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Record du tour du monde à la voile : pourquoi l’exploit de Thomas Coville a un impact sur nos vies à tous

Publié le 27 décembre 2016
L'Occident a basé toute sa construction sur l'idée d'une conquête d'un monde infini. Pourtant, le progrès technologique et les records comme celui de Thomas Coville viennent régulièrement nous rappelé le caractère limité de notre Terre.
Michaël V. Dandrieux, Ph.D, est sociologue. Il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est le co-fondateur de la société d'études Eranos où il a en charge le développement des activités d'études des mutations sociétales....
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Michaël Dandrieux
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Michaël V. Dandrieux, Ph.D, est sociologue. Il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est le co-fondateur de la société d'études Eranos où il a en charge le développement des activités d'études des mutations sociétales....
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L'Occident a basé toute sa construction sur l'idée d'une conquête d'un monde infini. Pourtant, le progrès technologique et les records comme celui de Thomas Coville viennent régulièrement nous rappelé le caractère limité de notre Terre.

Atlantico : 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 38 secondes: tel est le nouveau record du tour du monde réalisé ce lundi par le marin Thomas Coville, battant ainsi le précédent record de huit jours. Qu'est-ce que cela dit de notre perception du monde ?  Dans quelle mesure ces performances viennent-elles nous faire prendre conscience que nous vivons sur une planète qui n'est pas infinie ? 

Michaël Dandrieux : C’est un très beau record, assez loin des micro-secondes grappillées années après années dans d’autres sports. C’est aussi un record difficile du fait de sa discipline. Une figuration de l’entreprise de dépassement que l’homme s’est fixé. Dépassement de lui-même et dépassement des lois de la nature, comme le rappelle l’hendiatris olympien "plus vite, plus haut, plus fort". Car c’est une victoire sur la géographie.

D’une certaine manière, tout le XXème siècle s’est construit sur la domination de l’homme sur le territoire. Les popularisations du train et de l’aviation civile ont rapproché les villes. Lorsqu’on grandit en sachant qu’à peu de frais il est possible de visiter un continent entier, ce n’est pas seulement la distance géographique qui se réduit, mais aussi les distances affectives.

Je pense souvent aux générations Erasmus qui sont tombées amoureuses pour la première fois, à un âge où le cerveau se reconfigure très vite, dans un pays qui n’est pas le leur et dans une langue qui n’est pas la leur. Les 1400 km qui séparent Paris de Rome ne comptent plus en kilomètres ou en heures mais deviennent des unités émotionnelles : de la mémoire, du désir, du voyage. Je ne dirais pas qu’on observe un rétrécissement du monde, mais plutôt un sentiment croissant que le monde est connaissable, qu’il est possible de le fouler.

Comment cette perception d'un monde fini, aux ressources limitées, nous impacte-t-elle, tant sur le plan plhilosophique que sociologique ? Quelle(s) conséquence(s) cela a-t-il sur notre imaginaire collectif ? 

Vous vous souvenez sans doute de vos premières fois sur Google Earth, au début des années 2000. On pouvait passer des heures à tourner le globe en zoomant sur des parties de la carte. Chez soi, la maison de l’enfance, les rues où l’on a habité… Puis, par cercles concentriques, on visitait le monde.

Google Earth, puis Google Maps, ont changé profondément la manière dont nous percevons les limites de la terre. Peut-être autant que la photo de la Terre vue de la Lune qui date de 1966. Cette photo nous donnait l’échelle. Elle disait : la planète est séparée de l’espace qui l’entoure, elle possède un contour, une taille finie. Google Earth nous a donné l’idée que, si nous passions assez de temps devant notre ordinateur — cela pourrait être un an, ou mille ans, mais une durée possible — nous pourrions voir toutes les maisons, tous les bancs, toutes les dunes, tous les bougainvilliers qui peuplent et colorent la planète. Cette idée est absurde, tout comme la parabole du singe éternel et de la machine à écrire d’Isaac Asimov, qui est condamné à taper toute la littérature possible, puisqu’il possède un temps infini. Mais l’idée est forte, et elle s’est infiltrée très profondément dans les appareils culturels. Nous pensons que le monde est cartographié dans son intégralité. Que tous les replis, toutes les touffeurs, toutes les caves, toutes les crevasses ont été explorés, ou sont en attente de l’être.

Cet imaginaire de la disparition programmée des Terra incognita ont ramené dans la culture populaire les rêves de colonisations interplanétaires. Mars, la conquête de l’espace interstellaire… La cartographie intégrale du territoire et le tourisme photographique, qui multiplie de façon vertigineuse les images du monde (souvent des mêmes lieux d’ailleurs) nous laisse croire que la terre est saturée du regard des hommes, et qu’il ne reste pas de cachettes inviolées. Dès lors que l’espace est contraint, les ressources ne peuvent plus être limitées. Vous voyez là d’autres peurs avancer, prévoyant l’épuisement même des ressources symboliques : l’invention, le mystère, le secret… La réussite du projet de cartographie est une navigation sans danger (sans les lions des "hic sunt leones" qui indiquaient les terres hostiles), et donc sans surprises, ce qui présente une menace d’ennui.

L'Occident s'est, en grande partie, construit sur l'idée de conquête, celle d'un monde infini. Face à la prise de conscience d'un monde finalement "petit", comment peut-il se repenser, revoir ses objectifs ? Comment est désormais abordée cette notion de "conquête" ?

Cela me permet de parler de l’autre domination de l’homme sur territoire. En plus de la victoire sur l’espace, de cette réduction des distances traversables, nous ressentons aussi que nos actes quotidiens, ou les effets de notre simple présence, ont un impact sur le paysage qui nous entoure. Le mot assez fort d’anthropocène nous permet d’envisager cela : nous l’utilisons pour dire que la Terre est entrée dans une ère où les actions de l’homme sont devenues une force géologique, où c’est nous qui avons le plus grand impact sur l’écosystème terrestre.

Il semble que tout un imaginaire écosophique soit né de cette idée, que nos actes ont un retentissement sur le monde alentour. L’écosophie, en ce sens, est une manière de rappeler à l’homme que le monde ne lui est pas subordonné. Que nous sommes sujets au monde, et que le monde est aussi notre sujet. Que nous sommes la maison et les habitants de la maison, en quelque sorte.

 

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Totor Furibard
- 28/12/2016 - 13:24
Quel rapport ?
Un avion peut le faire la même chose en 24 heures: Voilà un exploit significatif qui peut avoir et a un impact sur nos vies.
Le tour du monde en solitaire est d'abord une aberration: Tous les peuples marins le savent: Naviguer seul est dangereux et inutile: c'est une lubie de nos sociétés modernes superficielles, c'est une vaine provocation à la nature et aux océans. Cette solitude n'apporte que des risques (mortels) pour le navigateur et les sauveteurs qui iront le chercher, et provoque son inconfort, voire sa souffrance physique extrême. (sans compter la souffrance de sa famille laissée en plan et dans l'inquiétude pendant près de 2 mois).
Pourquoi ne pas célébrer et étudier l'impact d'autres exploits qui mettent en avant plutôt le savoir vivre ensemble, le travail collaboratif en équipe, plutôt que des exploits solitaires dont l'utilité autre que médiatique et publicitaire s'avère plus que contestable ?
Je lui dit bravo à ce navigateur, mais quand je vois des sociologues qui cherchent dans cet exploit une dimension universelle, je m’étonne !
OlivierRiviere
- 27/12/2016 - 21:18
Raisonnement incomplet?
Raisonnement intéressant mais n'est-il pas incomplet? L'image - surtout celle qu'utilise Google Earth et tout ce qui touche au tourisme - , ne capte que le superficiel. La Terra incognita existe, c'est la grande profondeur des océans et des mers mais c'est aussi la science; la physique,en particulier celle de la matière et l'astro-physisue (qui sont étroitement liées), la biologie mais aussi l'histoire et l'archéologie et la paléontologie qui nous montrent que plus nous avançons, plus nous sommes conscients de ce que nous ne savons pas. Notre monde, que nous percevons d'une façon tellement limité, n'est donc pas "totalement connu", loin de là et ça ouvre un espace qui invite à la rêverie et au délire (positif).