En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
© Reuters
Le président des États-Unis est certainement l’homme le mieux renseigné de la planète et il est légitime de se demander s’il n’a pas eu un "doute" sur l’origine de ces atrocités…
Géopolitique-fiction
Et si Barack Obama avait suivi François Hollande dans sa volonté d’intervenir contre la Syrie de Bachar el-Assad en août 2013, où en serions-nous aujourd’hui ?
Publié le 26 août 2016
Suite à l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien contre ses populations civiles en août 2013, aucune opération aérienne n'a été déclenchée, et ce en dépit de la volonté française et de la ligne rouge fixée par les Etats-Unis. Si une intervention avait effectivement eu lieu, non seulement l'impact opérationnel aurait été minime mais les tensions diplomatiques -notamment avec la Russie de Vladimir Poutine- auraient été exacerbées.
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Rodier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Suite à l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien contre ses populations civiles en août 2013, aucune opération aérienne n'a été déclenchée, et ce en dépit de la volonté française et de la ligne rouge fixée par les Etats-Unis. Si une intervention avait effectivement eu lieu, non seulement l'impact opérationnel aurait été minime mais les tensions diplomatiques -notamment avec la Russie de Vladimir Poutine- auraient été exacerbées.

Atlantico : Le 21 août 2013, le régime syrien a franchi la fameuse ligne rouge fixée par les États-Unis en utilisant des armes chimiques contre ses populations civiles. Dès la fin du mois d'août la France souhaitait lancer une attaque aérienne sur la Syrie mais a dû se rétracter du fait de la volte-face de Barack Obama. Quel aurait été l'impact d'une intervention à l'époque ? La situation sur le terrain syrien serait-elle différente aujourd'hui ?

Alain Rodier : Sans vouloir revenir sur la polémique et les violentes querelles d’experts (chacun campant désormais sur ses certitudes) qui ont eu lieu à l’époque pour désigner les auteurs de la frappe au gaz sarin visant des populations civiles dans le quartier de la Ghouta à l’est de Damas, je dois tout de même remarquer que rien n’est venu apporter la preuve formelle que c’était bien le régime syrien qui en était l’instigateur. Les différents actes d’accusation avancés ne tiendraient pas la route juridiquement lors d’un procès équilibré, la défense pouvant trouver toutes les failles nécessaires pour faire valoir un non-lieu. L’élément qui pourrait être mis en avant par la défense est le fameux retrait de dernière minute du président Obama. Le président des États-Unis est certainement l’homme le mieux renseigné de la planète et il est légitime de se demander s’il n’a pas eu un "doute" sur l’origine de ces atrocités… Il est plus que souhaitable qu’un procès se déroule dans l’avenir. Cela participera à la manifestation de la vérité ce qui, à mon sens, est absolument indispensable. Mais il y a une condition : il faut que ce procès ne soit pas biaisé au départ.

En ce qui concerne le bombardement prévu par Washington et Paris, si l’intervention aérienne n’avait duré que quelques heures, voire que quelques jours, cela n’aurait pas changé grand-chose sur le plan tactique. Il faut dire et répéter que si les bombardements aériens sont très photogéniques sur le net ou pour les actualités du 20h00, l’expérience montre que leur efficacité opérationnelle est souvent plus que discutable. Par contre, s’ils avaient duré des semaines avec toute la puissance que les Américains savent mettre en oeuvre, alors là, il y aurait vraisemblablement eu des effets sur le pouvoir de Damas. Mais ce n’est pas vraiment mesurable. Contrairement à ce que l’on peut croire, la guerre est loin d’être une science exacte.

"Je ne sais pas ce que cela aurait donné si on avait frappé, peut-être qu’on se reverrait et que vous me diriez : 'Vous avez frappé, mais il y a Daech qui est là, c’est de votre faute.' Ce que je peux dire, c’est qu’on n’a pas frappé… et il y a Daech." a déclaré François Hollande au Monde en avril 2015. Cette intervention aurait-elle freiné l'émergence et l'expansion de Daech en Syrie ?

Daech n’existait pas en 2013 en tant que tel. C’était l’Etat Islamique d’Irak (EII) qui avait envoyé des combattants en Syrie pour s’attaquer au régime de Bachar Al-Assad avec les autres groupes rebelles. Le 9 avril 2013, l’EII est devenu l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) et la scission entre Abou Bakr al-Baghdadi (alors présent en Irak) et son lieutenant Abou Mohammad al-Joulani (commandant l’EII en Syrie) n’était pas encore d’actualité. C’est un an plus tard, le 29 juin 2014 qu’al-Baghdadi proclamera le califat et que Joulani voguera de ses propres ailes à la tête du Front al-Nosra en refusant de prêter allégeance à son ancien chef mais en assurant le docteur Al-Zawahiri, le chef d’Al-Qaida "canal historique" de sa soumission. Mais je ne vois pas en quoi un bombardement ponctuel des forces légalistes syriennes aurait empêché quoi que ce soit du côté des rebelles en dehors de les encourager à poursuivre leur lutte. De plus, si un dépôt d’armes chimiques avait été atteint, nul ne sait quel aurait été le résultat même si les conditions de stockage devaient être suffisamment sécurisées. Pour ceux qui affirment que Daech a été créé par le régime syrien (point de vue qui n’est pas le mien même si Damas a instrumentalisé ce mouvement qui existait depuis 2003 en Irak mais sous d’autres noms) en relâchant des activistes islamistes radicaux, ces élargissements se sont essentiellement déroulés en 2012.

A propos de ces libérations, il a souvent été question de celle de Setmariam Nasar plus connu sous le nom d’Abou Moussab al-Souri, le soi-disant grand idéologue de Daech mais aussi d’Al-Qaida "canal historique" même s’il se montrait critique vis-à-vis de la stratégie adoptée par Oussama Ben Laden. Pour le moment, cet individu n’a été revu nulle part. Alors, a-t’il vraiment été libéré ? S’il avait rejoint Daech, je pense que les médias de ce mouvement en auraient fait état.

Si cette intervention avait été menée, elle l'aurait été hors mandat de l'ONU du fait du véto russe. Dans quelle mesure cette opération aérienne aurait-elle accru les tensions diplomatiques ? En dehors de la France, quels Etats y étaient favorables ?

Les tensions diplomatiques auraient alors été à leur comble, les États-Unis et la France s’affranchissant des règles internationales qu’ils ont eux-mêmes contribuées à établir. Je ne sais pas quelles auraient pu être les réactions de la Russie et de la Chine, leurs capacités à "répondre" étant relativement limitées. Mais, franchement, cela aurait été du grand n’importe quoi. Je sais que ne nombreux intellectuels qui influencent nos élites politiques sont de véritables "va-t’en guerre". Ils ont leurs raisons qui sont souvent estimables sur le plan de la morale. Mais, je ne crois pas que l’on bâtisse une politique étrangère sur la morale (1). Si c’était le cas, il faudrait rompre les relations diplomatiques avec nombre d’Etats et en attaquer militairement beaucoup d’autres. Or, à supposer que notre système de valeurs soit applicable à l’ensemble de la planète -mais le temps des croisades me semble révolu-, il y a belle lurette que nous n’en n’avons plus les moyens.

En ce qui concerne les bombardements chimiques, les rares personnes qui s’intéressent à la politique internationale étaient toutes horrifiées par leur emploi mais, comme je l’ai dit précédemment, les preuves irréfutables manquaient à l’appel. La prudence était de mise sauf pour ceux qui avaient pris parti. D’ailleurs, les Britanniques ont été les premiers à se retirer de la course aux bombardements.

(1) Au moment où de nombreux politiques en campagne électorale affirment leur attachement à l’héritage du général de Gaulle qu’ils n’ont jamais rencontré -c’est normal, ils sont trop jeunes pour la plupart- ni même lu, il conviendrait qu’ils reprennent sa politique étrangère qui n’était pas basée sur la morale mais sur l’intérêt supérieur de la Nation.

Selon vous, pourquoi la France était-elle si convaincue des bienfaits d'une intervention contre le régime syrien ? Quel crédit espérait-elle en tirer à l'époque ?

Ce sont surtout l'Élysée et les Affaires étrangères qui étaient convaincus des "bienfaits" d’une intervention militaire contre le régime syrien. Le ministère de la Défense "suivait" parce que les armées sont aux ordres, ce qui est normal dans tout pays démocratique. Les spécialistes en fonction à l’époque dans ces institutions avaient vraisemblablement baigné dans la théorie de l’interventionnisme "humanitaire". Au début du XXe siècle, cela s’appelait la "diplomatie de la canonnière" mais nos intellectuels surdiplômés mais pas férus d’Histoire ne semblaient pas avoir fait le rapprochement. La récente expérience libyenne aurait pourtant dû servir de (mauvais) exemple. Dire qu’il y a encore des politiques pour s’en féliciter. Ce n’est plus de l’aveuglement, c’est pire.

Et il est fou de constater que pour beaucoup de dirigeants politiques, les "dictateurs", ce sont les autres. Eux-mêmes sont convaincus de détenir "la" vérité et ils souhaitent en faire bénéficier tous les autres. Heureusement, les dirigeants politiques des pays réellement démocratiques sont soumis à des règles constitutionnelles qui permettent de s’en débarrasser lors d’élections qui reviennent régulièrement. Pour moi, un vrai dictateur est celui qui utilise tous les moyens pour s’accrocher au pouvoir.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Grand débat : ce vent de bêtise qui siffle sur nos têtes
02.
Prime exceptionnelle de fin d’année : comment Emmanuel à Macron a (nettement) privilégié son électorat sans le vouloir
03.
La France, cette île perdue au milieu des océans ? Tout ce que révèle (aussi) ce dont Emmanuel Macron n’a PAS parlé
04.
Nous avons déjà obtenu de bons résultats : le vrai/ faux des déclarations d’Emmanuel Macron sur sa politique économique
05.
Emmanuel Macron : la conférence de presse dont on se souviendra parce qu’il... n’y avait rien de particulier à en retenir
06.
Cash investigation : poursuivi par Elise Lucet, un patron s'enfuit en courant
07.
Les effroyables supplices infligés à Ravaillac, l’assassin du "bon roi" Henri IV
01.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
02.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
03.
La Belle au bois dormant est un "conte sexiste" : supprimé dans certaines écoles!
04.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
05.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
06.
De #GaspardGlanz au passé de Nathalie Loiseau, ces clashs qui soulignent la mentalité de guerre civile qui gagne les esprits français
01.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
02.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
03.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
04.
Pourquoi les erreurs européennes dans le traitement de la crise financière de 2008 sont les racines de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE
05.
Névroses nationales : et la France de demain, vous la voulez à l’identique ou conscientisée ?
06.
Etudiante, Nathalie Loiseau s'est présentée sur une liste d'extrême droite
Commentaires (8)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
karbo
- 26/08/2016 - 17:35
Trop simple
Rien ne s'est fait car Poutine, le meilleur allié d'Assad a dit NIET!!!!
L'histoire des armes chimique est vraiment tirée par les cheveux.
Les caniches nains Hussein et Flamby ont dû rentrer à la niche, la queue basse.
vangog
- 26/08/2016 - 04:52
Quelles atrocités??????
Le gaz, interdit par les bien-pensants et les bobos, serait plus interdit que les bombes, fabriquées par ces mêmes bien-pensants et bobos? Quelle dérision!...La guerre n'est pas cruelle par les armes qu'elle utilise, mais par la durée et la fréquence que les droidelhommistes se croient autorisés à en user...eh oui! Il n'existe plus de guerres provoqués par des dictateurs, mais par des droidelhommistes boboisés, qui s'arrogent le droit de choisir leurs armes létales, interdisant aux autres le choix d'armes tout aussi meurtrières, mais tellement contraire à leur morale de bobos cyclopéens...
gwirioné
- 25/08/2016 - 23:37
Quelle armée pour intervenir?
La France est incapable d'intervenir , même au Mali,sans le soutien logistique des US. Tout le reste n'est que bavardage de bistro.A comparer avec les capacités de l'intervention de Poutine en Syrie.