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L'actrice Samira Wiley interprète le rôle de Poussey Washington dans la série "Orange is the new black".
THE DAILY BEAST
"Vivre la tête haute" : quand Samira Wiley se confie sur les tensions raciales aux Etats-Unis après la mort tragique de son personnage Poussey dans Orange is the New Black, la série star de Netflix
Publié le 16 août 2016
Attention spoiler : l’actrice revient sur la mort tragique de son personnage dans la série "Orange is the new black", inspirée des bavures policières envers les Noirs-Américains, mais aussi sur le mouvement Black Lives Matter, le racisme aux États-Unis, la condition des femmes, et celle des gays.
Marlow Stern est journaliste au Daily Beast.
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Attention spoiler : l’actrice revient sur la mort tragique de son personnage dans la série "Orange is the new black", inspirée des bavures policières envers les Noirs-Américains, mais aussi sur le mouvement Black Lives Matter, le racisme aux États-Unis, la condition des femmes, et celle des gays.

Copyright The Daily Beast - Marlow Stern

Quand Samira Wiley sourit, le monde entier lui sourit. C’est comme si son visage se transfigurait en pure joie, et avec son rire inimitable, cela ne peut être que contagieux. C’est la marque de Poussey Washington ("accent à droite", bitch ! - son prénom est inspiré d'une ville du nord-est de la France), le personnage chouchou des fans de la série de Netflix "Orange is the new black" (OITNB). Et c’est aussi ce qui a rendu la mort récente de Poussey si déchirante pour le régiment de fans dévoués de la série.

Vous êtes sûrement déjà au courant : lors de la saison 5, face au racisme et à la maltraitance devenus monnaie courante, les détenues improvisent une manifestation dans la cafétéria, qui dégénère. Un gardien novice et inexpérimenté écrase involontairement de tout son poids la fluette Poussey en tentant de la maîtriser. Elle halète en appelant au secours, sans succès. Elle est sans vie : une nouvelle vie noire détruite par le bras long de la loi.

"C’était tellement intense, mec. Tellement intense", se souvient Samira. "Uzo [Aduba] pleurait toutes les larmes de son corps et hurlait. C’était le truc le plus intense du monde".

Wiley reconnait que la mort de Poussey a été inspirée par celle d’Eric Garner, l’Afro-Américain asthmatique étranglé par un policier de Staten Island en juillet 2014. Et elle a passé une grande partie de la semaine à consoler ses camarades de casting qui n’étaient pas prêtes à se séparer de Poussey. Nous sommes installés dans un sofa à Manhattan, à peine quelques jours après la mort de deux nouveaux hommes noirs lors d’interventions policières : Alton Sterling et Philando Castile. Wiley est touchée par cette actualité, et très émue par la façon dont la mort de son personnage a servi d’hommage au mouvement Black Lives Matter.

"Sur le moment, mon espoir était que nous filmions quelque chose qui avait lieu au présent, tout en espérant que cela fasse déjà partie du passé. Et nous imaginer devoir encore filmer autant de nouvelles morts est inadmissible", déplore-t-elle. "Je suis vraiment sans voix face à la violence qui se manifeste dans notre pays".

Il y a eu, comme toujours, quelques levées de bouclier au sujet du décès de Poussey. Vu la composition de l’équipe de rédacteurs d’OITNB, qui ne compte pas un seul auteur noir dans ses rangs, certains critiques y ont vu du sensationnalisme, et une façon de glorifier la mort d’un personnage noir populaire auprès du public.

"Je ne l’ai pas perçu comme ça", réagit Wiley face à la polémique. "Je viens d’un endroit où, en tant qu’artiste, quel que soit le moment, tu as la responsabilité de refléter le monde dans lequel tu vis par ce que tu es une sorte d’historien de la culture. Je crois que l’histoire que nous avons essayé de raconter collectivement est une histoire véridique. J’aimerais que la colère des gens se tourne directement vers ce qui a lieu dans la vraie vie – que cette colère puisse glisser de Poussey et la série vers Alton Sterling, Eric Garner, et toutes les tragédies qui ont lieu dans le monde réel".

Pour son premier rôle d’"après-Poussey", l’actrice de 29 ans a choisi le thriller déjanté Nerve, produit par Lionsgate. Le pitch : une appli récompense ses joueurs par des sommes exponentielles s’ils parviennent à relever des défis toujours plus dangereux. Wiley campe Azhar, cerveau d’un groupe de hackers qui tenter d’aider les personnages principaux, Vee (Emma Roberts) et Ian (Dave Franco) à avoir le dessus sur ce jeu aussi séduisant que diabolique. "Je suis comme le magicien d’Oz !", dit-elle de son personnage de reine des hackers. "C’est une fille cool. Elle est petite, mais puissante".

Aussi à l’affiche de Nerve : Kimiko Glenn, comparse de Wiley dans OITNB, qui incarne la petite-amie de Poussey dans la dernière saison. Offrant en quelque sorte au couple des retrouvailles à l’écran après leurs adieux déchirants.

"Kimiko est une actrice incroyable et j’adore travailler avec elle, mais chose cocasse : nous n’avons en fait jamais mis les pieds sur le plateau en même temps pour ce film", raconte Wiley. "Nous sommes techniquement dans le même film, mais nous n’avons pas eu l’occasion de travailler ensemble une seule fois ! Mais c’était inattendu de se retrouver ensemble sur ce projet".

En matière de technologie, Wiley admet être très loin de pouvoir rivaliser IRL avec les prouesses geek d’Azhar. Elle a un compte Twitter mais pas Facebook. Elle a récemment téléchargé Snapchat mais avoue ne pas réussir à s’en servir : "ça me dépasse". "Et maintenant, tout le monde a Pokémon Go, non ?", ajoute-elle. "Tout le monde ! Je pense qu’il me le faut tout de suite !".

Depuis la mort de Poussey, son compte Twitter est noyé de commentaires de fans en colère, tristes, déboussolés – ou un mélange des trois.

"Mes messages en ce moment, ce n’est rien d’autre que des "Tu es morte !", "Mais pourquoi t’es morte ?!", des choses comme ça. Je ne sais plus quoi faire !", s’exclame-t-elle. "Ils sont très agressifs et très, très directs. Je me contente de lire - et parfois je like. "Pourquoi mourir ?!". Je like. C’est un peu comme #ISeeYou, les followers ne ratent rien !".

Les femmes sont une denrée rare dans le monde de la tech – tous comme les Noirs – ce qui rend intéressant le choix de Wiley de la part de la production, un choix progressiste du point de vue de la représentation des minorités. C’est l'une des raisons pour lesquelles elle a dit avoir accepté le rôle.

"Je l’ai envisagé comme l’histoire d’une femme dans le monde de la tech, mais une femme noire dans le monde de la tech, c’est vrai que c’est encore plus rare", ajoute-t-elle. "Je suis très heureuse d’être sur scène pour interpréter ce rôle. Quand j’étais enfant, j’avais du mal à concevoir que j’étais capable de faire certaines choses puisque je ne voyais personne qui me ressemble faire ces choses. C’est cool de pouvoir faire ça pour les autres".

Lesbienne assumée, Wiley est aussi un modèle pour la communauté LGBT – une responsabilité dont elle est très fière. Elle rayonne encore de la joie du week-end de la Gay Pride à New York, une fête émotionnellement cathartique cette année, après la fusillade d’Orlando qui a fait 49 morts dans la boîte gay le Pulse.

"La Gay Pride est un de mes moments préférés de l’année parce que c’est tellement gai ! C’est so gay !", lance-t-elle avec un grand sourire. "Pour être honnête, mes Gay Pride se mélangent un peu – je suis allée à pas mal de marches cette année. Lors d’une de ces Gay Pride nous avons respecté une minute de silence pour Orlando. Je n’ai jamais été aussi frappée qu’à ce moment-là. La Gay Pride me rend si gaie et joyeuse, mais pour un instant, tout est devenu si profondément triste, si profondément insupportable – ça m’a fait réaliser le contraste entre ces sentiments".

Elle fait une pause pour se reprendre. "Je l’ai pris comme un message me rappelant à quel point c’est important que je reste visible, active, sans nécessairement faire quoi que ce soit de radical mais juste que je vive ma vie ouvertement et honnêtement en pleine lumière – déjà en soi cela peut être radical – sans me cacher, sans avoir peur", continue-t-elle. "C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Mais si quelqu’un peut le faire, c’est bien quelqu’un dans ma situation de modèle potentiel qui doit le faire, et c’est une position que je ne veux pas prendre à la légère. Je veux être un modèle positif pour les jeunes pour leur faire savoir que l’on peut vivre nos vies la tête haute, honnêtement, et avec amour".

La scénariste de l’épisode de la mort de Poussey, Lauren Morelli, n’est autre que la petite amie de Wiley. Mais elle précise ce n’était pas étrange pour elle, parce que "Lauren et [elle] travaill[ent] ensemble depuis 4 saisons" : en tant que "grande fan de Lauren", elle savait "être entre de bonnes mains". Quant à son interprétation de la scène onirique et surréaliste qui suit la mort de Poussey (le personnage traverse une fête dans un hangar puis suit un groupe de moines jusqu’à une rivière), elle estime qu'il ne s'agit pas d'une représentation du purgatoire : "je l’ai juste vu comme une sorte de flashback".

Juste après ses dernières scènes de OITNB, Wiley a rapporté chez elle "tout [s]on uniforme de prison, [s]es bottes, et un de ces mugs à café de la cafétéria, un sac de linge, [s]on badge nominatif, et… une maxi serviette hygiénique – parce que celles des prisons ont quelque chose de vraiment spécial". Ensuite, toute l’équipe s’est retrouvée dans un bar pour fêter ça.

"Nous sommes allés dans un bar en plein air dans le Queens à New York, et toute l’équipe était là. Je me suis sentie vraiment aimée et au centre de l’attention", se souvient Samira. "Je n’ai pas été capable de faire un discours, par contre ! Il n’y a pas eu de speech, nous avons juste beaucoup trinqué et… bu beaucoup de shots. Ca a bouclé la boucle de l’aventure, en quelque sorte. C’était sympa de pouvoir s’assoir autour d’un pot et de célébrer le chemin parcouru un verre à la main. Je pense que c’est important. Je sais qu’en tant que femme, et particulièrement en tant que femme noire, ce n’est pas toujours évident de faire une pause pour regarder en arrière et enfin se féliciter du chemin parcouru".

En parlant de célébration, Wiley n’a pas manqué d’évoquer au cours de la conversation la couverture d’un magazine people où est apparu Derek Jeter (star de baseball, ndlr) – qui apparemment est le plus grand fan d’OITNB.

"Il m’a offert un verre un jour, pas de quoi en faire un plat !", raconte Wiley, en riant à s’en tordre les boyaux. "C’était au Soho House. C’est un super-extra-méga fan de la série ! Il y avait moi et quelques autres actrices d’Orange et il a fait son geek !".

Ses codétenues lui manquent, d’autant que la saison 5 est encore au beau milieu de sa phase de production : "C’est dur de les entendre parler du tournage". Mais, dit-elle, "je suis prête pour les prochains chapitres de ma vie et je suis heureuse, optimiste, je n’ai de rancœur envers personne. J’ai maintenant embarqué pour mon voyage post-Orange".

Son périple passera par la série You’re the Worst sur FXX, un film baptisé 37 qui sortira à l’automne aux Etats-Unis – il suivra les témoins du célèbre meurtre de Kitty Genovese, poignardée en pleine rue dans l’indifférence générale - mais aussi un rôle face à Elisabeth Moss dans la série The Handmaid’s Tale, adaptée d’un roman dystopique, sur Hulu.

"Je suis tellement fière d’avoir participé à 'Orange'", dit Wiley. "Sur de nombreux plans, je me sens assez naïve parce que c’étaient mes premiers pas dans le milieu de la télévision. Mais je sais que c’est un privilège d’avoir vécu cette expérience. Arriver dans un tel show où mes collègues sont de toutes les formes, toutes les tailles, viennent de tous horizons, et finir par m’y sentir chez moi ? Je n’échangerais ça pour rien au monde".

 

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zouk
- 16/08/2016 - 11:24
Samira Wiley
Mille regrets j'ai confondu l'actrice et son rôle
zouk
- 16/08/2016 - 11:23
Poussey Washington
Dommage qu'el bascule dans les permissivités à la mode, dont LBGT, alors que son message est beaucoup plus important que cela.