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Bonnes feuilles

Le débat actuel entre "vraie famille" et "famille artificielle" nous empêche de débattre aujourd'hui sur le rôle de la famille

Publié le 07 août 2016
Cet ouvrage propose une introduction aux études de genre et à leurs enjeux. Le genre suscite des renouvellements et pose des questions capitales. Ce livre le montre autour de trois thématiques : la compréhension des sociétés ; les identités corporelles ; la tradition chrétienne. Il permet donc de se situer dans de multiples controverses. La contribution des catholiques y a toute sa place. Extrait de "Penser avec le genre : Sociétés, corps, christianisme", de Hervé Legrand et Yann Raison Du Cleuziou, éditions Lethielleux 1/2
Hervé Legrand, ecclésiologue et oecuméniste, Professeur émérite à l'Institut Catholique de Paris, vice-président de Confrontations et de l'Académie internationale des sciences religieuses. 
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Yann Raison Du Cleuziou, politiste, Maître de conférences à l'Université de Bordeaux, chercheur au Centre Émile Durkheim.
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Cet ouvrage propose une introduction aux études de genre et à leurs enjeux. Le genre suscite des renouvellements et pose des questions capitales. Ce livre le montre autour de trois thématiques : la compréhension des sociétés ; les identités corporelles ; la tradition chrétienne. Il permet donc de se situer dans de multiples controverses. La contribution des catholiques y a toute sa place. Extrait de "Penser avec le genre : Sociétés, corps, christianisme", de Hervé Legrand et Yann Raison Du Cleuziou, éditions Lethielleux 1/2

Le débat raté de « la Famille » et du Genre : essentialisme versus constructivisme 

Une manière de résumer l’opposition entre les tenants de la Famille et ceux du Genre, entre essence et histoire, pourrait être de juxtaposer deux propositions fortes que l’on a pu brandir comme des slogans. Celui d’une position naturaliste disant: «Un papa, une maman, il n’y a pas mieux pour un enfant»; et celui d’une position historiciste, rappelant que «nulle part un père et une mère ne suffisent à faire un enfant» comme l’observe l’anthropologue Maurice Godelier dans Métamorphoses de la parenté (2004). Est là en jeu une gigantomachie où la nature s’oppose au genre pour penser la famille. Elle se concentre sur le statut de la loi naturelle qui ne se confond pas avec la biologie.

Si nous parlons de débat raté, c’est que l’opposition entre vitalisme et historicisme, nature et genre, enracinement dans la biologie ou arrachement à toute nécessité, est en fait la manifestation d’une opposition sommaire, à partir des relations entre institution et sexualité, qui masque le lieu de l’enjeu. Or, l’enjeu concerne la traduction éthique et institutionnelle donnée à la portée existentielle et expressive engagée dans une phénoménologie de la naissance et de la différence des sexes. Comment comprendre ce fond d’opacité qu’est pour nous et entre nous notre existence comme être sexué? Comment se fait-il que si l’humanité est une, elle s’épèle en masculin et féminin? Que faire de cette conditionnalité herméneutique selon laquelle les humains ne naissent pas tous en même temps et se trouvent inscrits généalogiquement, c’est-à-dire occupent des situations interprétatives distinctes? D’un côté, la voix essentialiste maintient que la différence des sexes a besoin d’être domestiquée pour ne pas se manifester sauvagement, et s’humaniser dans sa dimension morale, politique et religieuse. Ce faisant elle prend le risque d’une valorisation excessive de l’institution contre les forces désinstitutionnalisantes et la puissance de l’eros: ce qui peut se traduire par une forme de violence de gouvernement des désirs et des corps. D’un autre côté, la voix critique du Genre défend la pluralité et la singularité des expériences de vie sexuelle, non canalisables et non cadrées, résistant à ce qui voudrait les discipliner jusqu’à les manipuler ou les forcer à l’invisibilité ou à la caricature. Elle prend le risque cette fois-ci d’une dérégulation possible d’un monde commun, ne le pensant que comme l’expression juxtaposée de désirs singuliers, oubliant qu’ils engagent, bon gré mal gré, du collectif.

On doit pouvoir sortir des dualismes entre nature et culture, biologique et symbolique, donné et construit. Car ces dualismes nous rendent incapables de saisir que le lieu fondamental et authentique de l’interrogation est la manière de comprendre la différence des sexes, si cette différence n’est pas qu’une différence logique. La profondeur de l’interrogation est vertigineuse: comment l’unité de l’humanité peut-elle se comprendre, elle qui s’exprime dans la figure double de l’homme et de la femme. Comme cadre hermé- neutique, espace-temps où l’on apprend à se comprendre et se reconnaître et à être reconnu comme garçon ou comme fille dans un lignage, toute famille est la chambre d’écho de cette interrogation. Mais si on ne laisse pas retentir l’opacité de cette énigme, on reste prisonnier d’une alternative entre la nature et le genre qui engage une variante contemporaine du conflit entre tradition et modernité, alors que les deux partis tournent autour du même nœud. Cette alternative est très bien résumée comme suit: «dans quel sens s’effectue la causalité: des différences entre les sexes biologiques et naturels aux inégalités entre les genres sociaux ou, au contraire, des genres aux sexes, du social à la nature?». Cette alternative opposerait alors ceux qui défendent que la causalité va du genre à la nature dans une posture constructiviste et historiciste: «ce qu’on a présenté comme le sexe naturel serait toujours déjà empreint de social» (Judith Butler); à ceux qui promeuvent l’idée que l’on part de la biologie vers le genre: l’hétérosexualité est fondatrice de la parenté (Sylviane Agacinski) dans une posture essentialiste et vitaliste. Nous pensons que la question ainsi posée resterait encore dans un dualisme. Il s’agit de le dépasser par l’articulation entre passivité d’une situation existentielle engagée dans la naissance et sa reprise, élucidation (Gender Studies), combat (de Beauvoir), révolte (Wittig), voire consentement (formes apaisées du familial car il y en a !) à l’égard de cette situation. Ceci est possible en rappelant que dans tous ces débats s’engagent des enjeux d’existence et non des enjeux métaphysiques. La naissance n’est pas la Vie. L’inscription généalogique n’est pas la Famille. C’est précisément pour cette raison que la phénoménologie de la naissance appelle une herméneutique de la reconnaissance.

Nous l’avons dit, les Études de genre sont installées dans un mouvement historique déjà long et nécessaire. Relevant d’une approche constructiviste, elles s’affranchissent d’une référence autoritaire à la nature. On se souvient que Rousseau, dans son Discours sur l’origine des inégalités, insistait sur l’importance de ce qu’il appelait la «faculté de se perfectionner, faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu; au lieu qu’un animal est au bout de quelques mois ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce au bout de mille ans ce quelle était la première année de ces mille ans». En pointant le lien entre perfectibilité et aide des circonstances, Rousseau formulait ce que les penseurs existentialistes du XXe siècle diront lorsqu’ils montreront que, si chez l’animal l’essence précède l’existence, pour l’homme l’existence précède l’essence. Définie par la perfectibilité, l’humanité n’est plus assujettie à la nature, que ce soit la nature biologique ou l’histoire naturalisée des codes culturels et sociaux. La perfectibilité est la capacité de s’arracher à la nécessité naturelle, aux déterminations naturelles comprises comme des déterminismes. Ce faisant, le fondement d’une téléologie morale – une nature définissant pour les êtres humains un dessein à honorer – est sapé. Il faudra désormais faire une différence entre «être dans une situation» et «être par une situation», pour reprendre la distinction de Jaspers. Les premières formulations de la réflexion sur le genre distinguant entre le sexe biologique et l’identité sexuelle sociale reposaient sur cette idée. Pour notre question, l’homme ou la femme ne sont pas mâle et femelle, si l’on entend par là que le corps aurait une fonction spécifique que l’un et l’autre devrait honorer et dont la famille serait le réceptacle naturel en tant que «communauté naturelle». Le sexe n’est pas une nature, il appelle à être une histoire.

Pour devenir un homme ou une femme, il ne suffit pas de dérouler mécaniquement un programme ou un code que la nature aurait prédéfini pour nous, afin de nous faire parvenir à une destination. L’engagement biographique est bien plutôt un processus requérant une herméneutique de soi devant et avec ces autres qui sont les nôtres. Si la femme a la possibilité de porter des enfants – c’est là son être en situation – cela n’implique nullement qu’elle est/soit faite uniquement pour mettre au monde des enfants. C’est là que s’engage son être par une situation. Confondre l’un et l’autre serait animaliser la maternité. C’est pourquoi, les métaphores sont souvent trompeuses. On pense ici à la prégnance des métaphores végétales pour parler de la sexualité et de la procréation présentes dans les images de fertilité, de semence, de germe. C’est là le vieux reste d’une conception orphique de la nature, d’un cosmo-vitalisme voyant dans la sexualité et la procréation la puissance fécondante des forces de la nature, luttant pour la vie contre la mort. Au-delà de ces métaphores mortes, cette dimension orphique dit pourtant quelque chose d’insistant: il y a dans la sexualité et l’engendrement une force et une puissance qui nous dépasse et peut nous inquiéter. Il y a, en nous et entre nous, sinon la Vie, du moins une forme de passivité avec laquelle nous confronter pour nous conter. A cet endroit s’élaborent des métaphores vives pour exprimer des liens dont on aimerait qu’ils soient des liens qui libèrent. Les parents donnent ainsi à leurs enfants la vie, c’est-à-dire quelque chose qu’ils ne possèdent pas. Mais la fécondité humaine ne saurait se penser uniquement dans les mots naturalisants de la fertilité. La maîtrise de la fertilité, les différents genres de vie possibles pour les femmes par exemple, de la nombreuse maternité au célibat volontaire en passant les formes multiples de la conjugalité et du familial, révèlent combien une référence insolente à la nature peut justifier parfois des conceptions mutilées de l’existence. C’est une banalité de le rappeler: l’homme est l’être de l’anti-nature. L’homme n’a un destin que dans la mesure où il est/a une histoire.

Extrait de "Penser avec le genre : Sociétés, corps, christianisme", de Hervé Legrand et Yann Raison Du Cleuziou, publié aux éditions Lethielleux. Pour acheter ce livre, cliquez ici

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Paul Emiste
- 08/08/2016 - 07:02
Vision religieuse des choses (si je puis me permettre).
Dieu (non pas le Père, mais le Parent) est la source de la masculinité et la féminité unie harmonieusement en Lui même. Il a crée l´homme comme image de sa masculinité et le femme comme image de sa féminité. Le but de l´homme et de la femme est d´atteindre cette harmonie comme elle existe dans le créateur, et fonder une famille avec des enfants comme fruits de cet amour, comme le créateur nous a crée, et la boucle est bouclée. Renier l´aspect vertical, spirituel dans l´être humain et tout s´écroule, n´a plus aucun sens.
Le mariage homo, la théorie du genre vont disparaître car contre le principe fondamental de la création.
Deudeuche
- 07/08/2016 - 21:36
ahaha
Que de charabia pour dire un homme n'est pas un homme et une femme n'est pas une femme ou vice versa et réciproquement.
Vive la nature!
cloette
- 07/08/2016 - 20:43
Indigeste!
Un papa , une maman, rien de mieux pour un enfant , c'est tout simple ! Inutile de faire de l'enculage de mouches pendant des pages et des pages .