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Sondage et ralliements à Juppé : Nicolas Sarkozy contraint d’aller chercher les électeurs qui ne votent plus pour espérer redresser la barre… Mais où sont-ils ?

Publié le 14 octobre 2016
Au-delà des personnalités et des programmes, la primaire de la droite et du centre pourrait bien se jouer aussi sur l'électorat. Alors que les candidats s'écharpent pour savoir s'il convient de l'élargir ou non, il paraît clair que Nicolas Sarkozy, notamment, a besoin aujourd'hui d'attirer de nouveaux votants pour avoir une chance de remporter le scrutin. Mais la tâche ne s'annonce pas facile.
Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
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Bruno Cautrès
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Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
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Au-delà des personnalités et des programmes, la primaire de la droite et du centre pourrait bien se jouer aussi sur l'électorat. Alors que les candidats s'écharpent pour savoir s'il convient de l'élargir ou non, il paraît clair que Nicolas Sarkozy, notamment, a besoin aujourd'hui d'attirer de nouveaux votants pour avoir une chance de remporter le scrutin. Mais la tâche ne s'annonce pas facile.

Atlantico : La sociologie actuelle de l'électorat attendu à la primaire de la droite et du centre laisse apparaître une certaine surreprésentation des personnes âgées et des classes supérieures, catégories considérées comme étant plus "favorables" à Alain Juppé. Dans de telles circonstances, Nicolas Sarkozy n'est-il pas contraint de chercher à mobiliser un électorat généralement éloigné des urnes ? Comment est-il possible de mobiliser cet électorat sans perdre celui dont il aura besoin dans le cadre d'un rassemblement en vue de la présidentielle ? 

Bruno Cautrès : Il est vrai que la sociologie de l’intention de participer à la primaire fait apparaître de fortes différences liées à l’âge et au statut social. Dans la dernière vague (septembre 2016) de la grande enquête électorale du Cevipof, on constate que 6,3% des personnes interrogées se déclarent certaines de vouloir voter à la primaire de la droite. Ce pourcentage est de 14,1% parmi les hommes de plus de 65 ans, et de 11% parmi les femmes de plus de 65 ans. Dans toutes les catégories professionnelles, les retraités ont également davantage l’intention de voter à cette primaire que les actifs : c’est le cas de 18,4% des travailleurs indépendants retraités (contre 7,1% chez les actifs), ou encore de 17,8% des cadres supérieurs retraités (contre 6,1% chez les actifs). Si l’on prend l’exemple de ces deux catégories professionnelles, elles sont davantage favorables à Alain Juppé qu’à Nicolas Sarkozy, et notamment parmi les retraités : si l'on considère la première catégories, 46,1% des travailleurs indépendants retraités ont l’intention de voter Juppé (contre 37,2% pour tous ceux qui se déclarent certains d’aller voter), et 22,6% pour Nicolas Sarkozy (contre 33% parmi tous ceux qui se déclarent certains d’aller voter). Nicolas Sarkozy draine plus de votes des catégories populaires (employés ou ouvriers) qu’Alain Juppé mais même parmi ces catégories, les retraités ou les membres les plus âgés (plus de 65 ans) souhaitent davantage voter pour le rival.

Qui sont ces électeurs aujourd’hui absents ? Quelle est la sociologie de l'électorat dont Nicolas Sarkozy a besoin pour espérer remporter la primaire de la droite et du centre ? 

Les abstentionnistes probables de la primaire ont une sociologie comparable à la sociologie habituelle de l’abstention avec des nuances liées au fait qu’il s’agit d’une primaire de droite : si l’on analyse ceux qui ont une probabilité de 0 (sur une échelle de 0 à 10) de voter à cette primaire, on voit que les milieux sociaux les plus défavorisés socialement ou faiblement diplômés, mais aussi les salariés du public (catégorie habituellement plus favorable à la gauche qu’à la droite) vont davantage s’abstenir. Ceux qui ont voté pour les candidats de la gauche en 2012 vont également s’abstenir à quelques exceptions près, comme le fameux (très) petit pourcentage d’électeurs de gauche qui veulent venir voter Juppé. On voit donc qu’il y a pour Nicolas Sarkozy à la fois une réserve d’électeurs mobilisables, ceux des milieux sociaux plus défavorisés et populaires, mais que dans le même temps, leur participation à la primaire est moins probable. Mobiliser un électorat à la fois plus jeune et plus populaire est une donnée-clé pour Nicolas Sarkozy pour éventuellement remporter la primaire mais cette mobilisation rencontre des obstacles car ces catégories n’ont pas soutenu fortement Nicolas Sarkozy en 2012. En se calant de manière cohérente avec les thèmes identitaires de sa campagne de 2012, tout le pari de Nicolas Sarkozy est que ces milieux sociaux, dont certaines franges (travailleurs jeunes et précaires, faiblement diplômés) sont attirées par un vote Le Pen à la présidentielle, viendront se porter vers lui. Pour ce faire, Nicolas Sarkozy ne peut néanmoins pousser trop loin le curseur d’une candidature "anti-système" (alors que Juppé représenterait le "système") car ce n’est pas sa posture naturelle, et qu’il est un ancien président.

Plus largement, et en considérant que les personnes âgées et les classes supérieures sont effectivement surreprésentées dans le cadre de la primaire, est-il possible de considérer que le "renouveau" démocratique de la primaire serait, en réalité, une machine à exclure les candidats les plus proches de cet électorat qui ne vote qu'aux présidentielles ? Peut-on parler d'une forme de verrouillage de l'offre politique par les catégories les plus "intégrées" de la population ?

Non, je ne crois pas. L’expression de "verrouillage de l’offre politique" me semble exagérée. Le développement des primaires dans notre vie politique pose à celle-ci plein de questions nouvelles, et notamment sur le rôle et les fonctions des partis politiques ; mais d’une manière générale, on peut dire que cela représente une avancée démocratique. On a néanmoins vu des tensions et des débats sur les conditions des candidatures, la question des modalités, et du nombre des parrainages notamment.

Pour répondre plus complètement à votre question, je dirais qu’au-delà des primaires, il y a bien un enjeu démocratique en France concernant l’intégration et l’implication politique et citoyenne des catégories de la population qui sont objectivement, ou qui se sentent subjectivement, exclues du jeu politique : travailleurs précaires, faiblement qualifiés ou diplômés, perdants de la modernisation de notre pays sous l’effet de la mondialisation, tous ceux qui voient la politique comme une "cour de récré" très éloignée d’eux. Du côté des candidats, on ne peut parler d’une exclusion car, une fois les règles de la primaire admises (et cela peut faire débat), les conditions d’accès au débat public sont également à l’aune de la notoriété, de l’intérêt, et de la crédibilité des candidats. Même si les médias consacraient des heures à présenter qui est Jean-Frédéric Poisson, cela n’augmenterait pas de manière significative l’intérêt de sa candidature aux yeux des électeurs de la primaire. Quant à Nicolas Sarkozy, on ne peut pas dire que la primaire a fonctionné comme une machine à l’exclure vis-à-vis du "candidat favori" qu’est Alain Juppé.

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Commentaires (4)
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bd
- 02/11/2016 - 18:04
Labeliser les politiciens?
Pour éviter, comme cela se présente aux U.S., de focaliser les débats sur des postures, des attitudes ou des comportements au détriment des vraie questions de fond, il faudrait une sorte de "sur-parti" qui garantit le contrôle de la qualité psychiatrique des candidats comme le ferait un label. 
Ce "label" garantirait au citoyen qu’un candidat -quelle que soit sa couleur politique- validé par ce label serait psychologiquement sain. 
Le premier critère serait l'aptitude à l'empathie. 
Un politicien sans empathie n'est intéressé que par lui-même et le pouvoir au prix de n'importe quelle manipulation. 
Les «sans empathie» sont souvent des propagateurs de haine. 
Ils sont aussi souvent attirés par la complosphère. 
Si l’on pouvait éviter ce genre de personne toxique en politique…
chamouton
- 13/10/2016 - 14:15
Les deux méthodes
Il y a 2 manières de faire une campagne électorale. La première est utilisée par Nicolas Sarkozy, elle consiste à identifier nos électeurs potentiels, et à leur faire croire qu'on les comprend car on est comme eux. Quelques promesses ciblées sur leurs attentes et sur les thèmes qui leur sont chers. En fonction des ralliements et des sondages, le discours s'adapte pour satisfaire aux sensibilités de chacun. C'est la méthode du court terme, risquée et surtout très clivante. La seconde méthode consiste à faire un état des lieux de la maison France et à proposer une solution pour chaque problème diagnostiqué. Le programme est à prendre ou à laisser, on ne le modifie pas en fonction des ralliements. C'est la méthode Fillon, elle est aussi risquée car elle crée de l'incompréhension chez certains, mais elle a l'avantage d'offrir une perspective. Cette seconde méthode est de loin la meilleure.
lafronde
- 13/10/2016 - 14:07
La Démocratie exige le pluralisme.
L'avis du plus grand nombre est valable si l'opinion a pu éclairer son jugement. Des controverses, des débats, des programmes précis et leurs alternatives sont nécessaire. Or la Presse persiste dans son tropisme progressiste (anti-populiste (Trump, Orban, Sarko), de plus elle est ignare en micro-économie. Aussi elle met l'accent sur des sondages -seraient-ils auto-réalisateurs ? Ceux-ci conditionneraient-ils l'électeur ? Nous avons en France un déficit de pluralisme mediatique, situation défavorable à une offre politique renouvelée. L'Etat en est la cause. 1 par son appendice des media publics, aux directions et réactions partisanes, 2 par un CSA partisan. 3 par ses subventions à la Presse, qui freinent la destruction créatrice dans ce secteur, seule à même d'amener une offre media plus attractive. Notre Démocratie se porterait mieux si elle permettait le pluralisme politico-administratif des territoires par le principe de subsidiarité. La prospérité de l'Occident a été apportée par le libre marché, ou synthèse des choix individuels. Or notre organisation territoriale est une tutelle complète de l'Etat, anéantissant les choix et préférences du citoyen. Absolutisme républicain !