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Affaire judiciaire

Terroristes présumés libérés, magistrats suspectés, influence islamiste... L'enquête sur l'attentat du musée du Bardo vire-t-elle au scandale d'Etat en Tunisie ?

Publié le 25 novembre 2016
Alors que les proches des victimes françaises de l'attentat du musée du Bardo en Tunisie le 18 mars 2015 n'ont pas assisté ce vendredi 18 novembre à une cérémonie hommage, de forts soupçons de compromission de la justice tunisienne pèsent sur cette affaire.
Avocat au Barreau de Paris, Philippe de Veulle est diplômé du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS) – filière Collège interarmées de défense –, titulaire d'un Master (DEA) en économie et développement de l'Université Paris...
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Avocat au Barreau de Paris, Philippe de Veulle est diplômé du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS) – filière Collège interarmées de défense –, titulaire d'un Master (DEA) en économie et développement de l'Université Paris...
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Alors que les proches des victimes françaises de l'attentat du musée du Bardo en Tunisie le 18 mars 2015 n'ont pas assisté ce vendredi 18 novembre à une cérémonie hommage, de forts soupçons de compromission de la justice tunisienne pèsent sur cette affaire.

Atlantico : Ce vendredi 18 novembre avait lieu à Tunis une cérémonie d'hommage aux victimes de l'attentat du musée du Bardo de mars 2015, cérémonie à laquelle n'ont pas pris part les proches des victimes françaises de cette attaque. Quelle est la raison de cette absence ? Selon le Canard Enchaîné, cette cérémonie serait de la "poudre aux yeux médiatique" pour les proches des victimes. Est-ce également votre sentiment ?

Philippe de Veulle : Je dirais d'abord que mes pensées vont aux quatre victimes assassinées lors de cet attentat du Bardo le 18 mars 2015, à savoir : Huguette Dupeu, Nadine Flament, Jean-Claude Tissier et Christophe Tinois. Suite à un communiqué transmis à l'agence AFP, je suis le porte-parole de leurs proches et ayants droit, étant l'avocat de deux victimes ayant perdu leurs proches.

Pour revenir à votre question, en effet, suite à l'invitation du président de la République tunisien Béji Caïd Essebsi adressée à une avocate d'association de victimes et au président de l'association de victimes M. Mayet, mes clientes se sont immédiatement opposées à une telle invitation car nous dénonçons les dysfonctionnements judiciaires sur l'enquête du Bardo.

Nous souhaitons rappeler ici que le juge en charge de l'enquête et qui a depuis été nommé procureur de la République, M. Béchir Akremi, a relâché plusieurs présumés terroristes au motif de tortures alors que ces derniers avaient participé par des complicités objectives à cet attentat.

Lors de notre réception par le président de la République François Hollande, nous nous sommes permis d'évoquer ce dysfonctionnement judiciaire en lui soumettant par ailleurs les faisceaux de preuves qui ont motivé notre dénonciation de l'enquête dans son ensemble.

Selon vous, la justice tunisienne tente-t-elle d'étouffer cette affaire le plus possible ?

Cela me paraît évident. La question qui se pose est de savoir pourquoi on veut l'étouffer. Il me semble que le président de la République M. Essebsi, qui a été justement élu pour éviter toute influence du parti islamiste sur les institutions et la vie politique tunisienne, doit en fin de compte faire des concessions à ce parti pour pouvoir continuer de gouverner.

Le président du parti Ennahdha Rached Ghannouchi a ainsi déclaré récemment que les terroristes de l'Etat Islamique sont "une image de l’islam en colère, une image de l’islam qui perd la raison, mais on ne peut pas qualifier de mécréant quelqu’un qui dit "il n’y a de Dieu que Dieu". On peut lui dire qu’il est injuste, qu’il est dans l’erreur, qu’il est extrémiste, qu’il est radical, mais on ne peut pas lui dire qu’il est mécréant".

Selon les propos de la juge Kalthoum Kannou, le ministère de la Justice actuel est encore sous l'emprise des islamistes sous la férule de Noureddine Bhiri, ministre de la Justice au moment de la troïka de 2012-2013. À cette époque, il en avait profité pour limoger 80 juges pro-Ben Ali et en désigner 750 proches du parti islamiste.

Nous pouvons citer ici également les propos du juge Ahmed Souab, qui a affirmé dans une récente interview (lire ici) que les juges tunisiens sont aujourd'hui plus des militants que des magistrats, et que la justice est désormais pire que sous le régime de Ben Ali.

Le Watad, parti d'opposition des patriotes démocrates unifiés, dénonce également une alliance entre Ennahdha et le parti Nidaa, notamment suite à l'acquittement lundi dernier des assassins présumés de l'opposant Lotfi Nagdh.

Tous ces éléments, relayés par la presse d'opposition, nourrit la colère populaire en Tunisie.

Pourquoi est-il si difficile selon vous de faire la lumière sur toute cette affaire en Tunisie ?

C'est un scandale retentissant, qui implique des victimes de 11 nationalités différentes. Il est difficile de saisir précisément la raison de cette volonté de dissimulation de la vérité, mais il semblerait que les complicités jouent à tous les niveaux. Dès lors que la justice est tenue par les islamistes, des sympathies se nouent rapidement avec des terroristes, et tout cela a des conséquences. On est aujourd'hui loin d'une justice impartiale en Tunisie.

Deux syndicalistes policiers sont aujourd'hui détenus par les autorités tunisiennes pour avoir dénoncé les dysfonctionnements de la justice. Là encore, la justice tunisienne ne semble pas irréprochable selon vous. Comment a-t-elle évolué depuis la chute du régime de Ben Ali ?

Le résultat des courses se fait savoir maintenant : au vu du mépris de la vérité sur le sinistre attentat du Bardo, et en constatant la complicité des juges sur les manquements au niveau des enquêtes. Une enquête est d'ailleurs en cours contre le juge Béchir Akremi pour complicité d'assassinat sur l'opposant politique Chokri Belaïd pour avoir dissimulé des pièces dans le dossier… Comment voulez-vous donc que les victimes du Bardo fassent confiance à une telle justice ?

Walid Zarrouk et Issam Darouri, syndicalistes policiers, incarcérés pour le premier depuis plus de 100 jours et plus de 10 jours pour le deuxième, qui m'ont confié leur défense depuis la France, font la grève de la faim. Leur point commun est de dévoiler les dysfonctionnements de l'enquête judiciaire, preuves à l'appui. Pour leur détention, la justice leur oppose les lois antiterroristes, alors qu'eux-mêmes dénoncent les présumés terroristes relâchés au motif de torture, qui n'est en fait qu'une technique de défense pour demander la libération de suspect. D'ailleurs, le rapport rigoureux de l'organisation tunisienne de lutte contre la torture de 2015/2016 ne cite à aucun moment le nom de ces présumés terroristes, torturés, relâchés.

Walid Zarrouk a rédigé, depuis sa cellule, un courrier d'alerte adressé aux victimes du Bardo et de Sousse. Nous sommes même inquiets pour leur sécurité ainsi que pour celle de leurs proches.

A la lumière de ces éléments qui sont tous liés à cette sordide affaire du Bardo, les ayants droits et les proches des quatre victimes françaises assassinées n'avaient pas envie de participer aux commémorations en présence du président de la République tunisienne.

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