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L'apaisement catholique ? Non merci. La réponse au Pape sans ambages de Dabiq, le magazine officiel de l'Etat islamique
Publié le 12 août 2016
Le magazine Dabiq, de l'Etat Islamique, s'en est pris directement à la papauté dans son dernier numéro. Après l'assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, le message visant les chrétiens est on ne peut plus clair.
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
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Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
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Le magazine Dabiq, de l'Etat Islamique, s'en est pris directement à la papauté dans son dernier numéro. Après l'assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, le message visant les chrétiens est on ne peut plus clair.

Atlantico : A la Une du dernier Dabiq, le magazine occidental de l'Etat islamique, on voit un islamiste en train de faire chuter une croix du haut d'une église d'Orient. Après le meurtre sur le territoire français d'un prêtre, il semble que l'Etat islamique réaffirme clairement la dimension "guerre de religion" de son action. Quel est son intérêt à cibler l'Eglise tout particulièrement aujourd'hui et d'en faire le symbole de la Croisade contre l'islam ?

Alain Rodier : Tout d’abord, je tiens à souligner une chose fondamentale. Si les "soldats de base" du Groupe État Islamique (GEI, Daech) et plus particulièrement les combattants étrangers dont les Européens ne connaissent que très peu -voire pas du tout- les textes sacrés qui régissent l’islam (le Coran, les Hadiths et la vie de Mahomet), ce n’est pas le cas des dirigeants de ce mouvement terroriste. Ils sont de véritables érudits de la doctrine islamique. A savoir que l’organe de commandement de Daech (la Choura) comporte un "comité" pour les affaires religieuses où siègent des savants de l’islam et, preuve vient d’en être apportée dans le dernier numéro de Dabiq paru à la fin juillet, qui connaissent aussi parfaitement les textes qui régissent le christianisme. C’est extrêmement important car la direction du GEI, via son "comité" chargé de la communication (ou plutôt de la propagande), fait constamment référence aux textes sacrés sans presque jamais se tromper. Cela dépasse de très loin ce que produit la nébuleuse concurrente, Al-Qaida "canal historique". Cela est vraisemblablement dû au fait qui ni Oussama Ben Laden, ni son successeur Ayman al-Zawahiri, n’étaient des religieux alors que c’est le cas d’Abou Bakr al-Baghdadi. En résumé, le GEI possède une profondeur théologique bien supérieure à celle de la maison mère qu’il a officiellement abandonnée en 2014.

N’étant personnellement pas un théologien, je ne peux rivaliser avec le discours des "hommes de l’art". Cependant, les chrétiens et les juifs qui font partie du Livre (le Coran) sont tolérés dans les écritures islamiques dans la mesure où ces derniers se convertissent ou payent une taxe spécifique (la Jiziyah). Bien sûr, s’il est fortement recommandé aux juifs et aux chrétiens de se convertir à l’islam, l’inverse est, toujours selon les textes, puni de mort. Or Daech prône la lecture littérale de ces textes tels qu’ils étaient à l’origine. Depuis longtemps, les savants de l’islam du GEI font toutefois quelques exceptions. En particulier à l’égard des chrétiens et juifs considérant que la "mansuétude" accordée par les textes était adaptée à l’époque du prophète était due à l’impossibilité matérielle de les soumettre par la force. Ils pensent que ces temps sont révolus. Les rédacteurs du Dabiq numéro 15 précisent que, même si les chrétiens se convertissent ou payent la Jiziyah, certes ils ne leur feront plus la guerre mais ils continueront néanmoins à les haïr.

Considérer que les opérations menées contre Daech sont en réalité de nouvelles "croisades" entre dans le discours habituel de "victimisation" perpétuellement ressassé par tous les adversaires du monde judéo-chrétien. Cette stratégie est constamment employée et malheureusement reprise en boucle par de nombreux intellectuels mais aussi, et il ne faut pas l’ignorer, par la majorité des populations musulmanes. C’est chez eux que le conspirationnisme a le plus de succès. Il convient de donner mauvaise conscience aux peuples et à leurs gouvernants pour amoindrir leur volonté et leur capacité à résister. Briser l’ennemi sur le plan moral avant de le faire physiquement. A l’évidence, pour le moment, c’est Daech qui a l’avantage sur le plan de l’intoxication.

L'utilisation du discours de Ratisbonne de Benoit XVI et l'analyse de la stratégie "plus subtile" du pape François qui cherche à combattre le djihadisme par un discours d’apaisement sur l'islam permettent aux rédacteurs de Dabiq de montrer la faiblesse et la peur de l'Occident. Dans quelle mesure le pape François est-il un adversaire idéal pour l'Etat islamique ? 

Comme je le disais précédemment, mes connaissances religieuses sont très limitées et je ne rentrerai pas dans la polémique de fond qui pourra être développée par d’autres(cf. les excellents écrits de M. Jean Lafontaine à ce sujet sur son site islametoccident.fr ). Les reproches lancés par Daech sont nombreux et complexes comme le fait que les chrétiens reconnaissent la Sainte Trinité, ce qui est assimilable pour Daech à du polythéisme. Les arguments développés tentent aussi à démontrer que les chrétiens se sont toujours opposés à l’islam, même dans les périodes récentes. En ce qui concerne le dialogue entre les catholiques et les musulmans, il est considéré comme une tentative sournoise de "désarmer l’islam".

Dans quelle mesure ces attaques contre le pape ne reflètent-elles pas la réalité du combat mené par l'Etat islamique sur le terrain ? Dans la hiérarchie des ennemis réels de l'Etat islamique, quelle place les chrétiens occupent-ils ? 

Il est vrai que sur le terrain, les ennemis directs de Daech sont d’abord des musulmans. Les premiers désignés sont les chiites et apparentés car ils sont considérés comme des "apostats" qui ont trahi l’islam. Il ne leur sera fait aucune merci. Il y a ensuite les "déviants sunnites", c’est-à-dire tous les dirigeants des pays musulmans qui doivent être chassés car ils n’obéissent pas à la "vraie foi", celle d’Abou Bakr al-Baghdadi qui s’est autoproclamé "calife Ibrahim". Il prétend même descendre du prophète et c’est pour cette raison qu’il arbore le turban noir bien que cette tradition vestimentaire soit surtout respectée chez les chiites. Ensuite, il y a le reste des populations qui ne peuvent sauver leur peau que si elles se convertissent et font allégeance au "calife Ibrahim". Et gare aux tièdes et à ceux qui songeraient à déserter. Le châtiment est extrême. C’est d’ailleurs ce qui a interpellé de nombreux volontaires venus rejoindre l’"État Islamique" : on leur demande d’abord de tuer des musulmans.

Au milieu de tout cela, les chrétiens occupent une place particulière. Comme je l’ai dit précédemment, Al-Baghdadi pense que le christianisme est au cœur des civilisations occidentales (et russe). Afin de les affaiblir, il convient d’attaquer ses convictions. Il tente surtout de monter les populations les unes contre les autres en désignant un adversaire à abattre à ses sympathisants et en tentant de provoquer des réactions violentes en sens inverse. Ce piège est connu de tous mais pas la manière d’y parer efficacement.

Si "LA" solution n’existe pas, il y a une idée maîtresse à répéter sans cesse : il ne s’agit pas d’une guerre des civilisations mais d’une guerre de religion totalement interne à l’islam : Daech contre les chiites et contre les sunnites qui ne font pas allégeance à son calife. Aux érudits de l’islam de combattre l’idéologie véhiculée par le GEI.

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Commentaires (18)
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jurgio
- 12/08/2016 - 22:11
Le mythe de la laïcité
Le « Rendez à César ce qui est à César... » n'apparaît édicter un modus vivandi que par récupération politique récente. Remis dans son contexte, on voit peu une relation avec la laïcité dont la notion n'existait pas à cette époque. À mon sens, on est simplement prévenus que le spirituel devra prendre sa place mais qu'il y a aura aussi des contingences matérielles à assumer. Je ne me souviens pas que Jésus ait édicté une règle précise de vie. C'est selon sa conscience.
Anguerrand
- 12/08/2016 - 14:59
À tous ceux qui s'en prennent au christianisme
Ils oublient que la guerre contre l'islam est d'abord une guerre de religion ( civilisation pour les athées) comme le titre l'explique bien. Vomir la chretienté c'est etre du côté des islamistes. La seule chose qui peut faire peur à ces islamistes c'est bien la force du christianisme allié aux non croyants qui ne veulent pas de ces pourris moyenâgeux. Ils vivent en 1430 environ soit 6 siècles de retard sur nous. On parle des croisés mais jamais de leur invasion durant 6 siècles par les Maures du sud de l'Europe.
clint
- 12/08/2016 - 00:42
@jurgio : pensez vous que le pape les considèrent athées ?
Le pape ayant oublié la parabole de l' effigie de César sur les pièces (rend à César ....) je dois dire que je ne sais plus quelle est la position de l'Eglise sur l'islam. A la différence du judaïsme qui me semble beaucoup plus clair !