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À travers ce roman construit autour du chiffre 11, Jonathan Coe tisse une satire sociale et politique aussi acerbe que drôle sur la folie de notre temps.
Atlanti-culture
Une satire acerbe, rocambolesque et anticonventionnelle de l'Angleterre d'aujourd'hui
Publié le 28 novembre 2016
Catherine Stucki est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Livre

"Numéro 11"

de Jonathan Coe 

Trad. de l'anglais par Josée Camoun

Ed. Gallimard

448 pages

23€

L’auteur

Jonathan Coe est né le 19 août 1961 à Birmingham. Il doit sa notoriété à l'étranger à son troisième roman, « Testament à l'anglaise ». 

Il a reçu le Prix Médicis étranger en 1998 pour « La Maison du sommeil ».

Thème

Rachel et son amie Alison, dix ans, sont très intriguées par la maison du 11, Needless Alley, et par sa propriétaire qu’elles surnomment la Folle à l’Oiseau. Et encore plus lorsqu’elles aperçoivent une étrange silhouette à travers la fenêtre de la cave. 

Val Doubleday, la mère d’Alison, s’obstine quant à elle à vouloir percer dans la chanson, après un unique succès oublié de tous. En attendant, elle travaille – de moins en moins, restrictions budgétaires obligent – dans une bibliothèque et trouve refuge dans le bus numéro 11, pour profiter de son chauffage et de sa chaleur humaine. Jusqu’à ce qu’un appel inespéré lui propose de participer à une émission de téléréalité. 

Quelques années plus tard, dans un quartier huppé de Londres, Rachel travaille pour la richissime famille Gunn, qui fait bâtir onze étages supplémentaires… souterrains. Piscine avec plongeoir et palmiers, salle de jeux, cinéma, rien ne manquera à l’immense demeure. Mais plus les ouvriers s’approchent des profondeurs du niveau –11, plus des phénomènes bizarres se produisent. Si bien que Rachel croit devenir folle.

Points forts

À travers ce roman construit autour du chiffre 11, Jonathan Coe tisse une satire sociale et politique aussi acerbe que drôle sur la folie de notre temps. Il croque ses contemporains britanniques, capture dans sa toile les très riches et leurs serviteurs, leurs frustrations, leurs aspirations et leurs démesures avec, parfois, une virtuosité  diabolique.

C'est un récit qui mêle brillamment satire et méditation.  C’est tout sauf conventionnelle. Numéro 11 se lit  non comme une chronique, mais comme une floraison d'intrigues, de motifs et de personnages. Un roman rocambolesque où l'on croit à chaque chapitre lâcher le fil narratif qu'on tenait précédemment pour s'en emparer d'un nouveau, mais  où finalement tout se tient, tout s'accorde, tout résonne, tout s'éclaire.

Pour les lecteurs britanniques, le chiffre 11 évoque immanquablement la résidence du 11 Downing Street là où se décide la politique économique du pays.

Le roman se décline en cinq histoires et le chiffre 11 figure dans chacune. Mais c'est à la cinquième qu'il prend une vraie signification politique, quand l’auteur critique une tendance actuelle à Londres : les super-riches construisent d'énormes sous-sols pour agrandir leur déjà énorme maison. C’est à celui qui est capable de faire plus que l’autre; ainsi, le chiffre 11 représente l'avarice malsaine des super-riches, pour qui leur quantité de richesse n'est jamais suffisante. Jonathan Coe s'amuse à en faire une sorte de fil rouge.

Points faibles

- Ce roman est  nettement moins drôle que les deux  précédents,  « La vie privée de Monsieur Sim » et « Expos 58 ».

- Le fil du roman s’éparpille un peu. Il y a de quoi être décontenancé.

En deux mots

- On retiendra surtout de ce livre une belle histoire d'amitié entre deux jeunes filles, relation un temps victime des réseaux sociaux !

- Il y a certes des choses terribles dans ce roman, qui viennent vous saisir sans que vous puissiez vous défendre, mais  le lecteur restera sur l’idée que malgré tout ce qui ne va pas dans le monde en ce moment, il y a certaines qualités humaines qui survivent et que, donc, il ne faut pas désespérer....

Une phrase

Ou plutôt un dialogue :

« — Cette fois on n’avait pas le choix. Il fallait la faire parce que l’Irak avait des armes nucléaires braquées sur nous, et qu’il aurait pu nous anéantir en quarante-cinq minutes.
— N’importe quoi ! Qui est-ce qui dit ça ?
— Tony Blair. »

Recommandation

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