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La bulle chinoise, une maladie imaginaire pour faire peur aux gouvernements occidentaux

Publié le 20 janvier 2012
Les fonds d'investissement sont de plus en plus nombreux à évoquer une possible bulle spéculative chinoise. Le prix Nobel Paul Krugman semble s'en inquiéter aussi. Et s'il s'agissait finalement d'une excuse pour ne pas pousser Pékin à réévaluer le yuan ?
Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011). 
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Les fonds d'investissement sont de plus en plus nombreux à évoquer une possible bulle spéculative chinoise. Le prix Nobel Paul Krugman semble s'en inquiéter aussi. Et s'il s'agissait finalement d'une excuse pour ne pas pousser Pékin à réévaluer le yuan ?

Atlantico : L’ombre d’une bulle spéculative chinoise continue d’entretenir les débats d’experts. Plusieurs fonds d’investissement évoquent cette menace. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman en a parlé lui aussi dans le New York Times en décembre dernier. Doit-on craindre une telle bulle ?

Antoine Brunet : Il est réel que jusque fin 2010, le prix des logements en Chine augmentait fortement et tendait à s’accélérer pour atteindre des niveaux de prix extrêmes et excessifs. Mais tout au long de 2011, les autorités chinoises ont augmenté les réserves obligatoires et les taux d’intérêt pour désamorcer la bulle immobilière embryonnaire, et pour éviter qu’à la bulle immobilière ne succède un krach immobilier brutal. Le retournement à la baisse des prix des logements semble maintenant prendre forme. Mais il semble demeurer sous contrôle. La grande différence avec les krachs immobiliers qui ont éclaté par surprise en 2007 aux États-Unis, au Royaume Uni, en Espagne... c’est que le retournement à la baisse du prix des logements reste maîtrisé, parce qu’il résulte de la restriction monétaire pratiquée par les autorités.

Je crois par ailleurs que l’insistance que vous mentionnez chez beaucoup d’analystes, concernant une bulle immobilière et débouchant sur un krach immobilier, relève de deux comportements distincts.

Certains analystes craignent effectivement que, suite à un krach immobilier, l’économie de la Chine s’écroule et entraîne le reste du monde dans sa chute, du fait que les économies occidentales sont déjà elles-mêmes très affaiblies.

Mais il y a aussi d’autres analystes qui agitent ce thème pour démobiliser les dirigeants occidentaux, et les dissuader d’agir face à la Chine et à sa politique de change déloyale qui conduit à la ruine les pays dont ils ont la charge. S’ils parviennent à accréditer l’idée que la Chine serait spontanément en proie à des troubles graves, ils contribuent à entretenir la passivité des dirigeants occidentaux face à la Chine. Quelle est donc la démarche ? Tant que le yuan reste fortement sous-évalué, les profits des grandes entreprises occidentales présentes en Chine se maintiennent à un très haut niveau.

 

La situation immobilière chinoise n'est-elle pas malgré tout inquiétante ?

L’évolution de l’immobilier en Chine est très différente de ce qui s’est passé au Japon autour de 1989, ou aux États-Unis autour de 2007. Pour deux raisons.

La première, c’est que les autorités chinoises, obsédées par les dégâts qu’inflige à l’économie toute séquence « bulle puis krach », ont agi beaucoup plus préventivement que leurs homologues japonaises entre 1985 et 1989, ou leurs homologues américaines entre 2002 et 2007.

La deuxième raison, c'est qu’en Chine, 70% des achats de logements se font en cash, sans que les acquéreurs ne recourent au crédit immobilier. Beaucoup de familles de la classe moyenne supérieure disposent de fonds liquides importants auprès des banques. Quand elles en ont la possibilité, elles se montrent intéressées à réduire leurs liquidités, qui sont trop abondantes et mal rémunérées, pour acheter un logement. Au total, les banques chinoises sont donc beaucoup moins impliquées qu’on ne le dit, et beaucoup moins vulnérables qu’on ne le pense, aux adversités que connaît et que pourrait continuer à connaître le marché immobilier chinois.

Aux États-Unis ou au Royaume-Uni en 2007, le krach immobilier a conduit beaucoup d’acquéreurs emprunteurs à renoncer à poursuivre leur acquisition à crédit et à restituer aux organismes prêteurs le logement qu’ils avaient acheté. Cette pratique à grande échelle a fini par déstabiliser les organismes de crédit hypothécaire. Par capillarité, tout le secteur financier s’est trouvé gravement atteint. En Chine, la plupart des acquéreurs récents n’ont pas eu besoin d’emprunter. Ils subissent avec amertume des moins-values immobilières. Mais cela ne déstabilise pas le secteur financier.

 

Ce spectre de l’explosion d’une bulle spéculative a-t-il des conséquences ? Les investisseurs occidentaux se font-ils hésitants ?

Les Occidentaux investissent peu dans l’immobilier chinois, mais beaucoup plus dans l’industrie. La plupart viennent profiter de la sur-compétitivité du territoire chinois pour y localiser leur production, et réexporter les produits manufacturés. Les autres viennent pour profiter du dynamisme du marché intérieur chinois. Ni les uns ni les autres n’ont de raisons particulières de s’inquiéter de l’évolution du marché immobilier chinois.

Par ailleurs, je ne pense pas que des entreprises comme Siemens ou Volkswagen prêtent attention aux déclarations alarmistes des fonds spéculatifs pour faire leurs choix d’investissement. Ils ont leurs propres sources d’information et ne se laissent pas intoxiquer par les hedge funds.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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