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Crise de foi

Mère Teresa, la Sainte qui ne croyait pas toujours en Dieu

Publié le 04 septembre 2016
Mère Teresa sera canonisée ce dimanche 4 septembre 2016 par le pape François. Cette femme, petite de taille et grande d'humanité, s'est illustrée toute sa vie durant par son dévouement auprès des "plus pauvres parmi les pauvres", notamment dans les bidonvilles de Calcutta, en Inde. Son accès à la sainteté est on ne peut plus logique. À la simple exception près que durant la plus grande partie de sa vie, elle disait ne plus avoir la foi.
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Mère Teresa sera canonisée ce dimanche 4 septembre 2016 par le pape François. Cette femme, petite de taille et grande d'humanité, s'est illustrée toute sa vie durant par son dévouement auprès des "plus pauvres parmi les pauvres", notamment dans les bidonvilles de Calcutta, en Inde. Son accès à la sainteté est on ne peut plus logique. À la simple exception près que durant la plus grande partie de sa vie, elle disait ne plus avoir la foi.

Mère Teresa va enfin accéder à un statut à la hauteur de la renommée mondiale dont elle est l'objet. Décédée en 1997, la bonne soeur réputée pour sa détermination et son pragmatisme a été béatifiée en 2003 par le pape Jean Paul II. Treize ans plus tard, ce 4 septembre 2016, elle va être canonisée par le pape François et déclarée sainte par le Vatican. Une finalité attendue par nombre de ses plus fervents admirateurs, compte tenu des nombreux actes de dévouement dont elle a fait preuve toute sa vie durant. Mais quelque chose cloche : elle n'a pas (toujours) eu la foi.

La nouvelle, survenue en août 2007, avait eu l'effet d'un coup de tonnerre. Le média américain Time révélait de larges extraits de la quarantaine de lettres dans lesquelles la nonne racontait son sentiment de vide intérieur, d'absence de foi. Pourtant, ce ne sont pas les actes de compassion et de dévouement, guidés tout d'abord par l'amour du Christ, qui manquent.

Itinéraire d'une icône de don de soi

Née le 26 août 1910 à Usküb (l'actuelle Skopje, en Macédoine), à l'époque en Empire ottoman, sous le nom d'Anjezë (Agnès) Gonxha Bojaxhiu, l'Albanaise Mère Teresa développe dès son plus jeune âge la culture du don : de pauvres gens sont régulièrement invités à la table familiale, et sa mère, fervente catholique, n'a de cesse de répéter "ma fille n'accepte jamais une bouchée qui ne soit partagée avec d'autres". Elle se retrouve orpheline de père alors qu'elle n'a que neuf ans, puis décide de se consacrer aux pauvres à travers la foi catholique.

En couvent à l'âge de dix-huit ans, puis en mission à Calcutta, en Inde, la foi de la jeune soeur la guide dans son action, qu'elle dirige vers les pauvres des bidonvilles. Alors que les conditions de vie et d'hygiène sont particulièrement déplorables, que les orphelins se font dévorer par les chiens errants et que tuberculose, lèpre et dysenterie font des ravages, celle qui va emprunter le nom de "Mère Teresa" en hommage à la sainte patronne des missions, Thérèse de Lisieux, va multiplier les actions de grâce. Elle fonde la congrégation des Missionnaires de la Charité en 1950, construit des écoles, et exhorte les autorités locales de lui donner accès à une vieille bâtisse afin que les personnes les plus souffrantes puissent mourir avec dignité – le centre est nommé Nirmal Hriday (cœur pur en bengali) ou encore "mouroir de Khalighat". Loin de s'en arrêter là, Mère Teresa fonde en 1955 un orphelinat, nommé Nirmala Sishu Bavan, puis la léproserie de Shantinagar. Tant d'actions récompensées d'un prix Nobel de la paix acquis en 1979 et d'une réputation mondiale de bienfaisance. En 1997, à l'âge de 87 ans, celle que tout le monde considère déjà comme une sainte, s'éteint enfin.

>>> Lire aussi : François, le pape qui créait des saints plus vite que son ombre <<<<

Crise de foi

Et pourtant, ce ne sont d'après ces lettres pas la foi catholique qui a guidé la bientôt sainte Mère Teresa à accomplir le bien autour d'elle. En effet, et durant cinquante années de sa longue vie, Mère Teresa a eu ce qu'on appelle une crise de foi. Un passage par lequel passent de nombreux saints, et que Saint Jean de la Croix, maître de la spiritualité catholique, appelait "la nuit sombre de l'âme". 

Imperturbable sur le terrain quand il s'agit de se montrer forte et fiable auprès des miséreux, elle est en revanche en proie à un doute profond une fois penchée sur sa feuille. Elle explique ainsi comment elle se sent abandonnée à "la solitude" et "l'obscurité", et qualifie même son mal-être de "torture". Elle confie, tout en allégorie, "regarder, mais ne pas voir ; écouter, mais ne pas entendre", faisant penser à Saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens : "aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure". Et c'est cette absence de foi qui semble la tourmenter au plus profond de son âme : "Où est ma foi – tout au fond de moi, où il n' a rien d'autre que le vide et l'obscurité – mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n'ai pas la foi", écrit-elle dans une lettre adressée à Jésus.

(Suite en page 2)

Potentiel obstacle à la canonisation

Et en supposant sa probable canonisation, elle annonçait déjà en 1962 : "Si un jour je deviens une sainte, je serai sûrement celle des ténèbres, je serai continuellement absente du paradis". Pas illogique pour celle qui aura passé la quasi-totalité de sa vie dans l'un des endroits les plus misérables sur Terre. Quant à la vision qu'elle avait eue d'un sourire divin, "c'est un masque", assure-t-elle, désespérée. Elle se sent hypocrite, assurant qu'elle n'éprouve aucun amour pour Dieu. Consciente du caractère pour le moins inhabituel de ces lettres, elle avait demandé à ce qu'elles soient détruites, mais l'autorité ecclésiastique s'y était opposée, justement en prévision du procès de canonisation, qui consiste à juger du mérite d'un bienheureux à accéder au statut de saint. Des doutes qui ne sont pas éloignés de ceux que Sainte Thérèse de Lisieux avait elle-même éprouvés, parlant à ses proches de "ténèbres"

Alors que peut-on conclure de cette foi longtemps vacillante ? Cette propension au doute n'est donc pas opposée à une grande sainteté, au contraire. Elle est vue parfois comme l'expression redoutable d'une épreuve mystique réservée aux âmes très avancées dans la vie spirituelle. Pour le père James Martin, SJ, jésuite et auteur spirituel reconnu, mère Teresa devrait être nommée "sainte patronne des douteurs". 

Humaine et imparfaite

Ces périodes de chamboulement psychique témoignent en tout cas d'une personnalité complexe. Mère Teresa avait une tendance à la démesure, à vouloir atteindre la perfection. Une perfection bien évidemment impossible à atteindre, qui la renvoyait à sa condition humaine, bien impuissante. "Je veux aimer Jésus comme personne ne l'a jamais aimé auparavant", disait-elle. 

Qu'importe, Mère Teresa sera canonisée ce dimanche. Dans la foi catholique, les saints sont ceux qu'on prend en exemple, ceux qui aident à suivre le Christ de différentes manières. Mère Teresa aura donc donné deux très grands exemples dans sa vie : celui de la dévotion aux pauvres, mais également celui, peut être pas moins héroïques, de la persévérance dans le doute. 

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Ganesha
- 04/09/2016 - 10:34
''Mourir avec dignité''
''Mourir avec dignité'', c'est le nom qu'a choisi en France l'association qui milite pour la liberté d'obtenir l'Euthanasie. Si elle était vraiment sainte, mère Thérésa devait être capable d'apprécier le moment où un agonisant avait déjà largement suffisamment souffert pour avoir mérité le Paradis !