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1 milliard pour les enseignants : pourquoi le coup de pouce mérité aux salaires des profs n’aurait pas dû exonérer Najat Vallaud-Belkacem de dégraisser le mammouth de l’Education nationale
Publié le 03 juin 2016
Si la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé ce mardi les grandes lignes d'un vaste plan de revalorisation du métier d'enseignant, le mal-être reste profond dans la profession et il semble urgent de réformer en profondeur l'appareil du ministère.
Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Si la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé ce mardi les grandes lignes d'un vaste plan de revalorisation du métier d'enseignant, le mal-être reste profond dans la profession et il semble urgent de réformer en profondeur l'appareil du ministère.

Atlantico : Ce mardi, la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé les grandes lignes d'un plan de revalorisation des salaires concernant près de 820 000 enseignants (premier comme second degré, secteur public comme secteur privé). Dans quelle mesure le métier d'enseignant a-t-il effectivement besoin d'être revalorisé en France, et notamment à travers leur rémunération ?

Pierre Duriot : La revalorisation des enseignants est un vieux sujet de discorde entre les gouvernements qui se sont succédés et les syndicats d'enseignants. Parce qu'à l'origine, du temps des enfants participant aux moissons dans une France rurale, les deux mois d'été n'étaient pas payés aux anciens instituteurs et leur traitement annuel avait été étalé, à leur demande, de dix mois sur douze, occasionnant donc une moindre rémunération mensuelle des instituteurs. A noter que ce métier, historiquement, a permis à nombre de personnes originaires de milieux modestes, et notamment aux femmes, d'accéder à la classe moyenne par le biais de cette profession dite "intellectuelle". C'est une considération ancienne, mais qui a marqué ce corps de fonctionnaires. Plus près de nous, il y a le niveau de recrutement qui a régulièrement augmenté. On a commencé par un recrutement à l'issue de la troisième, puis du bac, puis à bac+2, pour trouver maintenant des candidats titulaires de Master 2. La rémunération n'a pas suivi le même chemin, du moins pas de près. Enfin, il y a ce décalage avec la moyenne de la rémunération des enseignants de l'Union européenne. Et encore faut-il comparer ce qui est comparable, avec l'Allemagne et l'Angleterre, certes pas avec la Bulgarie ou la Pologne et là, nous avons effectivement du retard. Enfin, l'éventail des tâches demandées aux enseignants s'est sérieusement étoffé, avec l'informatique, les langues, mais également des "paperasses" à n'en plus finir, liées aux évaluations, projets divers, actions de sensibilisation, pédagogies différenciées, réunions, qui sont venus augmenter à la fois le niveau de compétence requis des nouveaux enseignants, l'effort d'adaptation des anciens et la quantité de travail horaire.

Si cette revalorisation est louable, est-elle néanmoins suffisante ? Globalement, les moyens colossaux alloués à l'éducation ne sont-ils pas encore trop dispersés, au lieu d'être prioritairement attribués au personnel enseignant ? Dans quelle mesure pourraient-ils être davantage rationalisés ? 

Suffisante, l'avenir le dira. Il est tout de même étonnant de voir la ministre s'engager jusqu'en 2020 alors que son mandat, se terminant en 2017, peut ne pas être renouvelé. Mais elle évoque également publiquement en interview une forme de mérite, liée à l'engagement, en particulier dans les zones prioritaires ! L'idée est en place depuis trente ans mais le bilan est, pour parler poliment, en demi-teinte. Plus prosaïquement, avec ces zones qui coûtent très cher, on ne s'en sort pas. Les résultats ne s'améliorent pas, la philosophie de cette mesure n'est manifestement pas la bonne. Le travail ne se fait pas sur les bons critères, ni avec la bonne méthode, puisque les résultats ne sont pas à la hauteur des investissements et que tous ceux qui peuvent mettre leurs enfants ailleurs le font, y compris les cadres du gouvernement. Les seuls résultats tangibles sont la ghettoïsation ou le communautarisme et les deux dans les quartiers péri-urbains.

Discutables aussi, des choix qui consistent à enlever des enseignants spécialisés hautement qualifiés pour les remplacer par la méthode "plus de maîtres que de classes" dont les résultats sont assez peu lisibles. Egalement, cette propension à multiplier des postes d'EVS et d'AVS, sous-payés, précaires, peu qualifiés, peu qualifiants, sans avenir, dont la philosophie consiste à mettre en place une béquille temporaire auprès d'une école ou d'un enfant, dont la pérennité n'est pas assurée et dont au final l'enfant devra se passer. C'est un pis-aller. Une mesure très concrète, puisque toutes les études montrent que l'apprentissage de la lecture en CP est un moment charnière et crucial, pourrait consister en un dédoublement de toutes les classes de CP.

L'informatique, la signature à grands frais de contrats d'équipement en logiciels et matériels, est une impasse. Les apprentissages fondamentaux ne se réalisent pas globalement par ce biais. L'excellence de l'enseignant humain, quand elle est là, remplace très avantageusement la machine. C'est bien sûr l'humain qu'il faut investir, puisque c'est à long terme et efficace. Payer de la formation reste un domaine encore trop peu investi, même s'il y a eu quelques progrès. Au final, en plus d'être chère, de ne pas être efficace avec les élèves les plus en difficulté, l'informatique est rapidement obsolète. Et l'idée de rajouter un écran de plus dans la vie des enfants modernes peut sembler assez saugrenue, relevant plus de l'économique que de l'éducatif.

Enfin, nombre d'enseignants comptabilisés comme tels, ne voient pas les élèves autrement qu'en peinture. En comptant comme enseignants tous ceux qui sont au contact des élèves, ce qui comprend des enseignants qui n'ont pas de classe mais qui ont une action pédagogique les amenant à être avec des élèves, il resterait encore autour de 10% des personnels sans élève. Sans qu'il soit forcément question d'arriver à 100%, il reste sans doute un peu de marge de ce côté là, même si les chiffres précis sont difficiles à obtenir.

A un an de l'élection présidentielle, le moment choisi pour faire ces annonces n'est sans doute pas anodin, alors que les professeurs représentent un électorat historiquement ancré à gauche. Ce type de "cadeau" est-il encore susceptible de produire les résultats escomptés ?

Madame la Ministre s'en défend, préférant évoquer la philosophie du mandat de François Hollande : "Nous redressons les finances en première partie de quinquennat et nous redistribuons en fin de mandat", a-t-elle expliqué au micro de Jean-Jacques Bourdin. Sauf que les finances ne sont globalement pas redressées et qu'il ne suffit pas de le dire pour qu'elles le soient. Plus palpable est la désaffection du corps électoral des enseignants dont le positionnement n'est plus si favorable au PS que par le passé. Emiettement à gauche, glissement vers la droite et le centre, sont devenus des mouvements idéologiques bien réels chez les enseignants. Perte de repères, perte d'aura, impression de ne pas être soutenus en cas de conflits avec les parents ou les minorités, agressions de collègues à répétition, faits divers dans les enceintes scolaires, difficultés comportementales des élèves, difficultés professionnelles globales, manque d'écoute, de considération, alourdissement des tâches... avec comme corollaire, une enquête parue en 2014 qui montre que près de la moitié des enseignants rêverait de changer de métier, plus dans le secondaire que dans le primaire. Le contexte est tendu et le vote des enseignants et de leurs proches est susceptible de peser lourdement dans une élection nationale. De nombreux analystes ont commencé à expliquer que la prochaine élection présidentielle se jouerait sur les questions sociétales et philosophiques, plus que sur les questions économiques dont les leviers semblent situés aux niveaux internationaux. Identité, culture, immigration, éducation, instruction, laïcité, codes communs de comportement et de communication, seront des enjeux majeurs, ceux dont les enseignants sont un peu les promoteurs ou les garants. Sans oublier que les parents, même s'ils critiquent volontiers l'école, comptent beaucoup sur la réussite scolaire de leurs enfants. Il importe donc de calmer un mécontentement parfaitement perçu en haut lieu et il faudra sans doute, au-delà de l'argent, donner plus de lisibilité sur les missions d'une école devenue le réceptacle de tous les maux de la société.

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Leucate
- 02/06/2016 - 15:59
le beurre, l'argent du beurre et le ...?
Les enseignants ont leur salaire lissé par rapport aux cadres A du public ayant le même niveau qu'eux et qui ont quand même d'autres responsabilités de commandement qu'eux. C'est normal vu qu'ils ne font pas le taf en nombre d'heures annuelles compte tenu des congés scolaires.
Par ailleurs, je ne suis pas du tout convaincu du bien-fondé de la surqualification pour enseigner. D'autant qu'un étudiant qualifié master n'aura pas sans doute envie de se trouver confronté à des merdeux incontrôlables ou rendus incontrôlables par le laxisme ambiant. A quand le mastère pour la technicienne de sol ? on y arrive lentement mais surement.
Bref, c'est une mesure électorale dangereuse qui risque d'ailleurs de mécontenter les cadres A de la fonction publique qui ont quand même d'autres exigences, contraintes et responsabilités qu'un enseignant. Ceux-ci bénéficient en fait de leur poids considérable dans la fonction publique d'Etat où ils représentent une bonne moitié des effectifs, les fonctionnaires des autres ministères étant répartis entre catégories A, B, et C
Vincennes
- 01/06/2016 - 15:03
Et qui va payer la facture des manuels voulu par Bécassine ?
à crédit....comme son chefton qui laisse la note su suivant !!!C'est au POINT, maintenant, de révéler que les éditions Nathan, le petit doigt sur la couture du pantalon, ont choisi de faire la promotion, sur leur site, d'une collection concurrente, et de ne RIEN DIRE des livres qu'ils sortent en CATIMINI !!! Grand moment ! Ils sont si attachés aux consignes IMBECILES de la rue de Grenelle qu'ils préfèrent (tenter de) scier une collection qui marchait du feu de dieu – alors même que les profs de français qui l'utilisaient l'utiliseront encore, disent-ils, et refuseront tout manuel "Ben Kacem" car, remplacer des manuels scolaires nécessite un budget considérable!! la rentrée risque d'être "très chaude" mais, la teigneuse S 'EN FOUT......COMME HOLLANDE
Vincennes
- 01/06/2016 - 14:45
Que de mégalomanie dans ce "GVT de nazes"
V.Actuelle du 26/5 révélait que : dans la prochaine édition du manuel de QUATRIEME d’histoire/géo et celui d’enseignement moral/civique aux éditions BELIN, le sujet qui sera étudié, pour se familiariser à l’exercice de la revue de Presse, sera la MINISTRE de l’éducation nationale BEN KACEM, elle-même !!!! Il s’agit, surtout, le mettre en avant BEN KACEM et sa réforme des collèges…..où est l’IMPARTIALITE ???? le "pouvoir" lui tourne la tête à cette teigneuse prétentieuse