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Un roman irlandais, simple, profond et beau

Publié le 22 novembre 2016
Si vous ne voulez pas lire la même chose que tout le monde, alors lisez "Nora Webster", le dernier roman de Colm Toibin, qui raconte l'éclosion d'une femme, pourtant malmenée par la vie. Vous ne le regretterez pas.
François Duffour est chroniqueur pour Culture-Tops et avocat au Barreau de Paris. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos,...
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Si vous ne voulez pas lire la même chose que tout le monde, alors lisez "Nora Webster", le dernier roman de Colm Toibin, qui raconte l'éclosion d'une femme, pourtant malmenée par la vie. Vous ne le regretterez pas.

Livre

Nora Webster

de Colm Toibin

Ed. Robert Laffont

L'auteur

Colm Toibin, né en 1955, partage sa vie entre son Irlande natale et la Catalogne, parle le catalan mais écrit dans la langue de James Joyce. Il a pratiqué le journalisme et contribué à diverses revues. Féru d'art, il est membre influent d'une organisation irlandaise de promotion des arts, Aosdana.

Sa production littéraire est abondante et les prix le distinguant sont légion. Ainsi et parmi eux, le E.M. Forster de l'American Academy of Arts and Letters en 1995, et pas moins de cinq prix pour "The Master" en 2005, dont celui du Meilleur Livre Etranger. Une dizaine de ses titres ont été traduits en français.

Son œuvre traite de l'Irlande de sa jeunesse, accessoirement et pour mieux illustrer les pesanteurs d'une société catholique rigoureuse, de la culture de l'exil qu'elle inspire (cf. son roman Brooklyn), des relations sociales et familiales qui s'y trament, en particulier de celle entre une mère et son fils, abordée incidemment aujourd'hui dans "Nora Webster", hier déjà dans une série de nouvelles parues sous le titre "Mother and Sons".

Thème

Nora Webster habite Enniscorthy dans le Comté de Wexford, au sud de la République d'Irlande, une petite ville dans laquelle elle a toujours vécu. Son mari, Maurice Webster, professeur de collège, apprécié pour son savoir et son humanisme, faisait l'unanimité. Il est mort jeune, trop jeune, au terme de quelques années de souffrance aigüe en laissant Nora épuisée et désemparée. Mère de quatre enfants, deux filles, Aine et Fiona déjà mûres, et deux garçons, Donal et Conor, plus jeunes et réputés plus fragiles.

Au rythme des visites de condoléances qu'elle subit sans complaisance, Nora appréhende déjà l'avenir et les décisions qu'il implique ; ainsi la vente qu'elle juge inéluctable de la petite maison de Cush, ce village balnéaire où la famille a passé ses vacances d'été jusqu'aux dernières, théâtre d'un bonheur familial désormais révolu; encore, la recherche d'un emploi au terme de quelques vingt années consacrées à Maurice et aux enfants; et, à travers ces démarches, l'appréhension matérielle de la survie des siens. Comme si la souffrance si vive éprouvée par la perte d'un mari aimé ne suffisait pas et qu'il fallait y ajouter encore la précarité et l'inquiétude qui la suit.

Bien sûr, la famille est là, Jim en particulier, à la discrétion généreuse, et Margaret, sa femme, lesquels vont compenser leur mal d'enfants en prenant Donal en charge ; tante Josie, moins superficielle qu'elle n'y parait. La puissante famille Gibney aussi, des minotiers qui règnent sur la région et Peggy en particulier, la femme de William, l'héritier intransigeant de cet empire, une bourgeoise perchée qui n'oublie pas d'où elle vient et sait la dette qu'elle a vis-à-vis de Nora. Sœur Thomas encore qui use de son influence partout, abuse de son autorité morale et tire toutes les ficelles.

La compassion des uns, l'aide objective des autres apportent ici ou là un soulagement mais lui arrachent simultanément ses enfants, nécessairement sensibles à ces expressions de sollicitude extérieure alors que l'adolescence fait son œuvre et les éloigne, la pudeur s'installant toujours dans la relation filiale à cet âge.

Nora, sensible en dépit de sa froideur affichée, intelligente et volontaire, va trouver au rythme d'un quotidien modeste, assumé, le chemin de sa liberté. Laurie, une bonne-sœur réformée un peu dingue, présentée par Phyllis, son amie, va lui ouvrir la voie et la voix, en lui donnant des cours de chant, révélant ce talent intact qu'elle avait enfant et hérité de sa mère. La musique et le chant consacreront sa différence et favoriseront son épanouissement personnel, alors qu'elle n'avait finalement existé jusque là que par procuration.

Points forts     

- Une montée en puissance suggestive hors du commun révélant au travers du quotidien banal d'une femme de la classe moyenne, vivant dans une société de province un peu sclérosée, une personnalité très riche et très attachante, comme un soleil timide dissimulé dans la brume de Cush qui va finir par illuminer la grève toute entière, de manière aussi progressive qu'évidente, sans fracas ni racolage.

- Une étude subtile, fine et pudique des caractères, des sentiments et des relations, au sein de la famille notamment, entre la mère et ses filles, la mère et ses fils, les enfants entre eux, la mère et ses sœurs, la mère et sa propre mère...

 - Un style simple plutôt que sobre qui prend de l'ampleur au moment où il le faut quand la démonstration l'impose, à la fin notamment, lorsqu'en en guise d'épilogue, l'auteur libère Nora de ses chaines et la confronte, dans un rêve à moitié éveillé, à sa mère sur son lit de mort pour lui offrir le pardon qu'elle n'avait jamais trouvé jusque là et un passeport pour la vie.

 - Un portrait de veuve simple, éprouvée et sincère, étrangère à la gravité d'Andromaque et à la légèreté de Célimène.

Points faibles

Aucun !

Sinon peut-être pour certains, les points faibles inspirés par les points forts, comme les défauts de ses qualités, ainsi la modestie du propos et du personnage de Nora qui ne supposent ni lyrisme, ni extase, ni transports, mais la seule évidence du mot juste.

En deux mots

Un livre féministe sans doute, mais pas dans son sens syndical, plutôt celui du féminisme du point de vue d'un homme si ce n'est pas incongru de l'envisager ainsi, un point de vue qui s'inspire du respect des femmes, ne donne pas de leçon et démontre dans une société masculine leur intelligence et leur force de caractère.

Une approche très concrète du deuil qui donne toute son ampleur à cette étape de la vie pour ceux qui restent… et qui illustre son impérieuse nécessité, la condition d'un mieux ne procédant pas de l'oubli mais de l'appréhension lente et progressive de la mort de l'autre dans le dépassement de soi.

Une phrase

Ou plutôt un extrait :

" Elle avait toujours cru qu'il y aurait du temps, pour sa mère et pour elle, pour se voir, pour se parler avec chaleur et naturel, ou avec quelque chose qui y ressemblât. Mais cela ne s'était pas produit. Et maintenant cela n'aurait jamais lieu.

Elle n'éprouvait pas de remords. Mais en contemplant l'image de sa mère morte, elle éprouva une proximité avec elle, un lien qu'elle avait toujours ressenti, d'une certaine façon, mais auquel elle n'avait jamais donné suite et dont elle n'avait jamais parlé à quiconque ; le visage de sa mère délivré de la souffrance et de son expression familière ressemblait aux photographies d'elle jeune : une beauté mince, brune, farouche, aux aguets. Voilà ce qui était revenu, du moins à l'état de trace. Sa mère aurait aimé cette idée : que sa jeunesse ou un reflet de sa jeunesse fut revenu."

Recommandation

Excellent 

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