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Casse-têtes
Multiplication des tests de QI : comment "l'enfant surdoué" est devenu la (mauvaise) réponse à tous les comportements à problème des élèves pour éviter de les gronder
Publié le 06 octobre 2016
Nouveaux indices, nouveaux subtests, interprétation des résultats et comptes-rendus écrits : le tout nouveau test permettant d'évaluer le QI (quotient intellectuel) des enfants, appelé "WISC-V", vient de sortir. Pour le meilleur... ou pour le pire.
Claire Meljac, psychologue, docteur en Psychologie, eut la chance durant ses études de bénéficier de l'enseignement de Jean Piaget. C'est ce qui explique, en partie, son intérêt pour un secteur longtemps négligé par les psychologues : celui de l...
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Nouveaux indices, nouveaux subtests, interprétation des résultats et comptes-rendus écrits : le tout nouveau test permettant d'évaluer le QI (quotient intellectuel) des enfants, appelé "WISC-V", vient de sortir. Pour le meilleur... ou pour le pire.

Mathilde Debry : Les professionnels constatent que le nombre de consultations parentales pour évaluer le QI de leur enfant a considérablement augmenté ces dernières années. Avez-vous pu observer cette augmentation dans votre pratique de tous les jours ? Si oui, comment l'expliquez-vous ?

Claire Meljac : En dix ans, j’ai pu constater un changement radical de l’approche des parents vis-à-vis de l’évolution de leur enfant, au sein de mon association comme dans le service hospitalier pour lequel je travaille (une unité spécialisée dans la prise en charge des enfants en difficulté, parmi lesquels des "surdoués", bien évidemment).

 

Au début de la création du service en question, les parents venant consulter des psychologues le faisaient sans idée préconçue. Ils désiraient évaluer le niveau scolaire ou général de leur enfant, afin tout simplement de savoir s’il devait sauter une classe ou redoubler par exemple, ou encore s’ils devaient s’adresser à des aides spécialisées (rééducations, soutiens psychologiques, etc.). Aujourd’hui, bien des parents arrivent dans le service ou à l’association en m’expliquant que si leur enfant a des problèmes (échec scolaire, non-intégration, hyperactivité…), c’est uniquement parce qu’il est surdoué. Ils désirent en fait une certification officielle mais, pour eux, la réponse s’impose déjà.

 

C’est en effet beaucoup plus flatteur et déculpabilisant pour les parents de répéter que leur enfant a des problèmes parce qu’il est plus intelligent que les autres, plutôt que de s’entendre dire que non, leur enfant est "normal" sur le plan intellectuel et a tel ou tel autre problème de comportement pour des raisons X ou Y. L’étiquette de "l’enfant surdoué" est d’autant plus utilisée comme cache-misère que la littérature sur la question a littéralement explosé ces dernières années, le grand public étant très friand de ce genre de témoignages ou d’analyses scientifiques plus ou moins bien vulgarisées.

 

Christine Arbisio : J'ai en effet pu constater une augmentation très importante du nombre de parents qui viennent me consulter pour évaluer le QI de leur enfant, de manière presque caricaturale. En 2015, tous mes premiers échanges avec la famille ont abordé au moins une fois cette possibilité, alors qu'aucun des enfants que j'ai évalués n'était vraiment précoce. J'ai aussi pu constater que cette problématique, d'abord réservée aux milieux sociaux aisés, touche désormais toutes les classes sociales.

 

Cette multiplication des demandes d'évaluation de QI s'explique à mon sens par la conjugaison de raisons de fond et de raisons de circonstance.

 

Les raisons de fond, d'abord. Il est évident que les parents acceptent mieux que leur enfant ait des problèmes si c'est parce qu'il est surdoué. C'est un réflexe humain, de défense, qui permet de déculpabiliser. Ensuite, je pense que notre société est aujourd'hui régie par la culture de la performance, là ou l'ère "Dolto" favorisait plutôt le bien-être de l'enfant.

 

Les raisons de circonstances, ensuite. Il est clair que certains professionnels ont bien compris que la thématique des surdoués fascinait le grand public, et en ont profité pour surfer sur la vague en publiant toutes sortes d'ouvrages sur la question. Plus problématique encore, et je dirais même inquiétant, cette fascination pour l'enfant surdoué a gangrené l'Education nationale, qui multiplie les formations des enseignants et des psychologues scolaires sur la question, au point que ces derniers finissent eux aussi par pousser les parents à évaluer le QI de leur enfant. Les moyens déployés par l'Education nationale pour détecter et prendre en charge les enfants surdoués sont complètement démesurés par rapport à la population totale des enfants surdoués (2% de la population mondiale), tandis que la majorité des enfants en difficulté ont bien d'autres problèmes qui mériteraient d'être traités en priorité (difficulté de lecture, déscolarisation...).

 

En quoi consiste l'évaluation du QI d'un enfant ?

Claire Meljac : Pour en comprendre les bases, il faut d’abord se représenter que l’analyse des capacités intellectuelles d’un enfant exige trois "partenaires" : l’enfant, bien sûr, mais aussi un "opérateur" (le-la psychologue), ainsi qu'un instrument de recherche et d’investigation : le test.

 

C’est le Français Alfred Binet qui, au début du siècle dernier, a eu l’idée, après commande du Ministère de l'instruction publique, de mettre au point le premier test en comparant les performances (dans une série de problèmes variés courts et pertinents) d’un enfant donné aux normes plus générales des enfants de son âge. On pouvait ainsi évaluer les performances d’un enfant de 8 ans, par exemple, au profil global des enfants du même âge. Il pouvait être "à l’heure", "en avance" ou "en retard". On parlait alors d’un âge mental (le résultat atteint), et on le mettait en regard avec l’âge réel d’un enfant. On pouvait ainsi savoir si un jeune écolier était "à l’heure", "en avance" ou "en retard".

 

Puis, on a eu l’idée d’opérer une division : celle de l’âge mental par l’âge réel (calculés en mois). Si l’âge mental était égal à l’âge réel, le quotient était égal à 100, si l’âge mental était plus élevé, le résultat obtenu était supérieur à 100, l’inverse s’observant quand l’âge mental était inférieur à l’âge réel. Telle est, à son début, l’histoire du fameux Q.I (quotient intellectuel).

 

Quelques années après, sous la direction de David Wechsler, un grand chercheur américain, la notion de Q.I est devenue plus complexe ; on voulait traiter le problème avec des normes statistiques bien précises. Les chercheurs ont pu ainsi résumer leurs recherches sous la forme d’un graphique, celui de "la courbe de Gauss" : les enfants aux résultats insuffisants se trouvent à gauche de la courbe, appelée aussi "en cloche", ceux qui correspondent aux normes établies pour leur âge au centre gauche ou droit… et les très brillants à l’extrémité droite de la courbe, en fonction du nombre de points obtenus lors des tests.

 

De tels calculs statistiques, censés être objectifs, ne le sont évidemment pas ; car on retrouve, à leurs sources et par les répartitions observées, le choix des chercheurs et leurs conséquences, parfois incontrôlées. Les capacités des enfants ne sont pas des objets immobiles à observer de loin et de façon impersonnelle. Chaque psychologue – et c’est heureux – est, d’une certaine façon, impliqué dans l’examen qu’il mène.

 

Quel poids doit-on donner à l'évaluation du QI d'un enfant dans l'analyse de sa précocité intellectuelle ?

Claire Meljac : Le QI brut (c’est-à-dire un simple chiffre, sans analyse) est un indicateur important, mais cela reste un simple indicateur, qui est très, très loin d’être suffisant pour analyser une véritable précocité de l’enfant. Il faut aussi par exemple prendre en compte et évaluer ses capacités de concentration, de communication, sa confiance en lui, le milieu dans lequel il évolue.

 

Par ailleurs, les psychologues utilisent bien trop exclusivement un test appelé WISC (W pour Wechsler), qui donne certes des indications précieuses mais qui, dans certains cas, est loin d'être exhaustif. Il existe de nombreux autres tests qui permettent d’évaluer la précocité de l’enfant sous un autre angle. Je citerai à ce propos l’œuvre très riche du grand chercheur qu'était Jean Piaget.

 

Christine Arbisio : Il faut bien comprendre qu'avec l'élaboration de ce test qui permet de déterminer le QI d'un enfant, les chercheurs ont fait naître le mythe de l'existence de "l'Intelligence" avec un grand "I", que l'on pourrait mesurer comme la taille ou le poids. Hors, Binet disait déjà que le QI ne servait pas à évaluer l'intelligence d'un sujet, mais ses capacités intellectuelles, ce qui n'est pas du tout la même chose. Quand on rencontre une personne qu'on considère comme intelligente, c'est un tout que l'on ressent : ses capacités intellectuelles, mais aussi ses capacités relationnelles, sa motivation, etc.

 

Y a-t-il des risques à faire évaluer son enfant uniquement via son QI ? Si oui, lesquels ?

Claire Meljac : Oui, il y a des risques très importants, qui ne résident pas tant dans le test lui-même que dans la manière dont il est utilisé et interprété. Je m'explique : un psychologue qui cherche à évaluer la précocité d'un enfant en ayant pour seule référence son QI peut soit le classer dans la catégorie des enfants précoces alors qu'il ne l'est pas, soit ne pas le classer dans la catégorie des enfants précoces alors qu'il l'est (certains enfants précoces n'ont par exemple pas la concentration nécessaire pour arriver au bout du test de WISC). Dans les deux cas, le psychologue loupe le coche et propose des programmes complètement inappropriés à l’enfant, ce qui, outre le fait de faire perdre un temps précieux, peut avoir des conséquences dramatiques sur son développement et sa personnalité en général.

 

Malheureusement, des erreurs d’analyse arrivent encore beaucoup trop souvent, car un certain nombre de psychologues, trop peu formés sur la question des enfants précoces, se focalisent exclusivement sur les résultats d’un test permettant de calculer un QI, démarche apparemment simple (c’est pourtant loin d’être vrai !), alors qu’une démarche approfondie exige beaucoup plus de travail : plusieurs heures à passer avec l’enfant pour le tester puis à analyser et interpréter ses multiples résultats.

 

Ce travail long (et passionnant) consacré à l'interprétation des tests engorge d’ailleurs les services hospitaliers spécialisés, où les postes de psychologues ne sont par ailleurs pas assez nombreux : les délais pour l’obtention d’un rendez-vous sont en général très longs, pouvant aller jusqu'à plus d'un an d'attente. 

 

Quels signes doivent pousser les parents à consulter pour évaluer le développement de leur enfant ou non ?

Claire Meljac : Certains parents vous diront que les enfants précoces ont du mal à s’intégrer ou sont très agités, mais attention : ce n’est pas le cas pour la plupart d’entre eux.

 

L'élément principal qui doit, à mon sens, éveiller l’attention des parents, c’est la diversité des centres d’intérêts d’un enfant et leur maturité.

 

Cela dit, si tout va bien, une estimation des qualités de l’enfant n’est pas toujours indispensable. Je connais d'ailleurs beaucoup de petits surdoués qui ne sont absolument pas sujets à problème.

 

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