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Radicalisation version XXIe siècle : comment la distinction entre salafistes et djihadistes a fini par disparaître
Publié le 12 mars 2017
Le "fascislamisme" n’est pas une figure de style, mais une réalité historique. L’islamisme radical n’est pas la trahison ou la perversion récente d’une religion immaculée, mais la tare originelle de sa traduction dans le champ politique. La foi musulmane individuelle est innocente, mais le pouvoir islamique est coupable. Une contribution majeure – et provocante – au débat qui divise actuellement l’Occident. Extrait de "Le fascisme islamique" d'Hamed Abdel-Samad, aux Editions Grassset (2/2).
Hamed Abdel-Samad est né en 1972 près du Caire et fut élevé dans la foi musulmane par un père Imam. Après avoir enseigné à l’Université d’Erfurt et à l’Institut des Études Juives de l’Université de Munich, il a publié six livres consacrés à son parcours...
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Hamed Abdel-Samad
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Hamed Abdel-Samad est né en 1972 près du Caire et fut élevé dans la foi musulmane par un père Imam. Après avoir enseigné à l’Université d’Erfurt et à l’Institut des Études Juives de l’Université de Munich, il a publié six livres consacrés à son parcours...
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Le "fascislamisme" n’est pas une figure de style, mais une réalité historique. L’islamisme radical n’est pas la trahison ou la perversion récente d’une religion immaculée, mais la tare originelle de sa traduction dans le champ politique. La foi musulmane individuelle est innocente, mais le pouvoir islamique est coupable. Une contribution majeure – et provocante – au débat qui divise actuellement l’Occident. Extrait de "Le fascisme islamique" d'Hamed Abdel-Samad, aux Editions Grassset (2/2).

Les trois formes de radicalisation

Dans une étude que j’ai publiée en 2006 au sujet de la radicalisation des jeunes musulmans en Allemagne, je distingue trois formes au sein de ce phénomène : tout d’abord le conservatisme archaïque, tendance qui se développe fréquemment chez les groupes immigrés originaires de régions rurales, marquées par le modèle patriarcal, chez lesquels le niveau d’études est bas et des lois tribales archaïques sont appliquées. Cette forme de conservatisme ne repose pas nécessairement sur des convictions religieuses, mais la religion y est souvent utilisée pour légitimer des principes ou des actes. La violence qui émerge dans cette atmosphère n’est habituellement pas dirigée contre le pays d’accueil, ce sont davantage les « dissidents » de cette diaspora qui se trouvent visés. Ils deviennent alors victimes d’une violence qui est avant tout familiale, parce qu’ils sont supposés menacer la réputation, l’intégrité et la stabilité de la famille. Les femmes sont les premières concernées. Les dérives de cette forme de radicalisation sont le crime d’honneur et le mariage forcé. Les revendications de solidarité inconditionnelle et une surveillance sociale ou morale rigoureuses sont caractéristiques de ces milieux.

Les jeunes gens qui grandissent dans des structures sociales défavorisées sont particulièrement enclins à une forme de radicalisation que je nommerais l’évasion. Ici, ni la famille ni la société d’accueil ne sont en mesure de fournir un modèle de vie adéquat. Frustration, exclusion et absence de perspectives professionnelles sont autant de raisons qui poussent avant tout de jeunes hommes à se rassembler en bandes, puis à sombrer tôt ou tard dans la criminalité ou la violence. Le groupe donne un équilibre, on est quelqu’un. Que ce soit à Berlin-Neukölln, dans le quartier de Nørrebro à Copenhague, à Malmö en Suède, à Bruxelles, Birmingham ou dans la banlieue parisienne, on rencontre ce phénomène partout. Là encore, la religion n’est pas forcément l’élément déterminant, c’est la situation sociale qui est le moteur principal. Mais la religion peut devenir un facteur quand se jouent notamment des batailles territoriales, quand par exemple de jeunes Turcs et de jeunes Marocains cessent de se combattre pour s’allier contre les Russes ou les Allemands.

Enfin, il y a l’avant-gardisme religieux. Les avantgardistes se tiennent généralement à distance des associations traditionnelles islamiques et se considèrent comme les précurseurs d’une révolution politico-religieuse. C’est ce modèle qui semble particulièrement attirer certains étudiants arabes et convertis allemands. Une fois qu’ils se sont éloignés de leur milieu familial (tournant biographique), ils s’isolent, devenant ainsi une proie facile pour les groupes radicaux. Cependant, je voudrais souligner ici clairement la différence entre la propension à l’islamisation et les appels islamistes à la mobilisation pour le djihad international.

Autrefois, il existait parmi les avant-gardistes islamistes deux groupes qui étaient à peine en contact l’un avec l’autre : les salafistes et les djihadistes. Tous deux se définissaient comme élitistes et recrutaient de jeunes musulmans principalement issus de la classe moyenne, considérés comme mentalement solides et possédant un bon niveau de formation. Les salafistes étaient alors apolitiques et visaient à transformer la société musulmane au moyen, non pas d’actions politiques, mais de prêches moraux. « La politique est sale, tenez-vous en éloignés », décrétait un principe salafiste. Contrairement aux djihadistes, les salafistes se démarquaient aussi clairement du recours à la violence.

Cette séparation entre salafistes et djihadistes n’a plus cours aujourd’hui : le combat régional opposant sunnites et chiites, entre l’Arabie Saoudite, de tradition salafiste, et l’Iran des mollahs se généralise. Les deux pouvoirs régionaux sont impliqués dans plusieurs conflits du Proche-Orient. En Syrie, en particulier, une guerre par procuration a éclaté entre les membres des deux confessions. L’Iran soutient le régime d’Assad, l’Arabie Saoudite, les rebelles islamistes. Des salafistes originaires des États musulmans mais également d’Occident, qui autrefois suivirent de près le conflit au Proche-Orient, se voient à présent encouragés par l’Arabie Saoudite à envoyer des combattants en Syrie pour tenir l’Iran en échec. Les minorités chiites qui avaient pu vivre en paix pendant des siècles dans des États sunnites sont aujourd’hui attaquées par des salafistes. C’est ce qui se passe au Yémen, au Pakistan et en Égypte.

(….)

Au nom de la tolérance, on accepte en Europe des états de fait qui encouragent la radicalisation, divisent la société et favorisent l’émergence de sociétés parallèles. Ceci a des conséquences fatales non seulement pour les femmes musulmanes et les musulmans modérés, mais aussi pour la cohabitation générale et la sécurité du pays. Il n’est pas rare que les communes ou les gouvernements ne réagissent qu’une fois qu’il est trop tard, une fois qu’on ne peut déjà plus rattraper les radicaux, que des quartiers entiers sont, comme à Londres, sous le joug d’extrémistes qui font appliquer les lois de l’islam, ou bien une fois qu’une bombe a explosé ou que des innocents ont été assassinés en pleine rue. Si l’on continue à tolérer que des prédicateurs salafistes profèrent leurs messages de haine contre la démocratie et la dignité humaine, on ne peut pas s’étonner ensuite que ces discours se transforment, tôt ou tard, en actes de violence. Le détonateur est introduit dans la tête et le cœur de jeunes musulmans bien longtemps avant qu’un train, un marché de Noël ou une synagogue devienne la cible d’un attentat.

Extrait de "Le fascisme islamique" d'Hamed Abdel-Samad, aux Editions Grassset

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