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Répétition

Envie de comprendre la vision choc du monde de l'éminence grise de Donald Trump ? Voilà le livre pour le faire (on vous résume...)

Publié le 09 mars 2017
Pour l'historien Neil Howe, nous serions aujourd'hui à la veille d’un changement de paradigme, non seulement aux Etats-Unis mais au niveau mondial, avec une mutation importante du régime, qui résulterait très vraisemblablement d'un nouveau conflit global.
Philippe Fabry est historien et tient le blog Historionomie, principalement dédié à l'étude des schémas historiques et leur emploi à des fins d'analyse géopolitique et de prospective. Il a publié Rome du libéralisme au socialisme, Leçon antique...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Pour l'historien Neil Howe, nous serions aujourd'hui à la veille d’un changement de paradigme, non seulement aux Etats-Unis mais au niveau mondial, avec une mutation importante du régime, qui résulterait très vraisemblablement d'un nouveau conflit global.

The Fourth Turning : An American Prophecy, le livre de l'historien Neil Howe, a largement inspiré la vision qu'a du monde Steve Bannon, conseiller stratégique de Donald Trump. Dans celui-ci, l'Histoire apparaît comme cyclique et générationnelle, et non comme linéaire ou chaotique. A quelle vision du monde cette approche historique correspond-elle ? 

Philippe Fabry : L’idée de voir des cycles dans l’Histoire n’est pas nouvelle. Même si l’on excepte les conceptions mythiques de l’éternel retour, qui sont sans doute vieilles comme l’humanité, on trouve d’authentiques historiens partisans de l’existence de schémas historiques récurrents depuis au moins Polybe, au IIe siècle avant Jésus-Christ. Cet historien grec est l’auteur de la théorie de l’anakuklosis, l’anacyclose, soit la théorie de la naissance et de la dégénérescence cyclique des régimes politiques – thèse que l’on trouvait déjà, plus embryonnaire, chez Platon – où la monarchie dégénère en tyrannie, qui fait place à l’aristocratie, qui dégénère en oligarchie, puis la démocratie qui dégénère en ochlocratie, que l’on appellerait plutôt démagogie ou… populisme.

Et ceci est très intéressant parce que Polybe lui-même vécut dans une époque très voisine de la nôtre, où la puissance romaine était en train de se déployer sur le monde antique, où les vieilles cités grecques s’étaient rassemblées en Ligue achéenne pour tenter de peser un peu face à ce géant et à une autre grande puissance, la Macédoine, qui avait jadis contrôlé la moitié de la Grèce avant d’être repoussée par les cités libres alliées aux Romains. A l’époque de Polybe, la Macédoine redevenait menaçante, avec à sa tête l’ambitieux et despotique roi Persée, et tentait d’étendre son influence sur la Grèce en excitant le populisme anti-romain, tandis que les élites grecques étaient plutôt pro-romaines ; cet antagonisme sapait d’ailleurs le fonctionnement des démocraties grecques. Remplacez Rome par les Etats-Unis, la Ligue achéenne par l’Union européenne et la Macédoine par la Russie, et vous aurez précisément un schéma similaire à la situation actuelle.

Donc, pour répondre à votre question, cette recherche des cycles, de la récurrence générationnelle est généralement le fait d’individus, qu’il s’agisse hier de Polybe ou aujourd’hui de Howe, qui sentent que le régime, au sens large (politique, social, économique), est au bord du basculement et essaient autant d’anticiper que, tout simplement, comprendre ce basculement. Et le fait est que c’est une façon de penser très féconde et efficace, car en fin de compte, en affirmant qu’après la démagogie populiste, stade ultime de la dégénérescence de la démocratie, viendrait le temps du retour de la monarchie, Polybe parvenait à anticiper l’Empire romain, qui fut le résultat des guerres du IIe-Ier siècles avant notre ère.  

Et il est aujourd’hui vraisemblable que, comme le dit Neil Howe, nous soyons à la veille d’un changement de paradigme, non seulement aux Etats-Unis mais au niveau mondial, avec une mutation importante du régime – ce que j’ai expliqué moi-même, sous différents angles, dans mes trois livres, notamment en comparant la trajectoire historique américaine avec celle de la Rome antique. 

Edouard Husson : On peut se placer sur trois plans pour répondre à votre question. D'abord, prendre The Fourth Turning pour ce qu'il est: un livre qui se place dans le sillage des grandes philosophies de l'histoire, désireuses de découvrir des "lois" afin de mieux anticiper sur ce qui est à venir. Strauss et Howe prennent la suite de Vico, Hegel, Spengler, Toynbee, pour n'en citer que quelques-uns. De ce point de vue, le livre est plaisant à lire, séduisant, fréquemment approximatif dans le détail (cherchant à faire entrer les faits dans un cadre systématique) mais toujours stimulant.

Comme souvent avec ce genre d'ouvrages, il fait preuve d'une vraie capacité d'anticipation. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un livre vieux de vingt ans,  L'analogie historique avec des périodes antérieures et une description précise de phénomènes de générations lui permet d'anticiper, par exemple, sur les attaques terroristes des années 2000 et la grande crise financière de 2007-2008. Une deuxième façon d'évaluer le livre, c'est, en effet, de le classer parmi les grandes familles de philosophies de l'histoire.

L'avènement de la pensée hébraïque, huit siècles avant notre ère (en gros chez les auteurs des livres attribués à Isaïe) a conduit à abandonner une vision cyclique de l'histoire au profit d'une vision linéaire, tournée vers un progrès, une fin ultime. Le christianisme a considérablement élargi l'audience du programme annoncé chez Isaïe, prêchant dans toujours plus de régions du globe l'avènement universel d'une ère de paix, qui signifierait la fin des cycles alternant construction et destruction, paix et guerres, prospérité et misère etc....La pensée hébraïque, sous sa forme juive, chrétienne ou sécularisée, dispose toujours, aujourd'hui, d'un grand pouvoir d'attraction. La vision d'une histoire linéaire, débouchant sur un inéluctable progrès, ne perd pas de son pouvoir d'attraction. Mais le décalage entre l'utopie et la réalité entraîne, régulièrement, le retour à une vision cyclique de l'histoire.

Le livre de Strauss et Howe est largement une réponse à l'essai de Fukuyama, publié quelques années plus tôt, sur la "fin de l'histoire" et l'avènement d'une ère démocratique universelle. Dernier aspect, qui est celui qui m'intéresse le plus dans The Fourth Turning, c'est le naturel avec lequel l'histoire anglaise et l'histoire américaine sont envisagées comme un tout indissociable.  C'est sans doute la raison majeure pour laquelle Bannon en a fait son livre de chevet. La présidence de Trump va se placer dans un cadre de profonde solidarité "anglo-américaine". 

Quelle est la pertinence de cette approche cyclique et générationnelle de l'Histoire ? A l'inverse, quelles peuvent en être les limites ? 

Philippe Fabry : Selon moi, qui travaille aussi ces questions, la pertinence est totale, sur le principe : dès lors que l’on considère ces questions véritablement avec un œil d’historien, en partant des faits et sans mêler à ses réflexion des considérations idéologiques ou pseudo-mystiques, ce qui a pu être le défaut de certains penseurs de la "cyclicité" historique – je préfère quant à moi parler de schémas récurrents, qui rattachent ce travail sur les cycles historiques à ce qu’il y a à la base de toute science, à savoir l’observation, la catégorisation, et la réflexion fondée sur ces exercices préalables.

La principale limite, à mon sens, est celle-ci : se détacher des faits et sombrer dans un esprit de système ou dans une mystique des cycles, ou dans un culte du "sens de l’histoire" virant à cet historicisme que critiquait Karl Popper. C’est souvent ce que font les activistes politiques qui se prennent de passion pour telle théorie ; c’était le cas des marxistes, j’ignore si c’est celui de Bannon. 

Selon Neil Howe, nous serions entrés, depuis 2008, dans la quatrième et dernière période constitutive de son cycle, caractérisée par la notion de "crise", qu’elle soit économique, institutionnelle, géopolitique ou sociale. Cette caractérisation l'a amené à établir une comparaison de la période actuelle avec les années 1930. Quelles sont effectivement les similitudes entre la période actuelle et les années ayant précédé la Deuxième Guerre mondiale ? 

Philippe Fabry : Je suis parfaitement d’accord et c’est la même idée que je développe dans mon dernier livre : nous sommes dans une période de recomposition de l’ordre mondial, d’ailleurs également similaire à d’autres périodes ; je parlais plus haut du IIe siècle avant notre ère, mais il en était de même en Europe dans les années 1790, par exemple : on ignore souvent que les guerres de la Révolution et de l’Empire furent précédées de crises financières et monétaires en Angleterre, qui était, à l’époque, le cœur de l’économie capitaliste. En 1929, le cœur de l’économie capitaliste était aux Etats-Unis, comme en 2008,et c’est là que la crise a frappé, qui a fini par déchaîner des forces terribles en laissant penser que le capitalisme est moribond et qu’il est temps de chercher un modèle alternatif.

Quelles sont ces forces, précisément ?

Dans le monde moderne, ce sont toujours des forces de contestation de l’ordre capitaliste, précisément. En général, elles sont de deux ordres : traditionnaliste et révolutionnaire – j’ai tendance à qualifier ces idéologies d’altermodernistes. En 1800, c’étaient la Révolution jacobine venue de France, et la réaction absolutiste qui s’incarnerait dans la Sainte Alliance. Dans les années 1930, ce furent le fascisme d’un côté, le bolchévisme de l’autre. Aujourd’hui, je vois ce qu’on peut appeler le poutinisme, qui prétend régénérer une Europe décadente par la puissance des valeurs traditionnelles dont la Russie serait censée être le sanctuaire (ce qui est très discutable), et de l’autre côté l’islamisme, qui est la nouvelle internationale terroriste.

Ces idéologies contestatrices de l’ordre capitaliste sont de véritables frères ennemis, qui se détestent entre eux et se nourrissent de leur détestation mutuelle : le fascisme est né en réaction au bolchévisme comme le poutinisme, aujourd’hui, gagne des cœurs et des esprits en Europe en pointant le danger islamiste. Pour autant, ils ont bien un ennemi commun, qui est précisément la puissance capitaliste dominante ; hier l’Angleterre, aujourd’hui les Etats-Unis.

C’est donc un conflit à trois dans lequel la puissance capitaliste réussit généralement à s’affirmer et à redorer son blason, d’une part en poussant ses "alternatives" à s’entretuer – qu’il s’agisse de Napoléon en Russie, ou d’Hitler en Russie ; d’autre part parce que ces "alternatives" se montrent généralement bien pires que l’ordre capitaliste qu’elles voulaient remplacer, ce qui donne une légitimité renouvelée à la puissance capitaliste dominante. 

Edouard Husson : Ce qui intéresse Strauss et Howe, c'est moins la comparaison terme à terme que la confirmation de leur théorie (des cycles historiques de 80 ans environ, qui voient se succéder un consensus fondateur, un éveil de la contestation, le bouleversement résultant de la contestation, puis la crise). De fait, écrivant à la fin des années 1990, les auteurs avaient annoncé la crise économique et financière qui allait suivre moins de dix ans plus tard; ils ont senti venir la crise du consensus bi-partisan qui a rendu possible l'élection de Donald Trump. Ils avaient fait d'ailleurs, plus généralement, le pari du retour du populisme à travers le monde occidental; ils posaient déjà la question du possible éclatement de la construction européenne. Le lecteur de leur livre sera effrayé de penser qu'il puisse y avoir une "répétition" des années 1930-1945 dans les années 2010-2025.

Les années 1930 ont vu une crise profonde du système monétaire, la fin de la mondialisation économique et financière, la montée des nationalismes et des dictatures. Jusqu'où peut-on aller dans la comparaison? Une nouvelle guerre mondiale va-t-elle suivre la crise économique et financière? Je remarque une différence fondamentale entre les deux décennies que l'on cherche à comparer. Dans notre cycle à nous, ce ne sont pas les dictatures mais les démocraties qui sont profondément bellicistes. Depuis la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis ont fait trois fois la guerre en Irak; ils ont attaqué la Serbie, la Libye, la Syrie; ils ont failli déclencher, au milieu des années 2000, une guerre contre l'Iran; ils ont étendu l'Otan jusque dans les Pays Baltes; ils ont cherché à faire basculer l'Ukraine dans la sphère occidentale au mépris des intérêts légitimes de la Russie. Et ce sont des régimes autoritaires ou semi-auroritaires qui ont été des forces de paix ou d'équilibre mondial: Russie, Iran, Chine en particulier.

C'est donc exactement l'inverse des années 1930 de ce point de vue. On peut évidemment craindre que l'arrivée au pouvoir de partis populistes dans de nombreux pays mène à des tensions. Mais je parie plutôt pour un apaisement général des tensions; les populistes visent en effet à soigner les blessures provoquées par la mondialisation américano-centrée sur leurs sociétés. Trump lui-même est dans cette logique de retrait de la position impériale; il sera beaucoup plus proche de la politique étrangère d'Obama que ne l'aurait été Hillary Clinton.  

La durée de chacune des quatre périodes de son cycle historique est estimée à environ vingt ans, soit celle d'une génération. Ainsi, la période commencée en 2008 et mentionnée plus haut devrait donc s'achever aux alentours de 2030. D'ici là, Neil Howe prédit probablement l'avènement d'un conflit, impliquant notamment les Etats-Unis, duquel découlerait la mise en place d'un nouvel ordre mondial avec ce que cela implique (nouveaux traités, nouvelles frontières, etc.). Au regard de la marche actuelle du monde, dans quelle mesure ce scénario vous paraît-il probable ? Quel pourrait être effectivement le visage du monde à l'horizon 2030 ? 

Philippe Fabry : D’abord, je suis tout à fait d’accord avec cette période approximative de 80 ans par cycle, s’agissant d’une durée que j’ai moi-même retrouvée. Dans mon dernier livre, qui a précisément pour sujet la guerre mondiale à venir, j’explique ainsi, par exemple, que la Russie a suivi, depuis 1945, une trajectoire similaire à celle de l’Allemagne entre 1870 et 1940 et de la France entre 1715 et 1805 ; ou que la Chine actuelle a suivi depuis 1949 une trajectoire similaire à celle du Japon entre 1868, début de l’ère Meiji, et 1941.

Ce scénario ne me paraît donc pas seulement probable mais certain, et si Neil Howe ne détaillait pas de quoi il s’agirait dans son livre, j’ai mon idée : les Etats-Unis, dans les dix ans qui viennent voire les cinq ans qui viennent, vont être confrontés à un conflit sur deux fronts, similaire à celui qu’ils ont dû mener dans les années 1940, contre le Japon impérial et l’Allemagne nazie, et similaire à celui que l’Angleterre dut mener contre la France napoléonienne et… les Etats-Unis d’Amérique avec la guerre de 1812, les Etats-Unis étant à l’époque la jeune puissance montante comme plus tard le Japon, et aujourd’hui la Chine.

Dans ce conflit, c’est à la Chine, donc, que les Etats-Unis seront confrontés dans le Pacifique, et à la Russie en Europe. Il durera vraisemblablement quelques années, comme les guerres napoléoniennes (1805-1815) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et s’achèvera, avant la fin des années 2020, laissant les Etats-Unis vainqueurs, et les vaincus, Chine et Russie, démembrés avec d’importants changements de frontières. La Chine perdra sans doute le Tibet et le Xinjiang, la Russie perdra la Sibérie.

Pour vaincre ses ennemis, et surtout la Russie poutiniste, les Etats-Unis s’appuieront sans doute sur l’autre altermodernisme : l’islamisme, comme ils l’ont déjà fait du temps de la guerre d’Afghanistan des Soviétiques, et comme on a utilisé Staline contre Hitler. La principale puissance militaire musulmane est aujourd’hui la Turquie, de plus en plus islamiste sous Erdogan, qui est membre de l’Otan en dépit d’une actuelle entente avec Poutine qui me rappelle le pacte germano-soviétique et ne durera sans doute guère.

Et de la même manière que la Prusse profita de l’effondrement français de 1815 pour réaliser le pangermanisme dans l’Empire allemand, et la Russie profita de l’effondrement allemand de 1945 pour former le Pacte de Varsovie, qui, avec l’URSS; formait un empire panslave, la Turquie deviendra la puissance dominante d’un empire panturc s’étendant sur l’Asie centrale jusqu’aux confins de la Mongolie, et qui sera sans doute hégémonique sur une partie du monde sunnite du Proche-Orient. Ce bloc turco-islamiste sera sans doute assez hostile au capitalisme anglo-saxon, et l’on peut s’attendre au lendemain de la guerre à une forme d’hostilité froide, comme entre l’Angleterre et la Sainte Alliance après la chute de Napoléon, ou entre l’Ouest et l’Urss après la fin du nazisme.

Sur le reste du monde, l’empire américain sera plus prégnant que jamais, ce qui pourrait d’ailleurs avoir des conséquences, aussi, sur le régime politique américain lui-même, qui pourrait devenir plus autoritaire, avec un complexe militaro-industriel que la guerre aura rendu encore plus imposant et influent sur la politique intérieure. C’est peut-être cela, l’ordre politique américain suivant : l’Empire à la mode romaine. 

Edouard Husson : Strauss et Howe hésitent: ils n'excluent pas un conflit majeur mais ils le pensent pas inéluctable. On sent bien que les deux auteurs n'arrivent pas à se défaire - en 1997 - d'une vision pessimiste de la Russie, qui ne serait rien d'autre que la continuation de l'Union soviétique. Le seul conflit militaire majeur qu'ils envisagent mettrait aux prises les Etats-Unis et la Russie. De ce point de vue, nous devrions être rassurés par l'élection de Trump, qui fait reculer les tensions: Barack Obama, par faiblesse durant les deux à trois dernières années de sa présidence, avait laissé Hillary Clinton ranimer, au sein du Parti démocrate, le courant russophobe, au point de ne plus pouvoir le maîtriser.

Il en est sorti le néo-maccarthysme, qui s'est manifesté durant la campagne présidentielle, amplifié par des médias désemparés, avant de traverser l'Atlantique et de commencer à infester, par mimétisme et peur du changement, les médias et les discours politiques en Europe de l'Ouest. Mais gardons notre sang-froid: Tokyo, Pékin, Téhéran, New-Delhi, Moscou sont des acteurs géopolitiques responsables; Londres et Washington sont en train de le redevenir; et sohaitons que ce soit le cas de Berlin et Paris après l'élection présidentielle, par exemple pour mettre fin ensemble à la crise en Ukraine ou contribuer à la stabilisation géopolitique de la Méditerranée. Qu'aucun conflit de grande ampleur n'éclate - et c'est heureux à l'ère nucléaire - ne signifie pas que le monde ne puisse connaître de grands bouleversements, avec des modifications géopolitiques. Nous assistons, de fait, à un rééquilibrage du monde, avec l'émergence d'un nouveau pôle mondial, dont le centre de gravité se trouve en Asie centrale et qui est progressivement structuré au sein de l'Organisation de coopération de Shanghai (animée par la Russie, la Chine et l'Inde). Contrairement au schéma prôné par Brzezinski dans Le grand échiquier (paru en 1997 lui aussi), les Etats-Unis vont devoir accepter leur incapacité à dominer l'Eurasie et rechercher un équilibre avec la Russie, l'Iran, l'Inde et la Chine. Evidemment - et c'est heureux pour les progrès de la liberté dans le monde - les Etats-Unis gardent un atout majeur: leur avance d'innovation dans le numérique, qui leur permet de peser très fort dans la transformation digitale du monde.

N'excluons pas le danger, d'ailleurs, d'une cyberguerre - les Américains en dénoncent tellement l'intention chez les autres qu'on se dit qu'ils doivent être fascinés par cette perspective. Ce serait le déclenchement de la catastrophe envisagée par Howe. Mais, faisons le pari de la raison et retenons les perspectives les plus optimistes du livre de Strauss et Howe, avec la possibilité d'une Amérique stabilisée dans les dix ans, qui deviennent le pilier d'un nouvel ordre mondial polycentrique. 

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bd
- 06/03/2017 - 20:59
A comparer avec Alexander Dugin, le Raspoutine de Poutine
http://bigthink.com/paul-ratner/the-dangerous-philosopher-behind-putins-strategy-to-grow-russian-power-at-americas-expense?
valencia77
- 06/03/2017 - 02:24
Mkutcch
Merci, thank you! Parfait example de l'education mal comprise ou mal employe.
Mkutch
- 05/03/2017 - 18:41
La masturb...
Très très estimé MGPresse, la masturbation et votre évidente auto-contemplation et narcissisme rend effectivement, non pas sourd, mais illisible.