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Cette chute des obligations est durable. Pensons qu’il y a deux mois, des investisseurs ont acheté des obligations françaises à 0,03% pour du dix ans ! 10000 euros rapportaient alors 3 euros par an, hors inflation.
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Chute du prix des obligations d'Etat après des années de hausse : ce que la zone euro et la France ont à craindre d’une remontée trop brutale des taux
Publié le 15 novembre 2016
Le train de la hausse des taux longs est parti, avec la reprise américaine, le Brexit et plus encore l’élection de Donald Trump. Toutes les banques centrales vont tenter de le freiner, mais les Etats-Unis, qui ont renoué avec la croissance, sont en meilleure position que la zone euro - et plus encore la France - pour y résister.
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Le train de la hausse des taux longs est parti, avec la reprise américaine, le Brexit et plus encore l’élection de Donald Trump. Toutes les banques centrales vont tenter de le freiner, mais les Etats-Unis, qui ont renoué avec la croissance, sont en meilleure position que la zone euro - et plus encore la France - pour y résister.

Atlantico : La hausse des rendements obligataires se précise : les taux des obligations montent, ce qui veut dire que le prix des obligations baisse. Cette situation était-elle prévisible ? Cette chute des obligations sera-t-elle durable ?

Jean-Paul Betbeze : D’abord, cette hausse venant des Etats-Unis est tout sauf une surprise. Ensuite elle va se propager, comme toujours. Enfin s’accélérer, avec le Brexit puis l’effet Trump. Quand les taux longs remontent, ils remontent toujours vite et beaucoup. Ainsi, cela fait des mois que l’on voit monter la croissance américaine et plusieurs mois que les salaires et les prix montent – donc les taux longs montaient peu à peu. Le plein emploi s’installe et la Banque centrale américaine a prévenu qu’elle allait monter ses taux courts. Ce sera en décembre – donc les taux longs se sont mis à monter plus encore. Elle a attendu, pour des raisons politiques et pour être sûre de faire revenir au travail le plus possible d’anciens salariés, congédiés lors de la crise de 2008. Elle a attendu pour monter et elle va continuer à agir très lentement, pour éviter autant que possible un krach obligataire majeur qui pourrait menacer la reprise et s’étendre.

Cette hausse des taux longs (chute des obligations) est durable. Pensons qu’il y a deux mois, des investisseurs ont acheté des obligations françaises à 0,03% pour du dix ans ! 10000 euros rapportaient alors 3 euros par an, hors inflation. Aujourd’hui, en achetant pour la même somme, c’est 72,4 euros que l’on gagne ! 24 fois plus ! Les investisseurs vont chercher à se refaire, un peu, donc attendre pour acheter, donc les taux vont encore monter.

Surtout, les financiers d’entreprises vont essayer de rattraper le temps et les occasions perdus. Ils vont aller sur les marchés, ce qui fera remonter plus les taux et aller voir les banques, ce qui fera aussi monter les taux bancaires. Conseillons aux emprunteurs qui n’ont pas encore renégocié leurs crédits immobiliers de s’en occuper !!

Quelles sont les implications de cette chute des obligations pour la France et pour l'Europe ? Dans quelle mesure sont-elles plus à risque que pour les Etats-Unis ? 

Brexit, Trump, Bulgarie (qui vient de voter pour un Président pro-russe), Italie (avec un référendum le 4 décembre où Matteo Renzi met son poste en jeu)… les chocs se suivent, revenant cette fois en zone euro. Les marchés vont donc se demander dans quel pays des élections sont proches, le pouvoir actuel faible, la montée populiste forte. Il n’est pas impossible qu’ils trouvent rapidement que la France répond à cette définition !

Cette onde de choc va donc peser partout, en zone euro, en Italie notamment et ici. Elle va partout ralentir la croissance et poser des problèmes politiques, creusant les déficits budgétaires. Certes, ceci va techniquement permettre à la Banque centrale européenne d’acheter pendant plus longtemps des obligations publiques, mais ce sera plus compliqué à expliquer à ceux qui la critiquent. Elle répètera que sa politique d’achats de bons du trésor (quantitative easing) était faite pour aider aux réformes. En même temps, elle dira que les taux actuels restent très bas, ce qui doit pousser les Etats à accélérer leurs réformes – pendant qu’il est encore temps. Elle fera aussi remarquer que l’effet Trump fait baisser l’euro par rapport au dollar, ce qui peut aider les exportations vers les États-Unis. Donc pas de catastrophe, si on accélère les réformes !

La préoccupation française majeure va donc être de contrer l’analyse mécanique des marchés financiers qui la mettent en ligne de mire. C’est bien pourquoi la hausse des taux longs a été ici si forte et a conduit à un écart de taux de 37 points de base (ou 0,37%) entre l’Allemagne (0,36%) et la France (0,73%). Aussi longtemps que cet écart demeure inférieur à 0,5%, nous sommes dans la moyenne historique. Gare si nous en sortons.

Au total, le train de la hausse des taux longs est parti, avec la reprise américaine, le Brexit et plus encore l’élection Trump. Toutes les banques centrales vont tenter de le freiner, mais les Etats-Unis sont évidemment en meilleure position que nous pour y résister.

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