos ancetres qui ont souffert pour obtenir ce droit car c'est inutile ! Le respect de soi devrait suffir ! Tout simplement !