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Faire payer des cotisations sociales aux bornes de commandes MacDonald’s ? Comment la proposition de Benoît Hamon pourrait très vite se retourner contre les salariés qu’il prétend défendre

Publié le 03 mars 2017
En déplacement dans un Macdonald's de Paris, Benoît Hamon a tenu à défendre des salariés critiques à l'égard de l'automatisation grandissante des tâches, symbolisé par les bornes de commandes. Le candidat socialiste y a répondu par sa proposition qui consisterait à faire payer des cotisations sociales à ces machines.
Sarah Guillou est économiste à l’OFCE dans le domaine de l’économie internationale et des politiques publiques affectant la compétitivité des entreprises. Son travail mobilise l’exploitation statistique de bases de données d’entreprises et de salariés...
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Sarah Guillou est économiste à l’OFCE dans le domaine de l’économie internationale et des politiques publiques affectant la compétitivité des entreprises. Son travail mobilise l’exploitation statistique de bases de données d’entreprises et de salariés...
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En déplacement dans un Macdonald's de Paris, Benoît Hamon a tenu à défendre des salariés critiques à l'égard de l'automatisation grandissante des tâches, symbolisé par les bornes de commandes. Le candidat socialiste y a répondu par sa proposition qui consisterait à faire payer des cotisations sociales à ces machines.

Atlantico : Compétitivité, essor de la robotisation et donc de la productivité des entreprises... Quels pourraient être les effets pervers de la mise en place d'une telle mesure ?

Sarah Guillou : L’idée d’une taxe sur les robots part d’une réflexion légitime à mener dans les économies développées, dont les résultats récents et potentiellement à venir des élections, ont suggéré que le déclassement industriel avait conduit les électeurs à des votes populistes. Au même moment, le développement de l’intelligence artificielle laisse augurer de profonds, fabuleux et inquiétants bouleversements des modes de travail et de la nature des emplois et une nouvelle vague de déclassement.

Cependant, instaurer une taxe sur les robots est prématuré à deux égards : d’une part en raison de l’impossibilité de caractériser, aujourd’hui, les technologies qui vont conduire à économiser du travail, d’autre part en raison des effets pervers (non attendus) qu’il faudrait évaluer et soumettre au débat collectif.

Il est en effet guère possible d’identifier qui de l’intelligence artificielle, des robots,  des logiciels ou des machines vont entraîner la disparition nette d’un emploi et à quel terme. L’assiette fiscale est impossible à définir sans idéologie en l’état des connaissances. Ensuite, on peut recenser deux effets pervers qui ne manqueront pas de se produire.  En premier, la robotisation repose sur un investissement dont l’entreprise attend une amélioration de la productivité et de la compétitivité  afin notamment d’augmenter ses parts de marché pour croître et embaucher. Si on tarie cette source de croissance alors que d’autres concurrents y accèderont, on pousse l’entreprise vers la sortie et donc vers les suppressions d’emplois. Rappelons que la robotisation est un investissement productif, moteur de la croissance, et que les successifs gouvernements ont appelé de leurs vœux notamment en mettant en place un dispositif de sur-amortissement. Ensuite, dés-inciter le processus de robotisation par une taxe, c’est aussi se priver d’une amélioration du bien-être que ce processus peut procurer dans le domaine de la santé, de l’assistance aux  personnes âgées et dans la diminution de  la pénibilité du travail. Cet arbitrage qui consiste à préférer un emploi aujourd’hui contre une amélioration des conditions de vie demain est à débattre.

 

Plusieurs études soulignent le retard des entreprises françaises en matière d'automatisation, notamment en comparaison avec l'Allemagne. Comment les différents agents économiques pourraient-ils réagir à cette mesure ? Les entreprises pourraient-elles préférer embaucher des personnes physiques ?

 

Srah Guillou : En effet, les statistiques disponibles montrent que la France présente un taux de robotisation inférieure à l’Allemagne mais aussi à l’Italie.  Force est donc de reconnaître que la relation entre robotisation et désindustrialisation n’est pas directe étant donné les expériences comparées de la France et de l’Allemagne.  La décision d’automatiser ou de recourir à des robots n’est pas seulement gouverné par  les conditions sur le marché du travail et donc pas seulement par le coût relatif du travail vis-à-vis du capital. Dans l’industrie, cette décision relève le plus souvent d’un choix d’amélioration qualitative alors que la suppression d’emploi est le plus souvent causée par un défaut d’activité. La substitution travail-machines ne répond pas immédiatement au coût relatif de ces deux facteurs, cela prend du temps. La taxe va donc d’abord renchérir les investissements en machines et robots et les ralentir sans pour autant ralentir le déclassement des emplois ni les disparitions d’emplois. Et puis,  une substitution serait justifiée si le rendement des machines et des robots était supérieur. Or, pour le moment, la stagnation des gains de productivité montre que la traduction de ces progrès de l’intelligence artificielle en gains de productivité qui implique qu’on réalise la même unité de valeur avec moins d’emploi n’est pas là.

 

Que sait-on, aujourd'hui, des effets de cette robotisation sur le chômage et l'économie réelle ? Quels effets a-t-on réellement pu observer ?

 

Sarah Guillou : Il reste qu’en effet le progrès technique, dont les robots sont une illustration, a bien causé la disparition d’emplois industriels tout comme il avait causé la disparition d’emplois agricoles. Mais comme pour le secteur agricole, c’est tout autant les machines et l’automatisation que l’amélioration des processus de production par une meilleure organisation ou division du travail, une meilleure conception ou de meilleurs composants et matériaux qui ont participé à cette transformation. L’intelligence humaine s’est associée aux machines pour économiser l’énergie laborieuse de l’homme. Le processus a touché de façon égale toutes les vieilles puissances agricoles et industrielles. Mais de nombreux emplois ont par ailleurs étaient créés. De plus la concurrence des pays émergents a constitué un choc supplémentaire à partir des années 2000 que la grande crise a intensifié.  Le progrès technique crée bien du changement structurel c’est-à-dire une modification de la spécialisation productive des économies mais il n’a pas été clairement associé comme cause principale d’une disparition nette d’emplois. Le progrès technique des 20 dernières années a  cependant participé aux inégalités de revenus mais il s’agit d’un problème joint mais différent. Il existe un consensus aujourd’hui que les changements à venir seront bouleversants sur la nature du travail. Cette perspective et son acceptation ont amené la proposition d’une forme de revenu universel, idée qui mérite aussi réflexion. Mais on ne peut concilier revenu universel, valant reconnaissance d’une nécessaire compensation des effets polarisants du progrès technique dont on reconnait les effets positifs, et taxe sur les robots qui indiquent une non acceptation  du processus du progrès technique.

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Alain Briens
- 28/02/2017 - 19:02
J'suis l'poinçonneur des Lilas...
Taxez les portillons, et ramenez-nous les poinçonneurs !
clint
- 28/02/2017 - 15:07
Foxconn en Chine a remplacé 60000 ouvriers pas des robots !
Hamon devrait aller en Chine leur réapprendre les joies du travail à la chaine par des femmes et des enfants ! (Foxconn fournit Apple et Samsung pour les non geeks !)
Deudeuche
- 28/02/2017 - 13:52
Et les parcmètres alors!
bah oui quoi! Et bien sûr les machines à café. Que c'est difficile la politique.... : )