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Wroclaw et Luxembourg

Douche froide pour Paris et Francfort : Luxembourg et Wroclaw pourraient bien être les deux capitales de la finance européenne post-Brexit

Publié le 27 mars 2017
La Pologne a mis l'accent sur le travail technique et financier de niveau intermédiaire où les salaires ne sont pas astronomiques mais les emplois sont beaucoup plus nombreux.
Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour...
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Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour...
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La Pologne a mis l'accent sur le travail technique et financier de niveau intermédiaire où les salaires ne sont pas astronomiques mais les emplois sont beaucoup plus nombreux.

Si la Pologne reste un pays émergent, elle apparaît comme un expert dans le secteur financier. Le pays essaie-t-il de se placer comme deuxième capitale de la finance en Europe ?

Rémi Bourgeot : On aurait tort d’enterrer Londres trop vite. Si le Brexit crée effectivement une grande incertitude en ce qui concerne le statut de la City vis-à-vis du business européen, Londres présente encore un certain nombre d’avantages. Cela dit, on constate une tendance à la rationalisation des coûts dans le secteur financier depuis la crise financière de 2007-2008 et qui est accentuée par le Brexit. Cette rationalisation concerne notamment les métiers support. Dans ce contexte les places financières low-cost comme la Pologne, qu’il s’agisse de Wrocław, Varsovie ou Cracovie, ont évidemment une carte à jouer, en particulier dans les activités de back-office où elles peuvent offrir des prestations de qualité pour des salaires deux ou trois fois moindres. Credit Suisse, dont le siège reste hors-UE à Zurich et qui réduit ses effectifs globaux comme de nombreuses banques d’investissement, joue cette carte avec 4000 employés à Wrocław, pour des raisons liées essentiellement aux coûts. De même pour UBS et BNY Mellon qui ont une présence importante dans le pays.

Si un grand nombre de métiers peuvent ainsi être délocalisés ou automatisés, le mouvement a tout de même ses limites. Même si la finance a tendance à se déconnecter de l’économie réelle, la constitution d’un grand centre financier relève d’une alchimie économique et historique complexe. Malgré le Brexit, la stabilité politique et institutionnelle britannique a très peu d’équivalents dans le monde.

Le vice-premier ministre Mateusz Morawiecki a déclaré en janvier. "Il y a quelque temps, les Polonais se rendaient à Londres, mais maintenant c'est l'inverse".

Depuis l'annonce du Brexit, le défi n'est pas seulement de convaincre les Européens de venir travailler outre-Manche, mais aussi de retenir ceux qui y sont déjà installés. Quel impact ce retour massif des employeurs (notamment pour le cas des polonais) peut-il avoir sur Londres ?

Les perspectives de développement de leur pays d’origine incitent certains Polonais émigrés à revenir au pays. De là à prévoir un exode massif et général des travailleurs européens du Royaume-Uni vers le continent... Ce serait le savoureux journal télévisé de Good Bye Lenin.  Une partie importante de l’activité de la City de Londres est menacée par la question des "passporting rights", mais imagine-t-on vraiment que les liens commerciaux entre le Royaume-Uni soient coupés brutalement et de façon générale ? Les exportations de services financiers britanniques vers l’UE sont de l’ordre de 1% du PIB et sont à peine supérieures à celles vers les Etats-Unis. Y renoncer aurait un impact tout à fait significatif mais ne détruirait pas l’économie du pays. De plus la valeur ajoutée du secteur financier a depuis le pic de 2008 déjà diminué de plus que cela. L’économie britannique ne croît plus grâce à la finance depuis longtemps. Les autres services ont pris le relais et dépendent déjà de moins en moins de l’Union européenne et de plus en plus des Etats-Unis et du monde anglophone en général. Le Brexit est une affaire très complexe et l’économie britannique souffre certes de déséquilibres importants, mais le Royaume-Uni n’est pas le Luxembourg…

Londres est-il en train de commencer à payer le prix du Brexit ?

Il ne fait aucun doute que certains veulent le lui faire payer, ce qui a encore été confirmé au cours du débat entre les principaux candidats à la présidentielle française. Un certain nombre de banques réfléchissent activement à la délocalisation de leur QG européen vers l’UE. Les autorités allemandes ont signalé qu’elles ne toléreraient pas un déménagement purement formel vers Francfort et exigeraient le cas échéant une véritable relocalisation de l’activité et des salariés. Paris souffre pour sa part du lien entre les banques et les milieux de la haute fonction publique ; un modèle difficile à gérer pour les entreprises étrangères. Dublin offre une solution plus facile à mettre en œuvre et certainement une grande flexibilité de la part des autorités.

Il faut noter que dans cette crise politique, le gouvernement allemand se montre tout de même plus flexible que le gouvernement français. Wolfgang Schäuble en particulier laisse entendre qu’il aimerait toucher le moins possible aux liens économiques avec le Royaume-Uni (et donc aux 90 mds d’exportations allemandes), mais qu’il lui plairait que son pays en tire profit, par exemple à travers une logique de partenariats capitalistiques. Il est important d’avoir à l’esprit la tendance générale du secteur financier, sinistré, et la restructuration qui se poursuit depuis la crise financière. Quel que soit le cas de figure, Londres ne pourrait pas prospérer comme une simple place financière offshore. Le Brexit ne fait qu’ajouter un caractère d’urgence à cette réalité dont Theresa May n’a pas attendu la nuit du 23 juin 2016 pour se rendre compte.

 

 

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Jardinier
- 27/03/2017 - 20:30
"Wolfgang Schäuble
En particulier laisse entendre qu’il aimerait toucher le moins possible aux liens économiques avec le Royaume-Uni (et donc aux 90 mds d’exportations allemandes)" Ben voila, les français voudront un brexit dur pour "faire payer" et dissuader le vote FN, les allemands continueront le commerce, et on s’étonne, après.