En direct
Best of
Best of 15 au 21 juin
En direct
© Reuters
Idée reçue
L'Europe bat des records avec sa balance commerciale et il n’y a aucune raison de s’en réjouir
Publié le 29 juillet 2016
Alors que la balance courante de l'Union européenne atteint des sommets inégalés ces derniers temps à en croire les derniers chiffres d'Eurostat, la vitalité de cet indicateur ne signifie aucunement une économie florissante.
Christophe Blot est économiste à l'OFCE, au Département analyse et prévision. Ses spécialités sont le commerce extérieur, les crises financières et les politiques monétaires. 
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe Blot
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe Blot est économiste à l'OFCE, au Département analyse et prévision. Ses spécialités sont le commerce extérieur, les crises financières et les politiques monétaires. 
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alors que la balance courante de l'Union européenne atteint des sommets inégalés ces derniers temps à en croire les derniers chiffres d'Eurostat, la vitalité de cet indicateur ne signifie aucunement une économie florissante.

Atlantico : Cette semaine, Eurostat a publié des chiffres encourageants pour la balance commerciale de l'Union européenne en mai 2016 (excédent de 10,5 milliards d'euros pour les échanges courants, excédent de 10,6 milliards d'euros pour la balance des services). Au-delà de la prépondérance écrasante de l'Allemagne dans ces chiffres, dans quelle mesure doit-on relativiser la portée de ces résultats et sa signification réelle vis-à-vis de la santé économique de l'UE ?

Christophe Blot : Effectivement, si l'on regarde les chiffres récemment communiqués par Eurostat, ils indiquent un excédent courant pour l'ensemble de l'Union européenne et la zone euro, avec un poids assez marquant de l'Allemagne. Mais si l'on regarde la dynamique de ce solde courant, on constate une amélioration depuis plusieurs années, depuis le début de la crise en réalité, à un moment où la zone euro et l'Europe (même si la croissance repart aujourd'hui) restent quand même dans une situation fragile avec une croissance bien plus basse que dans le reste du monde. C'est donc bien le signe qu'il n'y a pas forcément de corrélation entre la vitalité de la croissance d'une économie et la dynamique du compte courant et du solde commercial de ce pays ou de cette entité.

Pendant des décennies, les États-Unis ont eu des balances courantes négatives en même temps qu'une croissance florissante. A l'inverse, le Japon possédait une balance positive lors de sa phase de dépression (1990-2000). Une balance courante excédentaire est-elle donc vraiment indispensable pour avoir une économie en bonne santé ? Pour quelles raisons ? Quels sont les réels déterminants de cette balance ?

Regardons les composantes de cette balance courante. Si l'on ne rentre pas dans les détails, l'essentiel de la balance est fait par le solde des biens et services (différence entre exportations et importations de biens et services). Parfois, dans quelques pays comme l'Irlande par exemple, le solde des revenus peut être très élevé, mais l'essentiel se joue au niveau de l'écart entre exportations et importations.

On pourrait effectivement se dire à première vue qu'effectivement, un excédent est le signe qu'il y a beaucoup d'exportations. C'est parfois vrai, mais cela peut aussi dire qu'il n'y a pas beaucoup d'importations. Or, les importations sont liées à l'évolution de la demande intérieure des pays, donc à la consommation et à l'investissement.

Le cas américain est emblématique. Les États-Unis ont souvent eu une croissance forte tirée par la demande intérieure, par une forte consommation des ménages et un investissement dynamique, et donc des importations qui en ont découlé. Cela explique en partie le déséquilibre courant des Etats-Unis, qui s'est réduit au cours de la crise. Comparativement, si l'on regarde la situation du Japon ou de l'Allemagne (même si l'Allemagne reste le pays de la zone euro qui a la croissance la plus forte), on constate aussi un dynamisme des exportations, mais des importations relativement modérées. Cela signifie en substance une croissance de la consommation et de l'investissement qui est plus faible.

C'est cela qui est fondamental avec l'évolution du compte courant. C'est l'écart entre exportations et importations, mais c'est aussi la différence entre la capacité d'épargne d'un pays et sa capacité d'investir. Quand un pays épargne beaucoup ou investit peu, il a un excédent courant.

Quels indicateurs ou variables pourraient être plus pertinents que la balance commerciale pour évaluer la vitalité d'une économie ?

La vitalité et la santé d'une économie ne peut pas se mesurer à l'aune d'un seul indicateur. On peut avoir une croissance forte, comme on l'a vu en Espagne dans les années 2000, qui cache des déséquilibres importants dans la sphère financière qui peuvent poser des problèmes d'insoutenabilité de cette croissance. On peut avoir une économie qui a des excédents courants importants mais qui a une croissance relativement modérée. Regardons aujourd'hui le cas de l'Espagne ou de la Grèce, des pays qui ont fortement réduit leur déficit courant au cours des dernières années. Cela traduit en réalité une récession très importante et une anémie de la consommation et de l'investissement.

L'analyse doit donc se porter sur plusieurs facteurs. Il faut effectivement regarder le solde courant, car cela peut être un indicateur de bonne compétitivité d'un pays, mais il faut aussi regarder comment se comporte la croissance, quel est le niveau du chômage, quels sont les déséquilibres possibles dans la sphère financière, etc. Tous ces éléments-là font qu'on ne peut pas se focaliser simplement sur un chiffre, que ce soit celui de la croissance, de l'emploi ou de la balance courante.

Propos recueillis par Benjamin Jeanjean.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Semaine de canicule : ces erreurs qui vous feront encore plus ressentir la chaleur alors que vous cherchiez l’inverse
02.
Amazon : 11,2 milliards de profit, 0 dollars d’impôts payés… : mais dans quel état erre un certain capitalisme ?
03.
Pourquoi l’influence de Melania Trump sur son mari dépasse de loin ce qu’on en voit
04.
Et la galaxie Benalla s'enrichit d'une nouvelle recrue : Mimi, la reine des paparazzis, qui "fabriqua" Macron...
05.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
06.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
07.
L'homme qui combat la bien-pensance pour sauver le monde agricole
01.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
02.
Pourquoi les Francs-maçons ne sont certainement pas les héritiers des constructeurs de cathédrale qu’ils disent être
03.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
04.
Dents de la mer : les grands requins blancs remontent vers le Nord aux Etats-Unis, faut il redouter la même chose en Europe ?
05.
L'homme qui combat la bien-pensance pour sauver le monde agricole
06.
Meghan & Harry : all is not well in paradise; Mariage sous couvre-feu pour Laura Smet; Laeticia Hallyday, délaissée ou entourée par ses amis ? Voici & Closer ne sont pas d’accord; Taylor Swift & Katy Perry se câlinent vêtues d’un burger frites de la paix
01.
L'Ordre des médecins autorise Jérôme Cahuzac à exercer la médecine générale en Corse
02.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
03.
Ce piège dans lequel tombe le gouvernement en introduisant le concept d’islamophobie dans le proposition de loi Avia sur la lutte contre les contenus haineux
04.
Et la banque centrale américaine publia une bombe sur les "méfaits" du capitalisme financier
05.
Acte II : mais comment définir la ligne suivie par le gouvernement en matière de politique économique ?
06.
Cash Investigation : pourquoi le traitement des semences par les multinationales est nettement plus complexe que le tableau dressé par l’émission de France 2
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Anguerrand
- 24/07/2016 - 15:32
On doit donc admettre que l' Europe
c'est la prospérité globalement et que l'€ n'est pas un obstacle pour ceux qui ont bien géré leur economie, en gros les pays libéraux...sauf entre autre la France pays marxisant, qui met sa gestion désastreuse sur le dos de l'UE et de l'€. Comme c'est facile ce qui est bien c'est la France, ce qui ne va pas c'est la faute de l'Europe. Ça ne veut pas dire qu'il faut pas totalement revoir l'Europe et ses institutions vers la démocratie directe.