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Les Français, bons derniers du temps de travail en Europe : pas quand on sait lire les classements en évitant les biais statistiques

Publié le 17 juin 2016
Avec Eric Heyer
A en croire les chiffres avancés par la dernière étude de COE-Rexecode, les Français en contrat à temps plein travaillent 1 646 heures par an. C'est bien moins que l'Allemagne ou l'Angleterre, mais c'est aussi loin d'être représentatif de la durée réelle travaillée en France, qui fait beaucoup plus appel au temps plein que le reste des pays européens.
Éric Heyer est Directeur adjoint au Département analyse et prévision de l'OFCE (observatoire français des conjonctures économiques - centre de recherche en économie de Sciences Po).
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A en croire les chiffres avancés par la dernière étude de COE-Rexecode, les Français en contrat à temps plein travaillent 1 646 heures par an. C'est bien moins que l'Allemagne ou l'Angleterre, mais c'est aussi loin d'être représentatif de la durée réelle travaillée en France, qui fait beaucoup plus appel au temps plein que le reste des pays européens.
Avec Eric Heyer

Atlantico : Selon la dernière étude de COE-Rexecode, le temps de travail annuel des contrats à temps plein en France s'élève à 1 646 heures, en 2015. Cela représente une différence de 199 heures avec l'Allemagne et de 228 avec le Royaume-Uni. En prenant en compte l'ensemble des emplois, dont ceux à temps partiel, quel bilan peut-on faire du temps de travail en France ? La France a-t-elle, véritablement, un problème concernant le nombre d'heures travaillées ?

Eric Heyer : C'est une très bonne question, particulièrement dans la mesure où toutes ces évaluations du temps de travail sont à prendre avec beaucoup de précautions… et pour cause ! La durée du travail est quelque chose que nous mesurons extrêmement mal.

 

Globalement, il est possible de dire que COE-Rexecode fait sa propre enquête, que l'OCDE mène également la sienne. Il y a, entre ces deux études, plusieurs points de correspondance. De ce fait, ce que l'on sait à peu près, c'est que sur le seul temps complet la France travaille effectivement moins que ses voisins européens. En revanche, la France a moins recours au temps partiel. Et ces temps partiels français travaillent plus longtemps que la majorité des temps partiels européens. Si l'on fait la moyenne de tout cela, la France se situe toujours dans une moyenne relativement basse au sein des pays développés, certes, mais elle arrive devant les pays scandinaves, les Pays-Bas. Selon l'analyse de COE-Rexecode, la France travaille légèrement moins que l'Allemagne. D'après celle de l'OCDE, en revanche, la durée de travail en France est légèrement plus élevée qu'outre-Rhin. Il est très difficile de dire qui a raison, mais fondamentalement la France s'inscrit donc dans la moyenne des pays développés.

 

Il est important, à mon sens, de souligner que l'ensemble des grandes nations développées réduisent leur temps de travail. La seule à ne pas l'avoir fait depuis 2008 – à en croire les données de l'OCDE –, c'est la Grèce. C'était déjà le cas le siècle dernier puisque l'ensemble des grands pays entamaient déjà la réduction du temps de travail. La question qu'il faut poser, face à ce constat, c'est comment se produit cette réduction du temps de travail ? Cela peut se faire de deux façons : soit au travers de la loi et du temps complet (comme ce fut le cas en France, qui est l'un des rares pays à employer une telle méthode), soit par l'incitation au temps partiel. Bien évidemment, les deux façons de faire présentent chacune des avantages et des inconvénients. Le plus gros d'entre eux, pour la méthode utilisée par la France, consiste à ne pas prendre en compte les spécificités potentielles des entreprises (tailles, secteurs, situations conjoncturelles, etc.) et de demander à tout le monde de réduire le temps de travail. A l'inverse, procéder en privilégiant le temps partiel permet d'être beaucoup plus souple. C'est un énorme avantage par rapport au temps complet, mais ce n'est pas sans un coût : les pays qui sont allés le plus loin dans ce type de réforme (Pays-Bas, Allemagne) permettent de constater que le temps partiel est souvent subi. C'est particulièrement vrai pour les femmes. Cela peut s'avérer harmonieux si la femme est mariée à un homme (qui ont beaucoup plus accès au temps plein), dans la mesure où il peut y avoir partage du revenu dans le couple, des tâches, etc. Mais dès lors que la femme est seule, cela pose des problèmes conséquents. Les femmes réclament des temps complets sans parvenir à les décrocher. Le temps partiel génère une dualité très forte sur le marché du travail, opposant ceux qui ont la chance d'avoir un temps complet et les autres. Les premiers travaillent beaucoup et touchent donc plus, tandis que les autres sont contraints de travailler moins et gagnent beaucoup moins d'argent. Cette dualité n'est évidemment pas très souhaitable.

 

Pour conclure, je ne pense pas qu'on puisse dire de la France qu'elle a un problème en matière d'heures travaillées. Le sens de l'histoire, comme en témoigne l'action de l'ensemble des grands pays, c'est la réduction du temps de travail. Le tout, c'est de savoir si on fait cela à la carte, ou si on l'organise un tant soit peu : est-ce qu'on laisse se développer le temps partiel, est-ce qu'on cherche à l'encadrer ? La première situation consiste à créer la dualité dont nous parlions.

 

Dans quelle mesure la disparité entre les secteurs publics et privés tend-t-elle à laisser penser que les Français travaillent moins que le reste des peuples européens ? À quel point, en effet, ces deux secteurs connaissent des traitements différents en matière de temps travaillé ?

Si le temps de travail est difficile à estimer dans le secteur privé, il l'est plus encore dans le secteur public. Nous avons là un vrai problème de mesure. Prenons l'exemple du temps de travail d'un professeur (eux qui représentent 20% des salariés de la fonction publique) : comment l'évaluer ? Bien évidemment, s'arrêter au seul nombre d'heures de cours qu'il fait, c'est arriver en-deçà des 35 heures. C'est évident. Mais comment prendre en compte la préparation des cours, la correction des copies ? Il est très difficile de se sortir de ces aspects et cela rend nécessairement la mesure du temps de travail du secteur public très complexe. C'est déjà particulièrement compliqué dans le secteur privé, mais ça l'est encore plus pour le secteur public. Récemment, un sénateur publiait un rapport sur le temps de travail dans la fonction publique qui soulignait que l'écart entre le secteur public et le secteur privé était réel, mais ne représentait que deux jours de travail. C'est loin d'être énorme. L'écart existe, mais est très difficile à mesurer.

 

La vision de COE-Rexecode est un peu différente, puisqu'elle souligne un écart autrement plus important. Bien évidemment, ce genre de statistique fait évidemment baisser la moyenne de manière conséquente. Mais il est important de rappeler que c'est sur le secteur privé que se concentre la compétitivité. Bien sûr, il est parfois envisagé d'augmenter les heures du corps enseignant sans les augmenter, pour baisser les dépenses publiques et permettre une réduction des impôts… Mais ce raisonnement me semble illusoire.

 

Quels sont traditionnellement, en France, les domaines dans lesquels on travaille le plus ? A l'inverse, ceux où l'on travaille le moins ?

Les secteurs qui connaissent la plus forte productivité du travail sont généralement les secteurs où l'on a réduit le temps de travail. C'est logique. A l'inverse, les secteurs qui présentent une faible productivité sont le plus souvent ceux qui affichent le plus gros volume horaire. Le lien est évident quand on regarde la productivité horaire (bien qu'il le soit peut-être un peu moins au regard de la seule productivité). Un individu est nécessairement moins productif durant sa dernière heure de travail que durant sa deuxième. Le facteur fatigue est indéniable. Par conséquent, des individus qui travaillent un peu moins connaissent naturellement une productivité horaire moyenne supérieure à celle de ceux qui travaillent le plus.

 

L'innovation technique joue également un rôle à part entière. Elle implique la nécessité de moins de personnel (ou, du moins, d'un volume horaire moins conséquent) pour produire le même résultat. La conséquence logique consiste donc à licencier ou réduire le nombre d'heures travaillées. Les forts gains de productivité, couplés à de fortes possibilités de réorganiser sa production, se retrouvent essentiellement dans l'industrie. Ce qui importe dans ce secteur, c'est bien que l'équipement tourne toute la journée et toute la nuit durant : les salariés travaillent moins longtemps mais avec des horaires atypiques. Concrètement, c'est un échange de flexibilité contre une baisse du temps de travail et c'est ce qui explique certains accords sur la baisse du temps de travail dans l'industrie.

 

En revanche, dans le secteur des services, il y a nécessité de rester ouvert et cela allonge la durée de travail.

 

Si le temps du travail n'est pas le fond du problème que connaît l'économie française, sur quels leviers faut-il jouer pour espérer la redynamiser ?

Encore une fois, il ne faut pas se méprendre : la réduction du temps de travail que nous avons connue dans les années 2000 avec les 35 heures a été compensée par des gains de productivité, des baisses de cotisations, une renégociation de ce que l'on appelait la durée de travail, etc. C'était un tout. Macroéconomiquement, et les études le traduisent bien, ces éléments ont évité que le coût du travail français ne grimpe plus que celui des autres pays européens… à l'exception de l'Allemagne qui fait beaucoup mieux à cette période (pour d'autres raisons). Nous n'avons pas perdu face à l'Italie, face à l'Espagne, et de façon générale face aux pays de la zone euro. Or, la France n'est pas le seul pays à avoir perdu face à l'Allemagne dans cette période de temps, ce qui montre clairement que ce n'est pas les 35 heures qu'il faut blâmer.

 

Aujourd'hui, la perte de compétitivité française est essentiellement due à cette perte face à l'Allemagne. Il nous faut regagner cette compétitivité face à l'Allemagne, mais cela ne pourra être qu'un processus long, d'autant plus que nos voisins outre-Rhin n'entendent pas se laisser faire. L'Allemagne est quasiment à 8 points d'excédents courants (ce qui sous-entend évidemment un déficit quelque part puisque c'est un jeu à somme nulle). Être tous allemands – avoir tous des excédents commerciaux – n'est pas possible. Pour rattraper un pan du retard, nous aurons besoin que le meilleur élève accepte de perdre un pan de ses avantages. Restaurer une compétitivité implique nécessairement un arrêt de la politique allemande de la baisse des coûts : il faut qu'elle accepte de perdre des parts de marché pour que d'autres puissent en gagner. Cela ne concerne pas que la France, mais bien l'ensemble de la zone euro, dont tous les pays se lancent en même temps dans la même stratégie. Cela ne pourra évidemment pas être efficace et finit par générer de la déflation. Il va de soi que nous devons réfléchir à des moyens de maîtriser notre coût du travail, de gagner en compétitivité, de monter en gamme, etc., mais il faut aussi se coordonner au niveau européen et procéder à un rééquilibrage des déséquilibres en zone euro. Ce rééquilibrage passe nécessairement par des pertes pour les uns et des gains pour les autres. C'est une décision collective à prendre à l'échelle de la zone euro… Des réformes menées uniquement en France, sans concertation et sans coordination, provoqueraient très probablement une réaction tout aussi violente de nos partenaires, qui annulerait tous les effets de nos mesures. C'est une relation d'interdépendance. Nous avons une monnaie unique, des taux d'intérêts uniques, une stratégie unique… Se concerter et se coordonner est inévitable.

 

N'oublions pas que s'il est possible d'être sanctionné pour déficit excessif (3%), les traités européens mentionnent également le risque de sanction pour excédent excessif, à partir de 6% du PIB. L'Allemagne est entre 8 et 9. 

 

Propos recueillis par Vincent Nahan

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Ganesha
- 18/06/2016 - 11:01
Vaste fumisterie
Karl Marx appelait tout cela le ''Lumpen Prolétariat''. Nos pétainistes de 2016 aimeraient pouvoir dire comme en 1945 : ''Jamais entendu parler d'Auschwitz'', mais aujourd'hui l'information circule mieux… à condition d'avoir la volonté et la capacité intellectuelle de les comprendre ! Il n'y a heureusement plus de chambres à gaz, mais le modèle allemand de fraulein Merkel n'en reste pas moins une ''vaste fumisterie'' !
Ganesha
- 18/06/2016 - 10:58
Germanolâtres
Le principal problème des ''germanolâtres'', c'est qu'ils ne veulent surtout pas réellement savoir ce qui se passe en Allemagne ! Beaucoup de femmes y renoncent à travailler, n'ayant pas de solution de garde pour leurs enfants, et ne sont donc pas comptabilisées comme ''chômeuses''. Le temps partiel est encore plus répandu qu'en France. Il y a de nombreux ''jobs à un euro de l'heure''. Mme Merkel vient d'en créer des centaines de milliers supplémentaires pour ses ''invités syriens''. On recensait déjà il y a quelques années 600.000 minijobs à 450 euros par mois. La différence avec les chômeurs et le RSA français, c'est que ces ''travailleurs pauvres'' ont des frais de déplacement et de garde d'enfant et ne peuvent pas chercher un éventuel ''travail au noir''. Il y a des professions comme travailleurs des abattoirs ou chauffeurs routiers qui sont réservées (et sous-payées) aux ressortissants des pays de l'est de l’Europe. Ainsi que des sous-traitants dans ces mêmes pays dont les pièces sont frauduleusement incorporées dans le prestigieux ''Made in Germany''.
Ganesha
- 18/06/2016 - 10:55
A côté de la plaque !
Cher Anguerrand, vous continuez à réciter vos slogans… sans répondre aux arguments que je vous oppose. Ce que vous devriez avoir le courage et l'audace d'écrire, c'est : ''Oui, moi Anguerrand, je suis convaincu et j'affirme que la Crise sera résolue lorsque tous les pays d'Europe seront en excédent commercial les uns avec les autres'' !