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Ça roule ou ça dérape ?

Plus d’emplois, plus accessibles mais plus précaires : comment l'ubérisation des banlieues bouleverse le marché du travail

Publié le 10 juin 2016
L'ubérisation est l'un des premiers leviers agissant sur l'emploi en banlieue : à en croire les derniers chiffres avancés par Uber et Legalstart.fr, ce processus représente 11% de la création d'emplois sur le plan national, dont 78% dans les départements d'Île-de-France.
Gilles Saint- Paul est un économiste spécialiste du marché du travail.
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L'ubérisation est l'un des premiers leviers agissant sur l'emploi en banlieue : à en croire les derniers chiffres avancés par Uber et Legalstart.fr, ce processus représente 11% de la création d'emplois sur le plan national, dont 78% dans les départements d'Île-de-France.

Atlantico : A en croire les chiffres avancés par Uber et Legalstart.fr, l'émergence de nouveaux services de mise en relation directe de professionnels et de particuliers aurait un impact positif sur le marché du travail en banlieue. Le procédé représenterait 11% de la création d'emplois en France, dont 78% aurait été créés en Île-de-France (pour seulement 16% à Paris même). Dans quelle mesure "l'ubérisation" est-elle réellement susceptible de favoriser l'emploi ?

Gilles Saint-Paul : L’ubérisation, de par son caractère ponctuel, permet de réduire les coûts fixes inhérents à la création d’une entreprise ou à l’embauche d’un travailleur en CDI. Elle permet également de réduire les risques associés à ce type de contrat, notamment le coût d’un licenciement si celui-ci s’avérerait nécessaire. C’est donc en grande partie la rigidité des formes traditionnelles d’emploi qui favorise l’ubérisation, et celle-ci est d’autant plus favorable à l’emploi que la rigidité est élevée dans le secteur traditionnel. A ces considérations, il nous faut ajouter que l’existence de ces plates-formes représente un réel progrès technique dans l’appariement entre chômeurs et emplois vacants, ce qui devrait avoir des effets bénéfiques sur le taux de chômage d’équilibre.

Comment expliquer l'impact spécifique que semblent avoir ces nouveaux service dans les banlieues ? Peut-on espérer que l'ensemble du marché national finisse par en profiter ?

Les "banlieues" représentent un réservoir d’offre de main d’œuvre peu qualifiée qui souffre particulièrement de la rigidité du marché du travail. Dans certains cas, un SMIC excessif ne permet pas à des jeunes de décrocher un premier emploi et d’y faire leurs preuves. Dans d’autres, les réglementations frappant certaines professions (taxis) et certains commerces rendent difficile la sortie du chômage par l’entrepreneuriat individuel. Dans la mesure où l’ubérisation permet de circonvenir ces rigidités et où ce sont les travailleurs peu qualifiés des banlieues qui en souffrent le plus, ces nouveaux services sont susceptibles d’avoir un impact supérieur dans ces quartiers. Mais, à terme, l’ensemble du marché national devrait en profiter, car des activités qualifiées peuvent également être organisées selon le même principe : enseignement, traductions, comptabilité, études, soutien scolaire, etc. Les entreprises devraient finir par se réorganiser et par externaliser une grande partie des tâches produites en interne, afin de profiter de la souplesse offerte par l’ubérisation.

Quel est le prix de cette transformation ? En dépit de ses multiples avantages, "l'ubérisation" du travail en banlieue ne présente-t-elle pas aussi certains risques ? 

Le risque concerne avant tout notre "modèle social", qui repose sur une ponction sur les salaires prélevée à la source, et donc sur des entreprises suffisamment importantes et visibles, ce qui réduit le coût de la collection d’impôt et les incitations à la fraude. Si le salariat finit par devenir minoritaire et si l’économie repose sur un nombre croissant  de travailleurs indépendants, ce modèle n’est plus viable. Cela devra se traduire, a minima, par un redéploiement du fardeau de la fiscalité au profit des impôts indirects et d’une tarification accrue des services de l’État (frais d’inscription, etc…), et sans doute, dans une certaine mesure, par une privatisation de l’assurance sociale qui sera souscrite directement par les intéressés sans transiter par les organismes comme l’URSSAF ou la CNAM. La conception française de l’Etat-Providence est intimement liée au statut de salarié, et cette conception devra inévitablement évoluer avec l’ubérisation de l’économie.

Comment pourrait-on optimiser encore un système qui permet de lutter contre la montée du chômage en banlieue ?

Je ne suis pas certain qu’il existe un réel désir de lutter contre la montée du chômage, en banlieue ou ailleurs, dans la mesure où les remèdes efficaces remettraient en cause les rentes de certains intérêts organisés, comme on le voit en ce moment avec la loi travail. Si les activités informelles continuent de progresser, cela représentera un manque à gagner conséquent pour la sécurité sociale. Si on les bride, le chômage perdurera et un secteur encore plus informel, avec activités criminelles à la clé, risque de se cristalliser. Si l’on ne rend pas le secteur formel plus compétitif, il faut s’attendre, à terme, à un excès d’ubérisation, car celle-ci se produira afin d’échapper aux contraintes et à la fiscalité du salariat traditionnel, et pas seulement en vertu de l’efficacité économique. Cela passe par un assouplissement du droit du travail et par une réduction de la voilure de l’Etat-Providence, afin de réduire les charges sociales et d’augmenter le taux d’emploi. C’est donc la partie traditionnelle du marché  du travail qu’il faut se préoccuper "d’optimiser" pour répondre à l’ubérisation, non l’ubérisation elle-même. 

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