En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© REUTERS/Eduardo Munoz
Solution

Les pauvres sont les mieux placés pour savoir quoi faire de l’argent qui leur est donné et cette étude le prouve (allo l’Etat providence, vous m’entendez ?)

Publié le 16 décembre 2016
Contrairement à une idée répandue, donner de l'argent directement aux personnes touchées par la pauvreté, à l'image de ce que serait un revenu universel par exemple, s'avère plus efficace que les aides trop encadrées dans leur utilisation. Au regard des évolutions de la pauvreté observées en France ces dernières décennies, cette solution devrait être envisagée par les pouvoirs publics.
Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC et chroniqueur au Échos. Fondateur de la société de conseil Eclairs, il a publié, récemment, Les familles recomposées (PUF, 2012), Intérêt Général : que peut l’entreprise ? (Les Belles...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Julien Damon
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC et chroniqueur au Échos. Fondateur de la société de conseil Eclairs, il a publié, récemment, Les familles recomposées (PUF, 2012), Intérêt Général : que peut l’entreprise ? (Les Belles...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Contrairement à une idée répandue, donner de l'argent directement aux personnes touchées par la pauvreté, à l'image de ce que serait un revenu universel par exemple, s'avère plus efficace que les aides trop encadrées dans leur utilisation. Au regard des évolutions de la pauvreté observées en France ces dernières décennies, cette solution devrait être envisagée par les pouvoirs publics.

Atlantico : Parmi les solutions proposées pour lutter contre la pauvreté, deux économistes, David Evans (Banque mondiale) et Anna Popova (Université de Stanford) ont montré dans un récent papier de recherche l'efficacité de donner directement de l'argent aux plus pauvres, plutôt que de leur fournir de la nourriture ou un logement (voir ici). Quel peut-être l'avantage d'une telle mesure ? Qu'est-ce que cela révèle de la conception qu'ont de la pauvreté les dirigeants, et plus largement la société ?

Julien Damon : C'est un débat classique. Faut-il privilégier des prestations monétaires ou des prestations en nature ? Faut-il verser des sommes sur des comptes en banque (avec liberté d'utilisation) ou fournir des services (des repas, des hébergements) ? Faut-il, au mendiant, donner un sandwich ou une petite somme d'argent ? De fait, il y a derrière cela d'abord des considérations morales. On estimera souvent le pauvre irresponsable et on préférera lui donner son aumône en nature (c'est le sandwich plutôt que la pièce). Plutôt qu'une allocation de rentrée scolaire (la très disputée ARS) versée aux parents, en septembre, on préférera acheter des livres aux enfants. En fait les vrais experts de la pauvreté ce sont les pauvres eux-mêmes. Ils savent plus que ceux qui les observent ce dont ils ont besoin, pour vivre au quotidien mais aussi pour améliorer leur existence voire pour investir. D'un point de vue personnel, je pense qu'il faut privilégier tout ce qui permet aux gens, notamment les pauvres, de maximiser leur liberté et leurs capacités de choix, aussi restreintes soient-elles. Dans bien des cas l'allocation monétaire vaut mieux que les services. En tout cas pour les plus pauvres, plutôt que de leur donner plusieurs sandwichs dans la journée, il vaut mieux augmenter leurs revenus du jour.

Votre dernière note pour la Fondapol propose un ensemble de mesures destinées aux pouvoirs publics pour lutter contre la pauvreté. A-t-on pu constater une évolution notable au cours des dernières décennies de ce que signifie être pauvre en France ? Si oui, comment s'explique-t-elle ? 

La tendance depuis les années 1970 était – jusqu’aux secousses récentes attachées à la crise -  à une forte baisse puis à une stabilisation du taux de pauvreté. Cette diminution puis cette stabilisation de la pauvreté, mesurée sous sa forme monétaire relative (aujourd'hui un individu est compté comme pauvre sous un seuil à 1 000 € par mois), masquent de profondes transformations. Tout d’abord, la pauvreté a rajeuni : en quarante ans, le taux de pauvreté des moins de 25 ans a été multiplié par deux, alors que celui des plus de 65 ans était divisé de moitié. Elle s’est aussi déplacée des familles nombreuses vers les familles monoparentales. Les familles monoparentales trouvant très majoritairement à leur tête des femmes, la "monoparentalisation" de la pauvreté alimente une féminisation de la pauvreté. Celle-ci touche désormais des actifs qui travaillent, en raison des doubles mutations du monde du travail et de la famille. Elle est mieux, quoiqu’imparfaitement, prise en charge par un Etat providence qui n’a jamais cessé de se développer, en particulier en matière d’aide sociale. La pauvreté, par ailleurs, s’est urbanisée, baissant environ de 4 points entre 1996 et 2012 dans les communes rurales et augmentant de 5 points dans l’agglomération parisienne. Tandis que la pauvreté se stabilisait, en moyenne nationale, elle était clairement en augmentation dans l’agglomération parisienne et dans les autres unités urbaines de plus de 200 000 habitants.

Au total donc, la pauvreté a surtout changé plus qu’elle n’a augmenté ou diminué. Si l’on doit lui donner un visage, éloigné des chiffres froids, autrefois, le pauvre était âgé, issu d’une famille nombreuse, et habitait dans une zone rurale. Aujourd’hui, il est jeune – on devrait dire elle est jeune -, vient d’une famille monoparentale, demeure en zone urbaine et ne parvient pas à s’insérer sur le marché du travail. Autrefois – disons pendant les 30 Glorieuses – la pauvreté concernait des personnes âgées qui avaient peu de chances d’en sortir et des actifs qui avaient des probabilités élevées d’en sortir. Aujourd’hui, la pauvreté concerne des jeunes et des femmes qui vont et viennent entre des périodes au-dessus et en-dessous du seuil de la pauvreté. D’où la pertinence de ne plus seulement raisonner en termes de pauvreté, mais aussi de précarité et de vulnérabilité, insistant davantage sur les risques que sur les situations.

 

Pour quelles raisons, selon vous, les décideurs publics appréhendent-ils le phénomène de la pauvreté uniquement d'un point de vue statistique et non pas démographique ? Quelles répercussions cela a-t-il sur l'état et l'efficacité des outils mis en place jusqu'à présent en vue de réduire la pauvreté en France ? 

Les pouvoirs publics raisonnent de façon statistique ET démographique mais surtout de manière émotionnelle. Il s'agit de frapper l'opinion (quand on est dans l'opposition politique) ou bien de donner des gages aux associations (lorsque l'on est au pouvoir). La pauvreté est vue dans une optique très compassionnelle. Chaque année est annoncée son augmentation, voire son explosion. Si la statistique moyenne ne permet pas l'indignation, alors il s'agit de mettre tout de même en avant des situations particulièrement difficiles. Il faut revenir à la raison avec des mesures peut-être froides, mais solides, qui permettent d'éclairer et suivre l'action publique.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

02.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

03.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

04.

Quand Isabelle (Saporta) trompe Yannick (Jadot) avec Gaspard (Gantzer) et que le vrai cocu s'appelle David (Belliard)

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

La fin des Bisounours : les experts en marketing découvrent que plus d’un Français sur deux avoue une attirance pour « les méchants »

07.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

03.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

04.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

Greta Thunberg : un voyage à New-York en bateau... mais six vols en avion pour l'organiser

01.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

02.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

03.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

04.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

05.

Quand le moisi (Jean-Michel Ribes) s'en prend à la pourriture (Matteo Salvini)

06.

Italie : quelles leçons pour la droite française ?

Commentaires (25)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
hmrmon
- 12/12/2016 - 04:45
Les pauvres
Les pauvres, chroniques, ne sont-ils pas pauvres parce qu'ils sont irrationnels, alors comment, par quel miracle, peut-on s'imaginer qu'ils vont devenir, tout à coup, suffisamment rationnels pour dépenser le revenu de base plus rationnellement?
pierre de robion
- 10/12/2016 - 23:02
@toupoilu
A quoi bon échafauder des scénarii à partir d'un postulat impossible (comme vous l'admettez vous-même "Le vrai problème, c'est la transition, comment payer les énormes droit à la retraite des salariés ayant déjà beaucoup cotisé. Si on règle ce problème, c'est faisable")!
Laissez cela à Ganesha!
pierre de robion
- 10/12/2016 - 22:54
Tout est relatif!
Un pauvre en France est un nabab en Inde! Et les RMIstes aux portable à 300€ ça existe aussi, comme ceux roulant en BMW! Il y aurait bien des abus à éradiquer avant de prendre en compte les besoins des vrais pauvres dont le premier besoin serait d'apprendre à se responsabiliser! Croissez et multipliez et si vous vous retrouvez seule et en difficulté, le "Dieu Etat" y pourvoira!