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Du mobile à la mobilisation : le téléphone portable, cet outil redoutablement efficace pour déstabiliser les régimes politiques
Publié le 07 juin 2016
Selon une étude menée par deux chercheurs anglais, les téléphones portables favorisent les mobilisations politiques contre les régimes autoritaires. A cette possibilité s'ajoute également celle permettant à ces mêmes régimes de surveiller ces mouvements contestataires.
François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris. ...
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Selon une étude menée par deux chercheurs anglais, les téléphones portables favorisent les mobilisations politiques contre les régimes autoritaires. A cette possibilité s'ajoute également celle permettant à ces mêmes régimes de surveiller ces mouvements contestataires.

Atlantico : Une étude publiée le 22 mai dernier réalisée par deux économistes, Marco Manacorda, et Andrea Tesei, révèle qu’en Afrique les téléphones portables, en facilitant la circulation de l’information et en améliorant la capacité de coordination, ont favorisé les mobilisations politique de masse. Quelles sont les zones géographiques concernées par ce phénomène ? Quelles sont celles qui en ont déjà fait l'expérience ?

François-Bernard Huyghe : Les résultats de cette étude ne sont pas étonnants. Nous savons depuis de nombreuses années que dans beaucoup de pays du Sud, où une grande partie de la population s’est rapidement équipée en téléphones portables de qualité, ces derniers jouent un rôle dans les mouvements de contestation des régimes en place. Ces outils servent énormément à créer du lien communautaire et à coordonner des mobilisations, notamment dans la rue, ainsi qu’à faire circuler très vite les informations, instructions et slogans. 

Les pouvoirs redoutent ces phénomènes. Dès 2008, des téléphones portables ont été utilisés lors des manifestations aux Philippines. Puis, cela s’est réitéré en 2009 en Iran lors des mobilisations contre Ahmadinejad. A l’époque, nous avions déjà affaire à des smartphones. Ils avaient notamment permis d’envoyer au monde entier la photo d’une manifestante, Neda Agha-Soltan, tuée. Ainsi, dès 2009, chaque manifestant est transformé en petit reporter potentiel des horreurs commises par l’adversaires. Durant le Printemps arable, le rôle des portables était si important que les manifestants brandissaient leurs téléphones. Ils utilisaient au maximum les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) pour appeler à la mobilisation. Twitter est un excellent outil pour passer très vite des informations dans les manifestations. Mais, les smartphones ont également servi à des pillages, aux émeutiers de Londres de 2011, aux terroristes et à l’Etat islamique, etc. 

Les auteurs estiment que si les téléphones portables permettent de renforcer l’autonomie des citoyens, ils peuvent également être une source de renseignements pour des gouvernements qui pourraient faire le choix d'une plus forte répression. Ainsi, et de façon contre-intuitive, la technologie pourrait-elle être la source d'une menace toujours plus forte pour les populations ?

Oui, elle le pourrait. Les téléphones servent à se connecter sur des réseaux, notamment des réseaux sociaux sur Internet. A partir du moment où nous les utilisons, nous révélons de l’information sur nous, comme l’endroit où nous nous situons, par la géolocalisation, ainsi que sur nos camarades impliqués également dans les mouvements protestataires ou révolutionnaires. Pour les forces de répression, il y a deux choix. La première solution est de couper le téléphone pour éviter que les manifestants se coordonnent. La seconde est de laisser l’utilisation des téléphones libre, afin de récupérer toutes les informations, pour espionner. En gros, les utilisateurs font inconsciemment le travail de la police. Ce qui peut être gagné en coordination et en mobilisation, peut être perdu en secret et en transparence. Il y a un arbitrage entre avantages et inconvénients. 

Quel est le potentiel de résistance de gouvernements autocratiques, sur le long terme, face à la circulation de l'information ? S'agit-il d'un combat perdu d'avance ?

Pendant un certain temps, "le dilemme de l’autocrate" était très à la mode chez les intellectuels, en particulier aux Etats-Unis. Selon ce dilemme, les gouvernements autoritaires ont deux choix qui s’offrent à eux. Le premier est de laisser les citoyens s’équiper en smartphone, communiquer et échanger sur Internet. Ce choix est le meilleur pour leur développement économique et culturel. Mais il présente un danger pour la sécurité du régime, à cause des révoltes et cyber-dissidences qu’il favorise. La seconde possibilité est d’interdire, censurer et confisquer. Mais il y avait une perte économique dans ce cas-là. 

Cette théorie était à la mode jusqu’aux Printemps arabes. Nous pensions que les régimes autoritaires perdraient forcément. Car, soit ils interdisaient les téléphones et en payaient le prix économique, soit ils les autorisaient et cela favorisaient les révoltes, qu’ils n'auraient pas pu contrôler. Nous croyions alors que la démocratie et la population allaient l’emporter. Nous en sommes revenus.

Nous avons constatés ce que nous appelons "la courbe d’apprentissage des dictateurs". C’est-à-dire que les régimes autoritaires deviennent de plus en plus forts pour repérer, censurer et intercepter les messages. Ils apprennent également à mener des actions de contre-propagande et d’intoxication. Avec le temps, ils savent mieux surveiller. Deux exemples illustrent très bien cette théorie. En Chine, il y a énormément de portables, de connexions sur Internet et sur les réseaux sociaux, et le régime contrôle parfaitement tout cela. En Syrie, la police de Bachar Al-Assad procède à des arrestations, à des infiltrations et utilise même des hackers pour faire des contre-opérations. C’est naïf de penser qu’une technologie est libératrice en soi. Là aussi aux Etats-Unis, ils ont beaucoup parlé de "technologie de libération". Elle ne vous asservit pas en soi, tout dépend de l’usage social et stratégique qui en est fait. Il y a également une sorte d’escalade technologique entre les manifestants, opposants et révolutionnaires d’un côté, et les services secrets et polices de contrôle de l’autre. Par exemple, les uns mettent en place une meilleure cryptologie pour ne pas être écoutés par la police. Puis cette dernière progresse et arrive quand même à espionner, et ainsi de suite. 

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