En direct
Best of
Best-of: le meilleur de la semaine Atlantico
En direct
© Reuters
Trop, c'est trop !
Pourquoi l'idéologie de la transparence n'est en rien une solution adéquate à l'opacité du financement de la vie politique française
Publié le 10 février 2017
Dans le cadre de l'idéologie du tout transparent, une dangereuse confusion s'est opérée entre contrôle et transparence, donnant ainsi lieu à toute une législation qui entretient un climat de suspicion néfaste pour la démocratie.
André Sénik est agrégé de philosophie et avoue un passé communiste, version italienne, dans les années 1960.Son dernier livre : Marx, les Juifs et les droits de l’homme, à l’origine de la catastrophe communiste (Denoël / 2011).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
André Senik
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
André Sénik est agrégé de philosophie et avoue un passé communiste, version italienne, dans les années 1960.Son dernier livre : Marx, les Juifs et les droits de l’homme, à l’origine de la catastrophe communiste (Denoël / 2011).
Voir la bio
Éric Verhaeghe
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dans le cadre de l'idéologie du tout transparent, une dangereuse confusion s'est opérée entre contrôle et transparence, donnant ainsi lieu à toute une législation qui entretient un climat de suspicion néfaste pour la démocratie.

Atlantico : Dans quelle mesure peut-on parler de confusion entre transparence et contrôle, notamment à l'heure actuelle, dans la vie politique française ? Comment cette confusion s'explique-t-elle ? 

André Senik : Il faut d’abord reconnaître que les représentants du peuple doivent être soumis à une transparence et à un contrôle pour ce qui concerne leur exercice du pouvoir. Sans quoi, il faudrait ne déléguer du pouvoir qu’à des Incorruptibles. Mieux vaut partir de l’idée que nul humain normal n’est à l’abri d’un abus de pouvoir, parfois par l’inadvertance que donne l’habitude autour de soi de pratiques qui ne supporteraient pas la lumière.

La confusion à redouter n’est pas entre transparence, contrôle, et même sanctions justifiées. Elle se situe d’une part entre ce qui ce qui est privé et ne relève pas de la vie publique (Mitterand avait-il une deuxième vie ? Avait-il une fille non reconnue ?), et ce qui en relève (était-il malade au point de ne plus être en mesure de diriger la France ? Mettait-il sous écoutes ceux dont il craignait qu’ils divulguent la vie qu’il tenait secrète ? etc). L’autre confusion à éviter se situe entre la connaissance des faits par la justice et leur divulgation publique infamante par des médias qui soufflent la méfiance et le rejet populiste de tous les élus. Il manque une déontologie et des sanctions en ce domaine.

Eric Verhaeghe : Vous avez raison de souligner qu'il existe aujourd'hui une ambiguïté sur la notion de transparence, qu'on voit bien émerger à l'occasion de l'affaire Fillon. On confond en effet deux choses très différentes. Dans l'affaire Fillon, une première question se pose: pourquoi Fillon n'a-t-il pas clairement annoncé depuis plusieurs années que sa femme était rémunérée en tant qu'assistante parlementaire, que ses enfants avaient bénéficié du même traitement et qu'il travaillait donc en famille? Une deuxième question était de savoir si cette proximité familiale était gênante.

Or les deux questions relèvent de domaines très différents. La première porte sur la transparence des élus vis-à-vis des moyens publics qu'ils utilisent pour assumer leur mandat. La seconde porte sur leur liberté d'appréciation dans l'utilisation de ces moyens. En soi, recruter sa femme ou ses enfants pour un emploi de confiance, de proximité, ne me semble pas forcément choquer les Français dès lors que la règle du jeu est claire. En revanche, se soustraire à l'obligation de transparence pour occulter des choix "familiaux" est perçu comme du népotisme.

Quels sont les dangers qui peuvent être inhérents à cette volonté du tout transparent dans la vie publique ? Un certain autoritarisme n'est-il pas à craindre notamment ? 

André Senik : Le risque d’abus "judiciaire" de la part du pouvoir est évident, mais on ne peut pas y répondre par le droit au secret de ce qui concerne la vie publique. Le danger qui découle de l’abus dans le montage et la dénonciation des "affaires", c’est le populisme, c’est l’indignation démesurée, c’est le "tous pourris", comme s’il fallait que le peuple se donne à un Incorruptible.

Eric Verhaeghe : Tout pouvoir a besoin d'une part de secret pour fonctionner. Vous ne pouvez pas, par exemple, retransmettre en permanence toutes les discussions qui ont lieu dans le bureau du président de la République. Ce secret s'explique assez naturellement par le besoin de construire une vision et une politique. La construction a toujours besoin d'un temps de réflexion, de débat, de délibération, où tous les avis doivent pouvoir s'exprimer sans crainte d'une exposition extérieure. Le pouvoir suppose donc une part de secret.

La question est de savoir quelle est l'étendue et le domaine de ce secret. Il me semble que les politiques qui appellent aujourd'hui à plus de transparence n'ont pas forcément toute la sincérité qu'on peut attendre d'eux. Disons même que souvent ceux qui en parlent le plus sont ceux qui la font le moins. Ces excès passeront. Notre enjeu est aujourd'hui de mieux définir le secret et de mieux le réglementer pour éviter des situations ingérables. Dans tous les cas, vous n'éluderez pas le secret, ce qui est bien d'ailleurs. En revanche, il est bon qu'il soit un jour "déclassifié" pour que, a posteriori, la transparence soit faite lorsqu'il n'y a plus de vrai enjeu d'actualité. 

 

Outre le climat de suspicion qu'elles engendrent, dans quelle mesure peut-on dire que les lois de transparence promulguées ces dernières années n'ont pas su renforcer la démocratie ? Quels autres effets négatifs cette idéologie du tout transparent a-t-elle engendré ?

André Senik : Les lois sur la transparence auraient dû rassurer, auraient dû prouver que nul en France n’est au-dessus des lois et à l’abri de la justice, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de privilèges, ou qu’il y en a de moins en moins. En revanche, l’idéologie du tout transparent, du soupçon généralisé et de la chasse à l’homme politique, a accrédité l’idée qu’on nous cache tout ce qu’on ne de nous dit rien, et que tout élu est un salaud qui se cache. La transparence devrait se développer en vue de la confiance. C’est raté ! 

Eric Verhaeghe : En réalité, les lois sur la transparence sont moins abouties que vous ne le suggérez. Par exemple, la communication sur le patrimoine des députés a été largement tronquée par les parlementaires. Les déclarations de patrimoine ne sont pas mises en ligne. Elles sont consultables en préfecture. Du coup, le législateur a donné le sentiment maladroit de ne céder qu'à contre-coeur aux exigences de transparence. Les Français l'ont bien senti: là où ils expriment en premier lieu une attente d'honnêteté, la représentation nationale a, en permanence, donné le sentiment de vouloir cacher des choses. D'où une situation bancale où la transparence existe sans véritablement exister. C'est cet entre-deux qui nourrit la suspicion et l'insatisfaction. Redisons-le: on peut comprendre qu'un député travaille avec sa femme ou ses enfants, ou son voisin, ou sa maîtresse ou qui il veut, à condition qu'il ne le cache pas et qu'il ne donne pas le sentiment de dissimuler l'utilisation qu'il fait de l'argent du public. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes
02.
Le mystérieux contrat de 7,2 millions d'euros décroché par Alexandre Benalla
03.
Gilets jaunes : les états-majors des grandes entreprises imaginent trois scénarios de sortie de crise possibles
04.
Etat providence, immigration et Gilets jaunes : l’étude américaine explosive qui révèle la nature du dilemme politique français
05.
L’affaire Benalla, ou la preuve qu’Emmanuel Macron est lui-même son pire ennemi politique
06.
Bercy découvre que les entreprises françaises sont menacées par « des casseurs » venus de la finance anglo-saxonne
07.
"Bouffon" : Gérard Darmon s'en prend à Franck Dubosc
01.
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes
02.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
03.
Statistiques du ministère de l’intérieur : Christophe Castaner ou l’imagination au pouvoir
04.
Etat providence, immigration et Gilets jaunes : l’étude américaine explosive qui révèle la nature du dilemme politique français
05.
Mais quelle est la part de responsabilité d'Alain Juppé dans l'état "délétère du pays qu'il dénonce ?
06.
Le mystérieux contrat de 7,2 millions d'euros décroché par Alexandre Benalla
01.
Mais quelle est la part de responsabilité d'Alain Juppé dans l'état "délétère du pays qu'il dénonce ?
02.
Agression contre Finkielkraut : certains Gilets jaunes voudraient que les Juifs portent l'étoile jaune
03.
Ces lourdes erreurs politiques qui fragilisent la lutte contre l’antisémitisme
04.
Antisémitisme: voilà pourquoi je n'irai pas manifester le 19 février
05.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
06.
Derrière les faits divers dans les Ehpad, la maltraitance que l’ensemble de la société française inflige à ses vieux
Commentaires (6)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
vangog
- 08/02/2017 - 22:58
En réalité, l'employeur de Pénélope...
c'était le Président de l'assemblée. C'est à lui de vérifier que les sommes versées par le con-tribuable servent bien à un travail effectif...qui était Président de l'AN lors des périodes incriminées?
Citoyen Ordinaire
- 08/02/2017 - 21:06
Toujours plus de transparence...
Au contraire...
Pourquoi un petit artisan peut être presque être amendé pour un repas passé en note de frais alors qu'il paye ce repas avec l'argent qu'il a gagné avec son travail et les politiques devraient avoir le droit au secret ?
La même justice pour tous, les mêmes obligations morales pour tous.
Deudeuche
- 08/02/2017 - 20:21
Les médias travaillent pour
Macron et auront Marine!