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Compétitivité

Pourquoi le retour de la croissance espagnole doit assez peu aux efforts de rigueur consentis par Madrid

Publié le 24 février 2017
Avec Eric Dor
Si l'Espagne voit enfin son taux de chômage baisser sous la barre des 20% et son PIB revenir à un niveau équivalent à celui de 2008, il apparaît que les politiques de compétitivité et d'austérité menées au cours des premières années de crise n'y sont pas pour grand chose.
Eric Dor est docteur en sciences économiques. Il est directeur des études économiques à l'IESEG School of Management qui a des campus à Paris et Lille. Ses travaux portent sur la macroéconomie monétaire et financière, ainsi que sur l'analyse...
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Eric Dor est docteur en sciences économiques. Il est directeur des études économiques à l'IESEG School of Management qui a des campus à Paris et Lille. Ses travaux portent sur la macroéconomie monétaire et financière, ainsi que sur l'analyse...
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Si l'Espagne voit enfin son taux de chômage baisser sous la barre des 20% et son PIB revenir à un niveau équivalent à celui de 2008, il apparaît que les politiques de compétitivité et d'austérité menées au cours des premières années de crise n'y sont pas pour grand chose.
Avec Eric Dor

Atlantico : En 2016, la croissance espagnole a atteint le chiffre surprenant de 3.2%, ce qui a permis une baisse du taux de chômage à 18.6% au mois de décembre dernier. En quoi les politiques de compétitivité et "d'austérité" peuvent-elles être mises en avant pour expliquer ce résultat ? Comment expliquer que l'emploi industriel ne compose qu'une faible part de l'emploi total ?

Eric Dor : La forte croissance espagnole est due avant tout à la vigueur de la demande intérieure, en particulier la consommation privée et puis l'investissement. Du point de vue de la demande, les contributions à la croissance du PIB réel de 3,24% en 2016, sont de 1,76% pour la consommation privée, 0,73% pour l'investissement, 0,44% pour les exportations nettes des importations, 0,26% pour la consommation publique et 0,06% pour les stocks. Cette amélioration de la croissance en Espagne a d'abord été permise par la baisse du prix du pétrole, qui a rendu du pouvoir d'achat aux consommateurs, et par le relâchement de l'effort d'austérité budgétaire qui avait été forte jusqu'en 2012 mais a ensuite diminué. Les politiques de baisse du coût salarial ont bien sûr permis d'augmenter la profitabilité des entreprises, ce qui a favorisé la reprise des investissements. Mais bien sûr, ceux-ci sont également entraînés par la hausse de la demande globale qui justifie d'augmenter les capacités. 

L'amélioration de la compétitivité a aussi favorisé la croissance des exportations nettes de biens et services. Mais en raison de la taille modeste du secteur exportateur de biens par rapport à l'ensemble de l'économie, l'impact de celui-ci sur la croissance reste limité. Le secteur industriel n'a contribué que de manière limitée à la croissance globale en Espagne. Du côté de la production, en effet, les contributions à la croissance de la valeur ajoutée réelle totale de 3,2% en 2016, sont de 2% pour les services privés, 0,5% pour l'industrie, 0,5% pour l'Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale, 0,1% pour la construction, et 0,1% pour l'agriculture. 

En 2008, avant la crise, la part des secteurs industriels dans l'emploi espagnol total se limitait déjà à 14%, et s'est réduite à 11,9% en 2016. Après l'effondrement qui l'a caractérisé, l'emploi industriel espagnol est encore très loin d'avoir récupéré ses effectifs d'avant la crise. Depuis 2008 jusqu'au creux de la crise, l'emploi industriel s'est réduit de quelques 895 000 personnes en Espagne. Depuis le retournement à la hausse de la conjoncture, l'emploi industriel a augmenté de 173 100 personnes, ou 14% des créations nettes de 1 275 800 emploi. En effet, certains secteurs industriels ont augmenté l'emploi et leurs effectifs ont cru de 210 900 emplois, ce qui représente 14,7% de l'ensemble des 1 434 900 emplois créés par tous les secteurs qui ont augmenté leurs effectifs. En même temps, certains secteurs industriels ont continué à réduire l'emploi avec une réduction des effectifs de 37 800, ou 24% des pertes de 159 100 emplois de l'ensemble des secteurs qui sont encore en réduction d'effectifs.  C'est encore peu pour rattraper tout ce qui avait été détruit. On peut donc difficilement parler de réindustrialisation. De toute manière, l'activité industrielle moderne est très automatisée et utilise de moins en mois d'ouvriers. Même avec des secteurs industriels à forte croissance, c'est avant tout des secteurs des services que peut venir une augmentation significative de l'emploi.

Cependant, le PIB espagnol affiche toujours le même niveau que celui atteint en 2008, plaçant ainsi le pays dans une situation de stagnation totale au cours d'une décennie complète. Quels seront les effets, à plus long terme, de cette stagnation, pour la population espagnole ?

Effectivement, la récession a été d'une sévérité extrême en Espagne. L'emploi global, tous secteurs confondus, est encore loin d'avoir atteint les effectifs d'avant la crise. Les effets de paupérisation vont être ressentis à long terme. La croissance de la production potentielle sera trop faible longtemps, pour plusieurs raisons. D'abord, le capital humain des chômeurs de longue durée s'est dégradé, car la productivité et l'employabilité des chômeurs de longue durée est compromise ; ensuite, cela prendra du temps pour restaurer le capital physique qui a été réduit par la chute brutale de l'investissement. Le potentiel de croissance à long terme de l'Espagne est aussi réduit par l'émigration massive de ceux qui, découragés, ont émigré pour trouver du travail ailleurs. Depuis 2009, la population âgée de 15 à 64 ans s'est réduite de 1 112 000 habitants ! Et ce sont souvent des travailleurs très qualifiés. La précarité des emplois a fortement augmenté. Cette précarité est supérieure à celle des autres grands pays de l'UE. Au total, 21% des emplois de gens de 15 à 64 ans sont en contrat temporaire, et cette proportion monte à 63,9% pour ceux âgés de 15 à 24 ans ! L'emploi est ainsi très fragile et diminuera donc fortement en cas de nouvelle récession. Il est évident que cette précarité nuit aux possibilités de construction résidentielle.

Hausse de la croissance, baisse du chômage : l'Espagne dispose-t-elle encore de ressources pour rattraper le terrain perdu pendant ces dix années ? Par quels moyens ?

Comme expliqué ci-dessus, la chute de l'investissement et le chômage persistent, les politiques d'austérité associées, les faillites et l'émigration ont fortement altéré le potentiel de croissance à long terme du pays. La reconstruction doit nécessairement s'étaler sur une longue période. Les Espagnols doivent donc être très patients. La modernisation de l'appareil productif doit continuer, elle est déjà bien amorcée pour les PME industrielles. L'Espagne doit monter en gamme pour ses produits industriels. Mais les secteurs des services doivent également travailler sur leur productivité et leur qualité. La qualification de la main d'oeuvre doit être fortement relevée par un effort accru sur l'éducation et la formation continue. L'Espagne doit organiser une transition vers des services à valeur ajoutée supérieure, ce qui requiert une forte qualification des employés. C'est la recette pour maintenir une croissance élevée.

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Olivier62
- 24/02/2017 - 10:37
Une amélioration achetée à crédit
Ce léger mieux a des bases très malsaines, essentiellement dû à de l'emprunt : le taux d'endettement de l'Espagne est passé de 60% à 100% du PIB actuellement depuis que Rajoy est au pouvoir (politicien d'une médiocrité totale). Il y a eu également une diminution importante des salaires (très souvent moins de 1000 €/mois, voire moins, pour un coût de la vie presque aussi élevé qu'en France). Il y a également une grande précarisation, où beaucoup de gens n'ont plus de contrat salarié mais travaillent en tant qu'indépendant ("autonomo"), ce qui fait qu'ils peuvent cesser d'avoir un emploi à tout moment. Ajoutons les problèmes du séparatisme, plus ceux de l'immigration de masse que le gouvernement Espagnol comme ailleurs a fait venir en application des directives mondialistes.
Cervières
- 23/02/2017 - 20:59
D'autres...
ont dit que l'absence d'un "gouvernement aux affaires" (celui-ci expédiait les "affaires courantes" du fait de l'absence de majorité) a, comme en Belgique il y a plusieurs mois, laisser un peu de liberté aux entreprises, aux salariés, n'a pas pu prendre de décision pour déplacer des investissements utiles vers des canards boiteux (plus visibles en général). Dans les deux cas, une croissance qui monte pendant cette période et redescend à sa fin. Curieux, non?