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Panne de médailles pour la France à Rio : les athlètes tricolores sont-ils atteints d'une forme de dépression nationale ?
Publié le 12 août 2016
Mardi 9 août au matin, la France s'est réveillée à Rio sans médaille d'or, triste et comme touchée par les performances de ses athlètes. L'équitation et le canoë ont depuis comblé ce manque en emportant l'or... mais il n'en reste pas moins qu'il est intéressant d'observer l'impact des désillusions sportives sur un pays.
Mehdi Moussaïd est chercheur en sociologie quantitative à l'institut Max Planck de Berlin.  ...
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Concepteur et rédacteur du site "Sport & Société" (2009), Kévin Bernardi se consacre à l’étude des grands événements sportifs internationaux et aux impacts de ces derniers sur la société.
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Mardi 9 août au matin, la France s'est réveillée à Rio sans médaille d'or, triste et comme touchée par les performances de ses athlètes. L'équitation et le canoë ont depuis comblé ce manque en emportant l'or... mais il n'en reste pas moins qu'il est intéressant d'observer l'impact des désillusions sportives sur un pays.

Atlantico : Mardi 9 août au matin, la France n'avait gagné que 6 médailles et les désillusions dans de nombreux sports (natation, escrime, judo) où l'on attendait plus de médailles semblent plonger les Français dans une certaine morosité : est-ce qu'il existe quelque chose comme une dépression nationale ? 

Kévin Bernardi : Il n’y a rien d’alarmant à constater une collecte aussi faible, du moins pour l’instant et ce, même si nous aurions tous souhaité une meilleure entrée en matière. 

En revanche, cela peut poser la question de la pertinence de fixer un objectif, avant les Jeux, d’un nombre record de médailles (actuellement, 41 aux Jeux de Pékin 2008).

Cela rajoute sans doute de la pression sur les épaules des sportifs engagés dans les compétitions. 

Néanmoins, il convient de rappeler aussi et surtout que les Jeux Olympiques sont un événement bien particulier. 

Il ne s’agit pas d’un "championnat" classique, mais d’un rendez-vous qui n’a lieu que tous les quatre ans en présence des sportifs de toutes les disciplines. Autrement dit, il n’y a pas qu’un sport ou une discipline représenté mais un florilège qui contribue aussi à accroître la pression.

Pour les Français, une pression supplémentaire peut s’exercer au regard des événements traversés par notre pays au cours des derniers mois. Les sportifs tricolores auront sans doute envie de bien faire pour redonner bonheur et espoir à la population. 

En quoi est-ce que les JO sont une bonne vitrine de l'état d'une nation si l'on sait bien la regarder ?

Kévin Bernardi : Les sportifs représentent un pays, sa culture, son savoir-faire et d’une certaine manière aussi, son dynamisme.

Par dynamisme, on peut évidemment entendre le dynamisme sportif, avec la qualité des performances. Ces dernières ne sont possibles qu’avec un travail acharné qui est mené dans le cadre d’infrastructures et d’installations adéquates.

Mais ces infrastructures ne seraient pas en place sans un engagement de la nation dans un programme sportif consacré. 

Les pouvoirs publics ont alors un rôle éminemment important, avec le financement des sites, d’une politique d’accès au sport, de mesures en faveur du sport-santé, etc… Sur ce dernier créneau, les entreprises peuvent également avoir un rôle avec la signature de conventions avec des acteurs sportifs pour, par exemple, permettre l’accès des salariés à une salle de fitness durant leurs pauses.

Au-delà de ces considérations, l’accueil des Jeux dans un pays peut permettre d’accélérer son développement ou de conforter son positionnement sur la scène internationale. On a pu le voir avec la Chine en 2008 – et prochainement en 2022 avec les JO d’hiver – et la Russie en 2014.

Dans le premier cas, le pays a massivement construit afin de démontrer au monde sa capacité à abriter le plus grand événement international dans des conditions adéquates. Dans le second cas, il s’agissait de permettre un retour en grâce de la Russie dans le concert des nations. Le déploiement de moyens en a été l’une des illustrations.

On a aussi pu le voir en 1992 avec Barcelone et l’Espagne qui sortaient d’une période troublée sur le plan politique avec la fin du Franquisme.

L'état global d'un pays, son humeur, peut-elle peser sur ses sportifs ? La France paye-t-elle le contexte national difficile de ces dernières années ?

Kévin Bernardi : Oui et non. 
 

On a pu constater une vague de soutien et d’émotion à l’issue des attentats survenus en 2015 et 2016 en France. 

Les sportifs français et étrangers ont massivement adressé des messages de compassion, tout en étant touchés intérieurement, je pense notamment aux Niçois d’origine qui ont été frappés au cœur après le 14 juillet dernier.

Mais si ce genre d’événements peut impacter sur la motivation, il faut aussi savoir aller de l’avant. Les sportifs en font d’ailleurs la démonstration.

Cependant, au-delà des blessures subies à la suite d’actes criminels et terroristes, l’humeur d’un pays peut peser sur les sportifs et les résultats de ce dernier, d’autant plus lorsque le contexte socio-économique se veut tendu.

En effet, un pays ayant des difficultés de gestion économique aura également et par répercussion, des difficultés à offrir à ses sportifs des installations de qualité et des moyens matériels qui contribuent à la performance.

Sur ce point, la Grèce est un exemple concret. Après les Jeux d’Athènes 2004, plus de 70% des sites ont été laissés à l’abandon. Depuis, certains ont été vendus, mais d’autres sont dans un état de délabrement parfois avancé, ce qui ne permet pas aux sportifs en quête d’entraînement de pouvoir disposer des installations ! 

C’est tout de même un comble pour un pays et une ville qui ont accueilli le premier événement sportif au monde. Les athlètes grecs auraient en effet pu miser sur les sites de 2004 pour progresser dans les différents championnats et évidemment au moment des Jeux. In fine, ils sont dans l’incapacité parfois de pouvoir s’entraîner convenablement.

Les échecs que l'on observe dans ce genre compétitions internationales sportives génèrent un sentiment de déception ou de pessimisme au niveau national. "On ne sait plus gagner", "On ne vaut plus rien". On sait qu'après un événement traumatique, les troubles anxieux sont plus fréquents dans une population touchée (par exemple en septembre en 2001 après le 11 septembre). Peut-on donc parler de dépression nationale ? Comment un tel phénomène fonctionne-t-il ?

Mehdi Moussaïd : Il est tout à fait envisageable de parler de dépression nationale. Cela s'expliquerait par un phénomène que les chercheurs en sciences sociales, entre autres disciplines, ont commencé à observer il y a une quinzaine d'années, et que l'on appelle l'effet de contagion sociale.

Cette contagion sociale est un phénomène qu'on commence à étudier, et qui s'apparente à la façon dont un virus se déploie. On a commencé à l'observer en ce qui concerne les comportements, les jugements, et plus récemment aux émotions. De plus en plus, surtout ces cinq dernières années, on voit que de nombreux domaines peuvent être analysé par le biais de ce phénomène de contagion sociale. Les réseaux sociaux par le biais du numérique permettent de donner une application encore plus dynamique et compréhensive de la façon dont la contagion se propage. On sait qui est connecté à qui, et aux amis de qui, et ainsi on obtient une chaine de contamination potentielle. 

Le réseau social, numérique ou non, est générateur dès lors de tendances, qui se diffusent plus ou moins bien dans un corps social. Une idée, une émotion, un jugement, un comportement est généralement reproduit du fait d'un biais mimétique et cognitif. 

Si l'on considère que cette propagation est d'un ordre "dépressif", c'est-à-dire pessimiste ambiant, on devrait pouvoir montrer par ce biais qu'il y a une diffusion d'un sentiment négatif de pessimisme dans certaines situations. Evidemment, le phénomène est extrêmement complexe dans ce domaine. Ce n'est pas exactement comme un virus, car il y a des effets contraires qui influent de façon différente sur le corps social affecté, et même des effets concurrents… qui font qu'on est en fait loin d'un système binaire entre optimisme et pessimisme un peu simpliste. Le phénomène est plutôt de type continu et multidimensionnel. 

Ces phénomènes de dépression, de propagation d'émotion morose d'un groupe important sont donc tout à fait concevables voire même peu surprenants. 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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clint
- 11/08/2016 - 11:31
@ assougoudrel : je confirme pour le Bataillon de Joinville !
Et en France plus on est médiocre plus on en veut à la terre entière ! Un des nageurs, dont je tairais le nom car ça pourrait être n'importe lequel, s'en est pris au dopage, le gagnant aurait pissé violet ou vert (comme si en France on se dopait pas) ! J'attends avec impatience Teddy Riner ! Quant à Tony Parker, je ne sais pas si c'est sa personnalité et/ou la confrontation avec le milieu sportif US, mais en voilà un, excellent qui au moins n'a pas la grosse tête (je l'aurais bien vu porte drapeau)
assougoudrel
- 11/08/2016 - 10:01
J'ai eu l'occasion de voir les
sportifs français du temps du Bataillon de Joinville quand il effectuaient leur Service Militaire. Ils étaient arrogants et mauvais, contrairement à l'américain qui est arrogant et excellent. Il faudrait aussi que ces idiots de journalistes sportifs arrêtent de parler à tout bout de champ de "chance de médaille", vendant la peau de l'ours avant de l'avoir tué et mettant la pression sur ces athlètes déjà bien faibles mentalement à part quelques exceptions. Quand au Gros nain, il leur a porter malheur. Les plantes grasses se dessèchent quand il passent à côté.
clint
- 10/08/2016 - 23:44
Il suffit de voir les nageurs fêtards de Marseille !
Ils se vantent eux mêmes de bien faire la fête y compris avant des épreuves. Du style on ne nous empêchera pas de faire notre vie !