En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Wikimédia
Les résultats de cette nouvelle étude viennent confirmer ce que l’on savait déjà : la consommation d’alcool par les parents avant la conception entraine des modifications épigénétiques - méthylation de l’ADN - qui sont transmises dans la descendance.
Binge drinking
Pourquoi vous ne devriez vraiment pas céder à la tentation de la biture express
Publié le 09 décembre 2016
Le "binge drinking" désigne une surconsommation volontaire d'alcool pour atteindre un état d'ivresse presque immédiat. Ses dangers sont bien connus des services de santé, mais désormais, des chercheurs ont mis en évidence les conséquences de la consommation d'alcool par les parents avant la conception sur la descendance.
Mickaël Naassila est professeur de physiologie et de biologie cellulaire dans le Groupe de recherche sur l'alcool et les pharmacodépendances à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Mickaël Naassila
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Mickaël Naassila est professeur de physiologie et de biologie cellulaire dans le Groupe de recherche sur l'alcool et les pharmacodépendances à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le "binge drinking" désigne une surconsommation volontaire d'alcool pour atteindre un état d'ivresse presque immédiat. Ses dangers sont bien connus des services de santé, mais désormais, des chercheurs ont mis en évidence les conséquences de la consommation d'alcool par les parents avant la conception sur la descendance.

On sait depuis très longtemps que l’alcool entraine des neuroadaptations en modifiant l’expression de nombreux gènes qui codent des protéines jouant un rôle dans le fonctionnement du cerveau et notre comportement. Parmi les mécanismes qui expliquent des modifications de l’expression de nos gènes, il y a ceux appelés "épigénétiques", c’est à dire qui ne correspondent pas à une modification de la séquence des gènes mais simplement à des modifications chimiques comme la méthylation. Cette méthylation, c’est l’ajout de groupements méthyles sur les bases de l’ADN et plus il y a de méthyles, moins les gènes s’expriment et inversement, moins il y a de méthyles plus les gènes sont exprimés.

Ce que l’on connaît moins en revanche, c’est que l’alcool entraine des modifications de méthylation de nos gènes et que ces modifications pourraient être transmises de génération en génération. Ainsi l’alcool consommé avant la procréation pourrait laisser des "traces" et induire des atteintes chez ses futurs enfants. C’est exactement ce que vient de démontrer une étude récente sur le sujet et chez l’animal.

Les résultats de cette nouvelle étude viennent confirmer ce que l’on savait déjà : la consommation d’alcool par les parents avant la conception entraine des modifications épigénétiques - méthylation de l’ADN - qui sont transmises dans la descendance. L’alcool modifie donc les "marques" au niveau de nos gènes avant la conception et ces marques ont pour effet de modifier l’expression des gènes à la génération suivante.

La présente étude a analysé l’effet de 12 injections d’alcool (à la dose de 3 grammes d’éthanol pur par kilo de poids des animaux entrainant des alcoolémies de 1,6g/l chez les femelles et 2,2g/l chez les mâles) au début et à la fin de l’adolescence chez des rats mâles et des femelles. 24 heures après la dernière injection d'alcool des accouplements ont été réalisés soit entre rats alcoolisés soit avec un animal jamais exposé à l’alcool. L’hypothalamus des jeunes âgés de 7 jours ont ensuite été prélevés et la méthylation des gènes a été mesurée. Les auteurs se sont intéressés à l’hypothalamus qui est une structure cérébrale qui intervient dans la réponse au stress ainsi que dans de nombreux comportements et réponses physiologiques. Les résultats montrent que les modifications de méthylation sont spécifiques de certains gènes et pas complètement non spécifiques comme on pourrait s’y attendre. Le résultat le plus surprenant est qu’il y a assez peu de gènes qui sont modifiés en commun entre les différents groupes selon que la descendance est issue d’un père exposé à l’alcool ou d’une mère exposée à l’alcool ou bien lorsque les deux parents ont été exposé à l’alcool. Les atteintes sont donc spécifiques et font sûrement appel à des phénomènes complexes, par exemple on s’attendait à un simple effet additif lorsque les deux parents ont été exposés à l’alcool or même si il y a beaucoup plus de gènes modifiés, ce sont des gènes différents qui sont modifiés. Par effet additif, il est entendu ici que lorsque les deux parents ont été exposés à l’alcool on pourrait s’attendre à simplement retrouver des modifications des gènes induites par la consommation de la mère auxquelles s’ajoutent les modifications des gènes induites par la consommation de le père ; or ce sont de nombreuses modifications d’autres gènes qui sont retrouvées lorsque les deux parents ont consommé de l’alcool.

Plusieurs mécanismes pourraient expliquer cet effet sur la descendance. Les intoxications alcooliques répétées à l’adolescence pourraient toucher directement les gamètes (spermatozoïdes et ovules) des parents et donc les changements de méthylation des gènes des gamètes se retrouveraient dans la descendance. Ces intoxications pourraient aussi toucher l’activité des protéines (enzymes) qui méthylent ou déméthylent les gènes et enfin les alcoolisations des parents pourraient affecter la qualité du maternage (attention maternelle pour les petits : allaitement, toilettage, soins) et se traduire par des modifications de la méthylation des gènes. Car on sait déjà que les atteintes de maternage qui correspondent à un stress précoce sont capables d’induire des changements de méthylation et d’expression des gènes chez les enfants.

Même si les mêmes mécanismes de méthylation de l’ADN existent chez l’Homme, il est impossible aujourd’hui de dire si ces résultats obtenus chez l’animal sont transposables à l’Homme et donc de dire si "l’épigénétique transgénérationnel" existe aussi dans notre espèce. Tout simplement car on manque encore de données dans les études humaines et qu’il existe des différences physiologiques et biologiques entre l’Homme et les rongeurs. 

En France, en 2015, 41.5% des jeunes lycéens âgés de 16 ans déclarent avoir expérimenté au moins une fois dans le mois précédent l’enquête une alcoolisation ponctuelle importante (API qui correspond à la consommation d’au moins 5 verres par occasion ; et aussi 16% déclarent 3 API dans le mois et 2.7% au moins 10 API dans le mois). Le binge drinking, au moins 5 verres par occasion voire beaucoup est donc assez fréquent chez les jeune. Une étude en milieu étudiant et dans les premières années du cursus universitaire indique que parmi les buveurs d’alcool, environ 40% des garçons et 16% des filles peuvent être catégorisés comme "binge drinkers".

Au total il est important d’insister sur le fait que la consommation d’alcool, même pré-conceptionnelle, semble avoir des effets dans la descendance et ces effets pourraient contribuer au risque déjà bien connu lorsque les parents sont alcoolodépendants qui est que les enfants ont un risque 4 à 5 fois plus élevé de présenter eux aussi cette maladie. La dépendance n’est pas nécessaire puisque la présente étude chez l’animal suggère que quelques intoxications alcooliques à l’adolescence suffisent pour modifier la méthylation et l’expression des gènes dans le cerveau de la descendance. Il est aussi important de retenir que la consommation d’alcool par les pères a des effets aussi importants que ceux de la consommation des mères et donc qu’il ne faut pas stigmatiser les mamans pendant la grossesse car les pères eux aussi ont une responsabilité.

Si "lorsque les ados s’adonnent au binge drinking les enfants trinquent" est suggéré par des études animales cela reste à confirmer chez l’Homme. Il est clair qu’il devient urgent et impérieux d’informer le grand public sur tous les dommages qu’engendre la consommation d’alcool chez l’Homme. L’alcool est responsable d’environ 60 à 200 maladies et c’est la première cause d’hospitalisation en France avec un coût estimé à 120 milliards d’euros ; c’est colossal ! Mais on préfère fermer les yeux et aller faire du tourisme à la cité du vin à Bordeaux ! A quand la création d’un institut de recherche sur les maladies liées à l’alcool en France ? A quand une campagne "un mois sans alcool" comme cela existe déjà chez nos voisins anglais et belges ? La France aurait-elle un problème avec l’alcool ?

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
"Il entend, mais il n'écoute personne" : les conseillers de Macron sont au bout du rouleau
03.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
04.
Et si le Rassemblement National était en train de faire un bien mauvais coup à l’euro en renonçant à exiger que nous en sortions ?
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Brexit : rien n’est joué pour le royaume-Uni même en cas de sortie sans accord
07.
Céline Dion a refait 2 fois sa vie... en même temps; Laura Smet, mariée & heureuse, Karine Le Marchand seule mais heureuse, Charlotte C.&Dimitri, ni seuls ni mariés; Gala nous dit tout sur la vie sexuelle de Houellebecq, Match sur le divorce de Jeff Bezos
01.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
02.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
03.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
04.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
05.
Vivons-nous dans un univers-bulle en expansion dans une autre dimension ? ; Hubble nous offre un magnifique portrait très détaillé de la galaxie du Triangle
06.
Et la raison pour laquelle les Allemands commencent sérieusement à s’inquiéter d’un Brexit sans deal est…
07.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
04.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
05.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
06.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
04.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
assougoudrel
- 09/12/2016 - 10:04
Cette photo a été prise
en 2015 à l'Elysée. J'ai une tante par alliance issue de grands "pétroliers", buveurs de père en fils et de mère en fille depuis plusieurs générations. Cette femme est un camion-citerne. Mon oncle, comme son père et sa mère, ne bois jamais d'alcool et ne fume jamais (comme beaucoup du coté de ma famille). Mon oncle a eu 2 enfants avant de la connaitre et ils ne boivent et ne fume pas. Avec sa femme, ils ont eu 2 enfants, un fils et une fille. Le fils est mort à 26 ans à cause de l'alcool. Son père a un terrain pas loin de chez lui où ils vont l'été jardiner et piqueniquer. Dans le chalet il laisse de la boisson et la nuit, le fils allait boire tout seul, vidant les bouteilles. Quand à la fille, jeune et belle femme, plusieurs membres de ma famille chez qui elle était invité à passer des vacances, l'ont vu s'enfiler discrètement un verre de rhum à 8 heures du matin. Tous les membres de la famille de cette tante (père, mère, frères et sœurs) sont mort à cause de l'alcool. Ce vice est ancré en eux, dans leurs gènes, dans leurs âmes pour toujours. A l'Armée, j'ai connu un homme qui ne mangeait jamais le midi. Il buvait une bière brune.
Anguerrand
- 09/12/2016 - 08:50
Je peux témoigner que la biture expresse
est extrêmement dangereuse, ainsi j'ai vu dans mon entourage proche un jeune de 27 ans ! Faire un AVC sévère pour cette cause. Ces AVC de plus en plus précoces sont de plus en plus fréquentes d'après les médecins. Et surtout attention au second si on s'en sort du premier, la chaise roulante n'est pas loin...à moins de 30 ans....