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Le monde face à la menace d’une nouvelle crise globale : pourquoi notre économie pourrait avoir (encore) plus de mal à s'en remettre cette fois-ci
Publié le 07 juillet 2016
Alors que la finance mondiale présente actuellement certains signes inquiétants, le spectre d'une nouvelle crise après celle de 2008 plane de nouveau sur les places financières. Or, les conséquences pourraient être bien plus graves cette fois, alors que nos économies sont encore convalescentes.
Christophe Blot est économiste à l'OFCE, au Département analyse et prévision. Ses spécialités sont le commerce extérieur, les crises financières et les politiques monétaires. 
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Alors que la finance mondiale présente actuellement certains signes inquiétants, le spectre d'une nouvelle crise après celle de 2008 plane de nouveau sur les places financières. Or, les conséquences pourraient être bien plus graves cette fois, alors que nos économies sont encore convalescentes.

Atlantico : Alors que certains observateurs constatent aujourd'hui des signes inquiétants vis-à-vis de l'économie mondiale (amplifiés par les éventuelles menaces que font peser le Brexit), au-delà de la probabilité d'un tel événement, quelle serait la différence, par rapport à 2008, d'impact sur l'économie européenne, et française, en cas de nouvelle crise ? En quoi l'état de convalescence actuel représente un élément supplémentaire à prendre en compte ?

Christophe Blot : On voit bien que le niveau de taux de chômage aujourd'hui n'est pas le meme qu'en 2007. Il est beaucoup plus élevé en France et dans la zone euro. Une nouvelle crise avec effet récessif sur l'économie impliquerait donc une fragilisation du tissu social et économique bien plus importante qu'en 2007. Rajouter une crise à une situation qui n'est pas complètement rétablie serait évidemment une très mauvaise nouvelle pour l'économie européenne et pour sa « santé » sociale.

Quelles seraient les conséquences les plus graves ? Quelles seraient les conséquences pour les chômeurs de longue durée ? Que dire de l'investissement ? Quels sont, finalement, les secteurs les plus exposés actuellement à un nouvel épisode de crise ?

L'occurence d'une crise aggraverait probablement les conditions de vie et les difficultés des chômeurs (notamment les chômeurs de longue durée) à retrouver un emploi. Cela recréerait du chômage et les éloignerait pour une durée encore plus longue d'une possibilité de reprise d'emploi.

La situation de l'investissement, qui ne s'est pas complètement rétabli depuis la récession de 2008-2009 dans la zone, serait fortement affectée elle aussi. Les entreprises pourraient avoir des difficultés de financement si cette crise touchait assez fortement le système bancaire. Un climat d'incertitude et de risque financier plus élevé retarderait des projets d'investissement et pèserait sur la croissance, non seulement à court terme mais aussi à long terme. Or, une situation de maintien de chômage de longue durée joue sur la croissance future, la croissance potentielle.

Si les entreprises freinent à nouveau les perspectives d'investissement, c'est l'appareil productif qui ne se renouvelle pas et la productivité future qui s'en trouve affectée.

Le système bancaire est-il suffisamment résilient pour absorber un nouveau choc ?

Le système bancaire reste pour moi une inconnue assez forte au niveau de la zone euro. Des évaluations faites par la BCE montrent une amélioration de la situation du système bancaire par rapport à la crise de 2008-2009. Mais on observe encore certains signes de fragilité dans certains pays. On a vu récemment le cas des banques italiennes qui pouvaient être fragilisées, sans parler de la situation catastrophique de la Grèce qui continue à mettre ses banques en difficulté... Ces banques sont donc elles aussi dans une situation de convalescence, avec certes une certaine hétérogénéité selon les pays. Une nouvelle crise viendrait poser de nouveaux problèmes bancaires assez importants dans la zone euro.

Selon la BCE, l'output gap (écart entre croissance réelle et croissance potentielle) de l'économie européenne atteint aujourd'hui six points. En quoi la persistance d'une croissance sous son niveau de potentiel est-elle néfaste pour l'économie ? Quels en sont les effets à long terme ?

Il est intéressant de voir que cet écart de croissance négatif est globalement observé depuis 2008. On est donc depuis cette année-là dans une situation de crise qu'on n'arrive pas à résoudre complètement. Certes, la reprise de la croissance est là, mais elle est encore assez faible et elle doit être consolidée. Pendant toute cette période-là, nous avons donc un chômage plus élevé que ce qu'il devrait être, en raison d'un manque de demande. A terme, le risque réside dans le fait que cela joue aussi sur la capacité productive des économies européennes, par les effets que nous avons vus précédemment. Un chômage élevé éloigne un certain nombre d'individus de l'emploi pendant une longue période. Ils perdent confiance, ils perdent des capacités et des aptitudes. Cela joue aussi sur les entreprises, sur l'investissement, etc. Tout cela menace à terme la croissance potentielle par un effet que les économistes appellent un effet d'hystérèse : un affaiblissement de la demande pour une longue durée peut avoir à la longue une incidence sur la capacité d'offre de l'économie.

Quels sont les moyens permettant de prévenir un tel épisode ? Au regard du constat de la BCE sur l'existence de cet output gap de 6 points, quels sont les moyens de rétablir la situation ? En quoi une "non intervention" à ce sujet pourrait avoir un effet de prolongement de la crise sur le long terme ?

La première difficulté réside dans le fait que les marges de manœuvre pour répondre à une éventuelle nouvelle crise sont aujourd'hui plus limitées qu'elles ne l'étaient en 2008.

Les politiques monétaires sont déjà très expansionnistes, les taux d'intérêts sont aujourd'hui à leur niveau le plus bas. Sur certains segments des réserves qu'elle reçoit, la BCE a même imposé des taux d'intéret négatifs. Elle a aussi utilisé des mesures non conventionnelles en achetant des actifs sur les marchés financiers... Toute cette panoplie a déjà été largement utilisée par la BCE (mais pas uniquement). On peut certes aller un peu plus loin, mais pas beaucoup. L'arme monétaire arrive finalement au bout de ses limites.

La politique budgétaire pourrait aussi avoir quelques contraintes. On a bien vu la réticence des économies européennes à utiliser le levier de la relance budgétaire pour la période 2010-2014.

Alors même que le chômage était encore élevé, nous avons imposé un rythme de consolidation budgétaire assez important. Les dettes restent élevées aujourd'hui dans la zone euro, ce qui peut limiter les marges de manœuvre, du point de vue institutionnel mais aussi du point de vue des marchés (crainte de dettes insolvables).

Les outils conjoncturels pour répondre à une nouvelle crise ont donc été largement utilisés et seraient difficilement mobilisables à grande échelle s'il devait y avoir une nouvelle crise dans la zone euro semblable à celle de 2007-2008.

Prévenir de nouveaux épisodes de crise financière est un travail de longue haleine qui repose sur une meilleure régulation financière pour assurer une plus grande stabilité au sein de l'Europe et de l'économie mondiale. Certains éléments ont été mis en œuvre, via de nouveaux outils de régulation du système bancaire, mais cela prend du temps. Au niveau de la zone euro, nous avons mis en place l'Union bancaire européenne, mais celle-ci est encore incomplète aujourd'hui. Elle est en phase de création et de transition. Dans ce laps de temps, nous sommes bien sûr fragilisés, d'autant plus que chaque nouvelle crise montre la défaillance de nouveaux systèmes de régulation...

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Olivier K.
- 08/07/2016 - 09:34
Suite
Nouveau apparaître. Si le chômeur se forme à ses nouveau métiers, ce qu'il peut faire en s'instruisait directement sur Internet, et surtout pas en suivant les formations proposées par pôles emplois, alors le chômage est un bénéfice, si le chômeur accepté ces nouveaux métiers alors que celui qui a déjà un emplois s accroché aux vieux métiers alors le chômage est un bénéfice pour la société. Le chômage va permettre de rentrer plus facilement au 21eme siècle. Enfin surtout si on laisse couler ces grosses et vieilles entreprise qui ont actuellement le pouvoir politique, la loi travail en est la preuve.
Olivier K.
- 08/07/2016 - 09:21
Analyse antique
Je lis souvent que lorsque le chômage est élevé il y a un déficit de formation des personnes sens emploi. Ceci n'est pas une analyse, les métiers touchés par le chômage sont essentiellement des métiers où on touche rapidement un plafond et où de toute façon, la compétence n'est pas reconnu et les gens changent fréquemment de métiers. Le chômage ne changera rien à la formation des emplois peu qualifiés. Pour les emplois hautement qualifié on observe de même que l'organisation du travail est faite de sorte que personne ne puisse acquérir une forte compétences afin que personne ne puisse devenir indispensable et que l'on est pas à augmenter le salaire. Ainsi dans une grosse entreprise il est très rare de rencontrer des gens qui ont plus de 10 ans d expérience dans leur métiers. Les compétences acquises par les séniors sont des compétences transversales qui apportent finalement très peu à l'entreprise ce qui se traduit d'ailleurs par une mise au placards systèmatique des seniors. Donc le faible chômage pour les emplois fortement qualifié changera pas grand chose. Cela pourrait même avoir un effet bénéfique car dans les 10 prochaines années, beaucoup de métiers vint disparaître et
Christophe Bugeau
- 07/07/2016 - 10:59
Risque d’un nouveau Krach bancaire, comme en 2008 ? Le 06/07/20
La faillite de la Banque d’affaire Lehman Brothers avait marqué en 2008, le début de la crise : les risques pris par les banques en achetant des actifs pourris ayant un rendement important (mais un risque certain !), avait été le détonateur. La rapacité avait eu des effets directs. Mais les faillites avaient été peu nombreuses et les refinancements par les aides des Etats aux Etats-Unis et en Europe avaient donné aux banquiers un sentiment d’impunité : trop gros pour tomber. Le problème c’est que les nouveaux risques sont probablement plus importants que la fois précédente.

La suite : http://www.christophebugeau.fr