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Douce plume

À vos stylos : journaux intimes, blogs, lettres... écrivez, c'est bon pour la santé

Publié le 26 mai 2016
L'écriture, qu'elle soit manuscrite ou tapée, possède des vertus intarissables sur le cerveau. Écrire pour soi ou pour les autres est un excellent moyen de travailler sur sa concentration, sa coordination et ses émotions.
Joëlle Beauvillain est graphothérapeute et directrice de l'entreprise Le Fil d'Ariane, qui vient aux personnes rencontrant des difficultés à l'écrit. Elle fait notamment parti de l'association AGGE (Association pour une graphothérapie...
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Gilles Guilleron est professeur à l'Université de Lorient, il est agrégé de lettres modernes. Il est également l'auteur d'Ecrire pour les nuls, et du petit dictionnaire pour les gros mots. 
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L'écriture, qu'elle soit manuscrite ou tapée, possède des vertus intarissables sur le cerveau. Écrire pour soi ou pour les autres est un excellent moyen de travailler sur sa concentration, sa coordination et ses émotions.

Atlantico : De nombreux témoignages mettent en évidence le fait que l'écriture est un moyen simple et efficace de réduire son stress, de renforcer sa mémoire, son orthographe ou de surmonter un drame. Y a-t-il des études concrètes sur le sujet ?

Joëlle Beauvillain : L’écriture permet de matérialiser la pensée et d’en laisser la trace. En ce sens, elle contribue à réduire le stress lié à l’inorganisation des pensées ; elle permet de marquer ce qui est ressenti, ce qui a été vécu, ce que l’on trouve dans un drame. Ce sont ces émotions, ce vécu, que l’on trouve dans les romans, bien retracés par l’écrivain. L’écriture mobilise la mémoire à long terme, que ce soit pour rappeler des souvenirs qui vont être utilisés pour rédiger, former le contenu d’une phrase et aussi pour faire revenir l’orthographe des mots concernés. Le CERTA-Résodys de Marseille, dirigé par le Professeur Michel HABIB, a réalisé diverses études en lien avec l’écriture ; les études réalisées par IRM sont également précieuses et permettent d’identifier les zones du cerveau mobilisées dans l’écriture. Elles ciblent rarement l’écriture en premier, ce sont donc souvent des constatations secondaires.

On peut citer une étude menée par les universités américaines de Princeton et de Californie traitant des bienfaits comparés de l’écriture manuscrite ou sur ordinateur. Un ensemble de 65 élèves, à qui on a demandé de regarder des conférences TED, a été réparti en deux groupes : l'un prenant des notes sur ordinateur et l’autre utilisant du papier et un stylo. Les deux groupes se souvenaient aussi bien de l’exposé mais ceux qui avaient écrit leurs notes avec un stylo avaient mieux compris le propos. En outre, une semaine plus tard, les étudiants qui avaient travaillé à l’ancienne avaient un meilleur aperçu du sujet que le groupe qui avait travaillé sur l’ordinateur.

Quels sont les bienfaits de l'écriture sur le cerveau ? Comment s'explique scientifiquement ce phénomène  ?

Gilles Guilleron : Il est bien connu que l'écriture est un excellent moyen de réduire son stress, d'améliorer sa concentration, sa mémoire et son orthographe. Cela permet à la fois au cerveau d'accéder à des connaissances et de les développer.

Je dirais que ce sont des bienfaits que tout le monde recherche, dont on a besoin, notamment dans les phases d'apprentissage. Développer le langage par le biais de l'écriture permet de developper des capacités à s'exprimer en société et à se sociabiliser. Elle nous permet d'accéder à des univers intérieurs et personnels.

On peut citer une phrase de Nathalie Sarraute dans son livre L'ère du soupçon. "Les mots servent à libérer une matière silencieuse qui est bien plus vaste que les mots".

Joëlle Beauvillain : L’écriture est la combinaison de plusieurs fonctions, successives et/ou concomitantes :

- la prise d’informations extérieures éventuelles, en cas de copie ou de dictée, c’est-à-dire l’usage de la vue en cas de copie, de l’ouïe, en cas de dictée

- la capacité du cerveau à décoder ces informations : interprétation de chacune des formes des lettres dans chacune des lettres composant le mot correspondant, en cas de copie, transformation du son entendu, en cas de dictée, dans le mot correspondant

- la mobilisation de la mémoire de travail pour conserver l’information lue, vue ou entendue

- la mise en oeuvre de la fonction motrice (bras - main - doigts) pour former le geste d’écriture

- la mobilisation de l’aire cérébrale identifiant la zone où écrire (visuo-spatial)

- l’activation des fonctions exécutives (je décide de ce que je vais écrire et comment je vais le faire, même si ce processus n’est pas plus conscient que les précédents)

- l’activation de la zone cérébrale où le mécanisme d’assemblage pour écrire a lieu (ce que j’ai entendu ou ce que j’ai vu, ce que j’en ai compris, je peux à présent l’écrire).

La fonction écriture est localisée dans l’hémisphère gauche du cerveau, près de l’aire de Broca (qui permet le langage oral), dans la région supérieure de l’aire frontale moyen gauche, appelée aire d’Exner, du nom de celui qui l’a mise en évidence au 19e siècle. L’écriture est donc un phénomène complexe ; elle est également influencée par d’autres paramètres que ceux décrits (les émotions par exemple). La mise en jeu des différentes fonctions citées les auto-stimule, les entretient. Lorsque l’écriture n’est pas efficace, elle peut devenir le révélateur d’une perturbation de ces mécanismes, temporaire, durable… C’est entre autres le métier du graphothérapeute AGGE que de contribuer à identifier les causes de l’écriture non fonctionnelle.

Quelle forme d'écriture nous fait le plus de bien ? Pourquoi ?

Gilles Guilleron : Pour certains, développer des histoires ou des fictions leur permettra de s'évader et de se relaxer, tandis que pour d'autres, un journal intime sera un bon moyen de se relaxer par exemple. Mais il n'y a véritablement pas de forme meilleure qu'une autre. Tout dépend de la personne et de son rapport à l'écriture.

L'écriture est un outil personnel qui permet de se retrouver libre en quelque sorte, de développer sa pensée et de communiquer avec les autres.

Joëlle Beauvillain : Chaque personne étant différente, c’est elle qui sait dire ce qui lui convient le mieux. Cela dépend de l’âge, du contexte, de l’attente. Peu importe le support ou l’objectif, s’il permet à la personne de s’entraîner à écrire, que ce soit pour former les lettres, se souvenir de l’orthographe, exprimer une idée, une pensée, jouer avec les lettres, les sons… L’expérience doit rester plaisante. Le psychiatre Christophe André observe que le journal intime a des vertus thérapeutiques, en particulier quand on passe par l'écriture manuelle (lien corps/esprit).

Quels supports d'écriture permettent de nous sentir mieux ?

Gilles Guilleron : Aucun outil n'est meilleur qu'un autre. L'essentiel est de trouver celui avec lequel on se sent le mieux et qui nous apparaît le plus pratique. Le meilleur moyen est celui avec lequel on se sent sans contrainte.

Joëlle Beauvillain : Il y a une sorte de consensus (études américaines, françaises) pour considérer que l’écriture manuelle est une première étape indispensable car elle permet d’activer et d'entraîner les processus cérébraux décrits précédemment, utilisables ensuite dans les différentes matières scolaires enseignées. L’apprentissage de l’écriture par l’ordinateur va s’appuyer sur ces connaissances déjà acquises. Il est actuellement considéré qu’une plus grande rapidité-efficacité de l’apprentissage a lieu au niveau "4ème" (constats des ergothérapeutes A.Laure Guillermin et Sophie Lévêque-Dupin à la faveur de la conférence CERTA-Résodys à Marseille en mai 2012). Lorsque le mécanisme d’écriture est intégré, ce qui signifie aussi bien le tracé des lettres que la mémorisation de ce que l’on veut écrire, le choix du support revient au scripteur et à ses capacités : mieux vaut peut-être un texte tapé, compréhensible et sans fautes, pour un devoir, qu’un texte difficile à lire, tant par lettres mal formées que parce que mal orthographiées ; un mot personnel aura par contre peut-être plus de valeur pour le destinataire s’il est écrit manuellement.

Comment faire pour se lancer dans l'écriture ?

Gilles Guilleron : Il ne faut surtout pas se mettre une barrière. Tout est bon pour commencer et toutes les méthodes se valent.

Joëlle Beauvillain : Plusieurs méthodes existent, elles dépendent de la personnalité du scripteur. Pour ceux et celles qui ont du mal à trouver l’inspiration, il est possible d’aider avec :

- un jeu tel que "speech" : il propose une centaine de cartes illustrées d’un dessin représentant un personnage, un objet, une situation… Le scripteur en choisit trois par exemple, indique ce qu’il voit, et doit ensuite fabriquer une à deux phrases mettant en jeu le visuel des cartes

- un poème autour des lettres du prénom du scripteur

- la narration d’un fait divers de la journée du scripteur, l’un de ses souvenirs de vacances, etc.

- la méthode du CQQCOQP : chacune des lettres correspond à une question ; en y répondant, on est amené à balayer les facettes principales d’un sujet : texte lu à commenter, tableau, dessin à décrire ; il reste ensuite à organiser les réponses entre elles. C = comment : de quelle manière se déroulent les évènements ? Comment a-t-on recueilli les données, avec quels moyens atteint-on le but fixé ? Q = quoi : de quoi parle-t-on ? Q = qui : qui sont les acteurs ? C = combien ? Combien de sujets, d’acteurs sont concernés ? O = où ? Localisation de l’action, de la description. Q = quand ? A quel moment ? P = Pourquoi ? Quelles causes à l’action, au lieu

- usage du schéma centré ou schéma heuristique, mind mapping : les éléments principaux du sujet à évoquer sont notés de façon succincte, afin de ne pas les perdre de vue : ils sont utilisés pour préparer les têtes de chapitre et pour faciliter ensuite une description, la mise en mots de détails.

Y a-t-il des méthodes simples pour éviter les blocages potentiels liés à cette pratique ?

Joëlle Beauvillain : Les méthodes précédentes peuvent aider et suffire. Il est possible, lors de la restitution de leçons apprises, d’amener la personne à solliciter ses évocations intérieures (souvenirs visuels, auditifs, kinesthésiques), pour ramener les bonnes informations de façon consciente et avoir alors accès à ce qui est à écrire. Il y a lieu également de comprendre ce qui peut amener les blocages, lesquels peuvent être à travailler avec un psychologue, un sophrologue, car causés par les émotions, les réactions psychologiques, liées à un contexte.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (6)
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adroitetoutemaintenant
- 27/05/2016 - 09:16
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Le gorille
- 27/05/2016 - 05:49
Je me rends !
Le quadrumane que je suis a quand même quelques neurones... peut-être de qualité intermédiaire... Alors je crie pouce ! Sauf que, à force d'appuyer sur les touches, ma remarquable écriture manuscrite de mes études a quelque peu évolué vers le gribouillis.... je crains fort pour ma mémoire donc. Serai-je gaga avant l'heure ? C'est affreux !
adroitetoutemaintenant
- 27/05/2016 - 04:59
Les mouvements fins et les mouvements "gros" du gorille
Les mouvements gros sont importants. D'ailleurs plusieurs démonstrations de l’importance de la marche sur le développement cérébral : meilleure rétention mémorielle, augmentation de la créativité etc. La mastication latérale nous a aidé à augmenter notre masse cérébrale et notre quantité de neurones. A masse cérébrale égale l’homme a 3 fois plus de neurones que les grands primates ce qui nous permet de parler (ils ont le même appareil phonatoire mais pas assez de neurones pour produire des mots). C’est aussi ce qui nous permet les mouvements fins. Tous les mouvements fins sont créatifs. Pourquoi l’écriture ? Et bien c’est ce qui est pratiqué par la majorité des hommes. Dans les démences on s’aperçoit que la détérioration de l’écriture précède celle de la mémoire par de très nombreuses années. Quant à la position assise prolongée tout à fait d’accord sur sa nocivité. C’est pour cela qu’elle doit être interrompue par des marches. Ecrire en position debout est un autre moyen (voir Victor Hugo).