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© findface
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FindFace, le Shazam des visages arrive : comment vivre dans un monde où l'anonymat n'existe plus ?

Publié le 10 décembre 2016
FindFace permet d'associer un nom à un visage pris en photo grâce à une recherche sur les réseaux sociaux. Une telle application signe la fin de l'anonymat, déjà largement mis à mal par les nouvelles technologies : désormais, n’importe qui pourra remonter nos traces, et tous nos mouvements pourront être consolidés dans une identité à laquelle il sera impossible d'échapper.
Michaël Dandrieux
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Michaël V. Dandrieux, Ph.D, est sociologue. Il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est le co-fondateur de la société d'études Eranos où il a en charge le développement des activités d'études des mutations sociétales....
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FindFace permet d'associer un nom à un visage pris en photo grâce à une recherche sur les réseaux sociaux. Une telle application signe la fin de l'anonymat, déjà largement mis à mal par les nouvelles technologies : désormais, n’importe qui pourra remonter nos traces, et tous nos mouvements pourront être consolidés dans une identité à laquelle il sera impossible d'échapper.

Atlantico : FindFace, nouvelle application créée par des Russes permet d'associer un nom à n'importe quel visage pris en photo grâce à une recherche sur les réseaux sociaux. Quelles sont les implications d'une telle application ? Cette application signe-t-elle la mort de l'anonymat ? 

Michaël Dandrieux : L’anonymat est mort le jour où l’on a donné des noms aux choses, aux lignées des familles et aux lignées des dieux. Les sociétés ont conservé une sorte de flou quelque peu confortable jusqu’à l’invention de l’académie, dont le but est d’avérer les mots et leur usage. Il faut s’imaginer que nous ne vivons que depuis quelques centaines d’années dans un monde où les mots, les noms des gens et des choses ne sont pas sujets à l’interpretation.

C’est cette même compulsion de “l’identification”, de donner une identité unique à toutes choses, qui est à la fois le modèle d’entreprises comme FindFace, et la source de craintes pour notre vie privée. Dès lors que nous ne pouvons plus nous cacher derrière un pseudo, ou acheter un objet erotico-ludique sans pressentir que cela sera su, la vie quotidienne est atteinte par une sorte de contrition, de conformation générale à la liste des normes sociales. Lorsqu’on se sait vu, on agit afin de donner à voir à celui qui nous regarde ce que nous pensons qu’il veut voir. C’est une attitude très éloignée des solitudes sèches, véritables et libres.

Mais finalement, cette application permet uniquement de “mettre un nom sur un visage”. A ce titre, elle est dans la droite lignée de notre usage des technologies mobiles, qui se substituent à notre mémoire à court terme pour nous mettre à disposition tel numéro d’interphone, telle heure de rendez-vous, telle liste de choses à faire que nous ne voulons plus nous embarrasser à transporter, même temporairement.

Quels peuvent être les dangers d'une telle application, notamment en ce qui concerne les agressions sexuelles, le harcèlement ?

Les technologies de reconnaissance faciale existent déjà, elles sont dans nos ordinateurs pour organiser nos flux de photos. Ce qui change ici, c’est le sens de la requête : il est possible d’identifier une personne à partir de son visage. C’est une orientation qui s’apparente plutôt à un usage militaire, ou de défense.

La transformation qui se joue ici touche au fait que nous considérons notre visage comme un attribut de la vie privée, qui devrait être “passe partout”, sans nécessairement être reconnu. Dans les années 60, Berthold Brecht invitait les habitants de la ville à effacer leurs traces : “Quand on n’a rien signé, pas laissé de photo / Quand on n’y était pas et qu’on n’a rien dit / Comment pourrait-on vous prendre ?”. On lit dans ce vers la préoccupation de quelqu’un qui souhaite conserver l’anonymat des grandes villes. Avec une application comme FindFace, l’idée nous vient que cela ne sera plus possible, que n’importe qui pourra remonter nos traces, et que tous nos mouvements pourront être consolidés dans une identité à laquelle on n’échappera pas.

Les scénarios de “stalking”, de harcèlement, prennent place dans cet imaginaire. L’idée peut pénétrer la sphère publique que nous ne pourrons plus rien cacher à nos semblables. Que nous ne serons plus maîtres de ce que nous donnons. Des inconnus pourront détourner, hacker, et produire de la valeur à partir de nos traces.

S'il était jusqu'ici possible de contrôler son image et ses relations sur les réseaux sociaux, de préserver son intimité, comment, en faisant de chacun de nous la cible potentielle de "paparazzis", cette application peut-elle anéantir toutes nos tentatives de contrôle ? Comment s'en prémunir ?   Y'a-t-il des solutions autres que la désactivation de tous nos réseaux sociaux ? 

Je ne vois pas la désactivation des réseaux sociaux comme une solution. Les réseaux comme VK, Linkedin ou Facebook ont compris depuis longtemps qu’ils devaient agir avec les non-inscrits comme s’ils étaient inscrits. Ils suivent en cela l’inscription sur le chateau de Diderot, qui dit “Vous y étiez avant que d'y entrer, et vous y serez encore quand vous en sortirez”. Ce qui veut dire qu’il suffit qu’on parle de vous sur un réseau social, à votre insu, pour que cela commence à donner une idée de votre identité.

Il existe des marques américaines qui proposent des alternatives concrètes et dérisoires. CV Dazzle propose des coupes de cheveux permettant de déjouer les algorithmes de reconnaissance faciale par exemple. Vous y trouverez les coupes de cheveux asymétriques qui vous permettront de vous camoufler. Si votre angoisse est d’être pris en photo malgré vous, Betabrand fabrique une veste anti-paparrazi qui renvoie la lumière du flash et rend votre visage trop foncé.

Je ne sais pas s’il existe des solutions rapides au développement de ces services, qui reposent sur un vieil imaginaire humain du contrôle et de l’identité. Cet imaginaire semble assez virulent ces jours-ci. Comme le dit le philosophe Augustin Berque, le développement de ces systèmes des objets auxquels les hommes devraient se plier, malgré le mal-être qu’ils dispensent, pose un énorme problème. Cela devrait être le contraire : nous devrions adapter le système des objets au développement de notre bien-être collectif. Et le fait que ce n’est pas dans cette direction que nous allons montre qu’à force d’avoir rationalisé le monde, nous l’avons aussi amaigri au point que notre propre présence au monde soit devenue un paramètre comme un autre. Berque parle ici d’une pulsion funeste.

Pour ma part, je vois aussi des forces contraires, notamment un retour aux structures floues, aux conspirations, aux énigmes. Un désir de droit à l’oubli. Un régime du secret si vous voulez. Cela peut inquiéter, mais c’est aussi par là que nous nous souvenons que le mystère est une réserve de l’être.

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