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Erreur linguistique et stratégique
Olivier Roy : “Parler de guerre ne fait que renforcer le discours de Daech, parce que cela les présente comme la grande menace mondiale”
Publié le 22 juillet 2016
Le 14 juillet dernier, Mohamed Lahouaiej Bouhlel faisait près de 90 morts à Nice. L'attentat, réclamé par l'Etat Islamique, a réactivé le langage politique et médiatique de la guerre contre le terrorisme, au risque de renforcer l'EI.
Olivier Roy est un politologue français, spécialiste de l'islam.Il dirige le Programme méditerranéen à l'Institut universitaire européen de Florence en Italie. Il est l'auteur notamment de Généalogie de l'Islamisme. Son dernier livre, Le...
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Olivier Roy est un politologue français, spécialiste de l'islam.Il dirige le Programme méditerranéen à l'Institut universitaire européen de Florence en Italie. Il est l'auteur notamment de Généalogie de l'Islamisme. Son dernier livre, Le...
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Le 14 juillet dernier, Mohamed Lahouaiej Bouhlel faisait près de 90 morts à Nice. L'attentat, réclamé par l'Etat Islamique, a réactivé le langage politique et médiatique de la guerre contre le terrorisme, au risque de renforcer l'EI.

Atlantico : Selon un sondage IFOP, seuls 33% font confiance au gouvernement pour lutter contre la menace terroriste, contre 50% en novembre 2015. De la même façon, seuls 23% pensent que l’opposition ferait mieux que le gouvernement au pouvoir (sur l'ensemble de son action). Au-delà de la défiance de la population à l’égard de ses dirigeants, comment est-il possible de concilier, pour la classe dirigeante, la nécessité de réponse rapide et la nature complexe de la situation ?

Olivier Roy : Une réponse rapide ne peut être que rhétorique, c’est le problème. Nous assistons à deux discours qui sont tous les deux des discours de guerre.  Le premier est celui de l’unité nationale, qui est celui du Président alors que l’autre consiste à attaquer l’exécutif en disant "vous êtes incapables de répondre à la guerre". Nous n’en sortirons pas parce qu’il n’y a pas de mesures de court terme en dehors de celles qui relèvent du bon sens, en l’espèce, de ne pas laisser un camion s’approcher d’une foule. Il est possible de prendre des micro-mesures au niveau local mais nous n’empêcherons jamais ce genre d’individu de commettre un attentat. Un homme qui est obsédé à l’idée de commettre un massacre de masse trouvera toujours la faille. Il n’y a donc pas de solution sécuritaire de court terme.  

Concernant les solutions de long terme, le problème est toujours le même ; il s’agit d’identifier ce qu’est la vraie menace. Maintenant, je pense que l’on est en train de se rendre compte que le problème du terrorisme, ce ne sont pas les mosquées salafistes, même si cela peut être une posture politique payante. Ce que l’on a, ici, c’est bien l’islamisation de la radicalité, c’est-à-dire des hommes qui vont inscrire une action de type suicidaire, ce que l’on a vu à Nice, dans le grand narratif de Daech. Aujourd’hui, Daech fascine tous ceux qui sont en recherche de radicalité et/ou de suicide. Ainsi, parler de guerre ne fait que renforcer le discours de Daech, parce que cela présente Daech comme la grande menace mondiale. On entre ici dans un  cercle vicieux.

Atlantico : Selon un sondage IFOP, seuls 33% font confiance au gouvernement pour lutter contre la menace terroriste, contre 50% en novembre 2015. De la même façon, seuls 23% pensent que l’opposition ferait mieux que le gouvernement au pouvoir (sur l'ensemble de son action). Au-delà de la défiance de la population à l’égard de ses dirigeants, comment est-il possible de concilier, pour la classe dirigeante, la nécessité de réponse rapide et la nature complexe de la situation ?

Olivier Roy : Une réponse rapide ne peut être que rhétorique, c’est le problème. Nous assistons à deux discours qui sont tous les deux des discours de guerre.  Le premier est celui de l’unité nationale, qui est celui du Président alors que l’autre consiste à attaquer l’exécutif en disant "vous êtes incapables de répondre à la guerre". Nous n’en sortirons pas parce qu’il n’y a pas de mesures de court terme en dehors de celles qui relèvent du bon sens, en l’espèce, de ne pas laisser un camion s’approcher d’une foule. Il est possible de prendre des micro-mesures au niveau local mais nous n’empêcherons jamais ce genre d’individu de commettre un attentat. Un homme qui est obsédé à l’idée de commettre un massacre de masse trouvera toujours la faille. Il n’y a donc pas de solution sécuritaire de court terme.  

Concernant les solutions de long terme, le problème est toujours le même ; il s’agit d’identifier ce qu’est la vraie menace. Maintenant, je pense que l’on est en train de se rendre compte que le problème du terrorisme, ce ne sont pas les mosquées salafistes, même si cela peut être une posture politique payante. Ce que l’on a, ici, c’est bien l’islamisation de la radicalité, c’est-à-dire des hommes qui vont inscrire une action de type suicidaire, ce que l’on a vu à Nice, dans le grand narratif de Daech. Aujourd’hui, Daech fascine tous ceux qui sont en recherche de radicalité et/ou de suicide. Ainsi, parler de guerre ne fait que renforcer le discours de Daech, parce que cela présente Daech comme la grande menace mondiale. On entre ici dans un  cercle vicieux.

Atlantico : Selon un sondage IFOP, seuls 33% font confiance au gouvernement pour lutter contre la menace terroriste, contre 50% en novembre 2015. De la même façon, seuls 23% pensent que l’opposition ferait mieux que le gouvernement au pouvoir (sur l'ensemble de son action). Au-delà de la défiance de la population à l’égard de ses dirigeants, comment est-il possible de concilier, pour la classe dirigeante, la nécessité de réponse rapide et la nature complexe de la situation ?

Olivier Roy : Une réponse rapide ne peut être que rhétorique, c’est le problème. Nous assistons à deux discours qui sont tous les deux des discours de guerre.  Le premier est celui de l’unité nationale, qui est celui du Président alors que l’autre consiste à attaquer l’exécutif en disant "vous êtes incapables de répondre à la guerre". Nous n’en sortirons pas parce qu’il n’y a pas de mesures de court terme en dehors de celles qui relèvent du bon sens, en l’espèce, de ne pas laisser un camion s’approcher d’une foule. Il est possible de prendre des micro-mesures au niveau local mais nous n’empêcherons jamais ce genre d’individu de commettre un attentat. Un homme qui est obsédé à l’idée de commettre un massacre de masse trouvera toujours la faille. Il n’y a donc pas de solution sécuritaire de court terme.  

Concernant les solutions de long terme, le problème est toujours le même ; il s’agit d’identifier ce qu’est la vraie menace. Maintenant, je pense que l’on est en train de se rendre compte que le problème du terrorisme, ce ne sont pas les mosquées salafistes, même si cela peut être une posture politique payante. Ce que l’on a, ici, c’est bien l’islamisation de la radicalité, c’est-à-dire des hommes qui vont inscrire une action de type suicidaire, ce que l’on a vu à Nice, dans le grand narratif de Daech. Aujourd’hui, Daech fascine tous ceux qui sont en recherche de radicalité et/ou de suicide. Ainsi, parler de guerre ne fait que renforcer le discours de Daech, parce que cela présente Daech comme la grande menace mondiale. On entre ici dans un  cercle vicieux.

Atlantico : Selon un sondage IFOP, seuls 33% font confiance au gouvernement pour lutter contre la menace terroriste, contre 50% en novembre 2015. De la même façon, seuls 23% pensent que l’opposition ferait mieux que le gouvernement au pouvoir (sur l'ensemble de son action). Au-delà de la défiance de la population à l’égard de ses dirigeants, comment est-il possible de concilier, pour la classe dirigeante, la nécessité de réponse rapide et la nature complexe de la situation ?

Olivier Roy : Une réponse rapide ne peut être que rhétorique, c’est le problème. Nous assistons à deux discours qui sont tous les deux des discours de guerre.  Le premier est celui de l’unité nationale, qui est celui du Président alors que l’autre consiste à attaquer l’exécutif en disant "vous êtes incapables de répondre à la guerre". Nous n’en sortirons pas parce qu’il n’y a pas de mesures de court terme en dehors de celles qui relèvent du bon sens, en l’espèce, de ne pas laisser un camion s’approcher d’une foule. Il est possible de prendre des micro-mesures au niveau local mais nous n’empêcherons jamais ce genre d’individu de commettre un attentat. Un homme qui est obsédé à l’idée de commettre un massacre de masse trouvera toujours la faille. Il n’y a donc pas de solution sécuritaire de court terme.  

Concernant les solutions de long terme, le problème est toujours le même ; il s’agit d’identifier ce qu’est la vraie menace. Maintenant, je pense que l’on est en train de se rendre compte que le problème du terrorisme, ce ne sont pas les mosquées salafistes, même si cela peut être une posture politique payante. Ce que l’on a, ici, c’est bien l’islamisation de la radicalité, c’est-à-dire des hommes qui vont inscrire une action de type suicidaire, ce que l’on a vu à Nice, dans le grand narratif de Daech. Aujourd’hui, Daech fascine tous ceux qui sont en recherche de radicalité et/ou de suicide. Ainsi, parler de guerre ne fait que renforcer le discours de Daech, parce que cela présente Daech comme la grande menace mondiale. On entre ici dans un  cercle vicieux.

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arcole 34
- 20/07/2016 - 16:02
@Texas - 19/07/2016 - 22:24
Je suis d'accord mais simplement il ne s'agit pas pour nous d'une guerre au Mexique mais hélas d'une guerre de trente ans.
Texas
- 19/07/2016 - 22:24
Les Talibans dans les années 90...
....offraient des cibles choix . Il semble qu' entre-temps les cadres du Djihadisme se soient inspirés de la Théorie du Poisson dans l'Eau de Mao . Ils sont désormais parmi nous avec la condescendance du Politique et les flux migratoires incontrôlés . Nous sommes partis pour une Guérilla de plusieurs décennies dans le meilleur des cas .
arcole 34
- 19/07/2016 - 17:29
@UNE CHOSE DAECH A GAGNEE LA BATAILLE DE LA COMMUNICATION
Ultra doctrinaire qui prend ses sources dans l'extrémisme de gauche et qui se veut la figure de proue de la contestation du modèle capitaliste . Montrant sa forte appétence pour la radiclalité de daes'h sachant par avance que des militants à eux se sont convertis à l'islam radical. il vous suffira de vous rappeler que la NPA à une époque avait présnté une candidate à des élections portant un voile pour comprendre la vrai visage néfaste de la gauche . Comment concilier le fait d'avoir défendu un modèle intégrationniste et d'avoir favoriser une mise sous tutelle sociale à coup d'allocations sociales des personnes dont les enfants actuellement rejettent sous le couvert identitaire ce modèle et rejoignent physiquement mais aussi par l'esprit les radicaux islamistes. crachant ainsi dans la soupe qui les a nourri grassement au détriment de la majorité de la population de notre pays et qui plus est tirent dans le dos de leurs fidèles amis que sont la gauche et l'extrême gauche . Les Merah, Fofana, Boulej et compagnie , combien de types de ce genre attendent-ils dans l'ombre pour passer à l'action. En fait tous les révolutionnaires contemporains de Mao au Che triomphent post mortem , hélas