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Déchéance de nationalité : bien pire que le fiasco politique, l'écrasante responsabilité de ceux qui ont attisé les divisions de la société française en suggérant que l'objectif masqué de la réforme était de créer des catégories différentes de Français

Publié le 31 mars 2016
Le fiasco politique de la déchéance de la nationalité est dorénavant indéniable. Pour autant, il ne doit surtout pas éclipser le fiasco sociologique qu'il cache : le débat autour de la déchéance de nationalité, tel qu'il a été mené et remporté par un pan de la gauche de la gauche, est véritablement dangereux. Ses conséquences, tant pour le vivre-ensemble que pour la cohésion nationale pourraient être catastrophiques, à force d'avoir nourri l'idée de la mise en place d'un racisme institutionnel.
Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Le fiasco politique de la déchéance de la nationalité est dorénavant indéniable. Pour autant, il ne doit surtout pas éclipser le fiasco sociologique qu'il cache : le débat autour de la déchéance de nationalité, tel qu'il a été mené et remporté par un pan de la gauche de la gauche, est véritablement dangereux. Ses conséquences, tant pour le vivre-ensemble que pour la cohésion nationale pourraient être catastrophiques, à force d'avoir nourri l'idée de la mise en place d'un racisme institutionnel.

Atlantico : Pour François Hollande, le fiasco politique est total : après 4 mois de débats infructueux, la réforme constitutionnelle est abandonnée alors qu'une majorité de Français embrassaient l'idée de la déchéance de nationalité. En hurlant à la discrimination des Français binationaux, une partie de la gauche n'a-t-elle pas alimenté l'idée d'un racisme institutionnel ? Quel danger y a-t-il à laisser croire aux Français de confession musulmane qu'ils en seraient effectivement victimes ? 

Guylain Chevrier : On a, avec l’idée d’une loi sur la déchéance de la nationalité créé un malaise, dont il a résulté la déconfiture à laquelle nous assistons. Ce malaise vient tout d’abord du fait que le concept de nation est depuis longtemps victime de confusions et d’attaques, qui le rendent illisible. Sans commencer par y redonner du sens, toute entreprise dans ce domaine était vouée à l’échec. Dans déchéance de nationalité, il y a nationalité et dans nationalité, il y a nation. On sait combien ce concept a été capital pour la construction des démocraties contemporaines fondées sur le principe de souveraineté des peuples. C’est une association d’hommes libres dépassant leurs différences et intérêts particuliers pour fonder une société au destin commun, et donc fondée sur une volonté de vivre ensemble. Mais sait-on seulement aujourd'hui du côté de la tête de l’Etat ce que l’on veut vraiment mettre en commun pour faire ensemble société, pour faire nation ? Rien n’est moins sûr !

On a fait retour sur la nation avec ce sujet par la négative, alors que pour faire entendre ce qui était proposé il aurait fallu commencer par redonner des couleurs à la nation au lieu de continuer à l’abandonner au FN, lui redonner toute sa place dans les fondamentaux de notre République, sans quoi elle n’aurait pas d’existence. Il fallait redonner de la valeur collective et politique à la nation comme nous avons su le faire avec le drapeau tricolore, pour ne pas le laisser être confisqué par quiconque. C’était d’autant plus important que la gauche de la gauche ne cesse de décrier la nation accusée de sectarisme et le peuple d’égoïsme, au regard d’une demande de fin des frontières visant à laisser libre cours à l’immigration, de façon totalement irresponsable. Au lieu d’éclairer les consciences ici, on a laissé ce passif sans réponse en brûlant cette étape essentielle. Quelle occasion manquée ! Elle était à saisir pour faire marquer de nouveaux points à ce qui fait cadre commun, au rang de quoi la nation est une des dimensions incontournables, comme bien commun, cadre protecteur pour tous car souverain, en raison précisément de ses frontières.

La nation, a n’avoir ainsi été perçue que sous le signe d’une loi sur la déchéance de la nationalité telle qu’elle était proposée, n’était que punitive, à n’avoir pas fait en sorte de montrer avant tout ce qu’elle représentait et au nom de quoi le débat pouvait être ouvert. Une situation dont la gauche de la gauche s’est emparée pour faire avancer sa vision idéologique de rejet de la nation, les frontières étant en elles-mêmes désignées comme rejetantes, discriminantes, la nationalité elle-même montrée du doigt dans cet état d’esprit, comme un archaïsme, le tout nourrissant l’idée d’un racisme institutionnel français. Il n’y avait qu’un pas pour présenter cette loi de déchéance de nationalité comme une loi raciste, digne du régime de Vichy, en oubliant au passage que la déchéance de nationalité est déjà à l’article 25 du code civil, voulu non par Pétain mais par De Gaulle, pour l’inscrire dans les institutions de la Ve République. Ainsi, le message consistant à prétendre que cette déchéance de la nationalité stigmatisait les musulmans pouvait se frayer son chemin, et encourager encore un peu plus l’enfermement communautaire dans l’ombre duquel, la radicalisation peut faire son œuvre et les endoctrineurs leur travail. On sait qu’il existe aujourd’hui un lien entre communautarisation, radicalisation et djihadisme. On sait que l’un des arguments de l’endoctrinement procède de la diabolisation de la République, en interprétant les difficultés sociales rencontrées par les populations immigrées comme ayant pour ressort général un climat de discrimination et spécialement, de rejet de l’islam. Aussi, on a mis le pays encore plus en péril avec cette opération catastrophique, dans laquelle ce que l’on appelle « la pédagogie de la réforme », condition de sa réussite, a été totalement inexistante, par l’absence d’une campagne d’explication passant par une réappropriation de la nation.

Eric Deschavanne : Il faut distinguer deux questions : celle de la justesse de la prise de position et celle de la nature de l'argumentation. L'opposition à l'inscription de la déchéance de la nationalité dans la constitution est, sur le plan des principes, tout à fait justifiée. L'affirmation des principes a pour fonction de maintenir la cohérence et l'identité morale de la nation dans la durée, abstraction faite des circonstances et des idéologies du moment. Or, il est difficile sans incohérence d'affirmer que la République doit traiter les Français sans distinction d'origine, de race ou de religion tout en inscrivant dans la Constitution une mesure qui distingue les Français selon leurs origines. La déchéance de la nationalité pour les binationaux étant déjà prévue dans la loi, on pouvait sans doute envisager une modification de celle-ci. C'était plaidable. Mais l'inscription dans la constitution, c'était une aberration. 

Reste, et vous avez raison sur ce point, que cette opposition de principe ne justifie pas tous les arguments, tous les amalgames qu'on a pu lire ou entendre sur le sujet. Affirmer que le gouvernement avait pour projet de "stigmatiser" les Français binationaux, en particulier les musulmans, relevait du procès d'intention le plus bas et le plus stupide. Le discours de la victimisation des binationaux, les trémolos avec lesquels certains évoquaient leur mise au ban de la société française, avait quelque chose de parfaitement ridicule tant il était évident que la mesure ne pouvait concerner que les terroristes, à l'exclusion de tous les autres. Et il est vrai que cette pente argumentative conduisait à renforcer ceux qui (une partie de la gauche et les islamistes) dénigrent la République et dénoncent son prétendu racisme structurel ou son hostilité à l'égard des musulmans.

Ce genre de discours, visant à démontrer le racisme de la société française, persiste depuis déjà longtemps. S'il reparaît à l'occasion de ce débat et s'ancre dans l'actualité, n'est-il pas d'autant plus dangereux qu'il continue depuis des années ?

Guylain Chevrier : Effectivement, ce discours est récurrent et a fait du mal à nos valeurs collectives, à notre vivre ensemble. La mise en accusation de racisme systématique de la France est l’un de ces arguments fantasmé qui court-circuite tout débat sur les classes sociales depuis un bon moment. Les problèmes d’intégration sociale et professionnelle des immigrés, selon ceux qui portent ce discours, auraient pour cause  essentielle les discriminations.

S’il existe dans notre pays des faits de discriminations qu’il faut combattre, qui contrecarrent parfois l’intégration, ces personnes, comme les autres pour l’essentiel travaillent, se logent, leurs enfants allant à l’école, bénéficient des mêmes acquis sociaux, des mêmes prestations sociales, que les autres. Selon les données publiées par l’INSEE et l’INED, dans le cadre de l’enquête TeO (Trajectoires et Origines), si les pères immigrés appartiennent aux professions peu qualifiées, leurs fils connaissent une réelle promotion sociale. Si 62 % des pères occupent un poste d’ouvrier qualifié ce sont 74% de leurs fils qui en occupent un. Si les professions intermédiaires ne représentent que 9% pour les pères, il en va de 22% pour les fils. L’Observatoire des inégalités a publié une étude qui montre que les enfants d’immigrés réussissent aussi bien que les autres à classe sociale égale. C’est environ 100.000 personnes qui bénéficient de l’acquisition de la nationalité française par naturalisation chaque année en France. On dénombre environ 1500 plaintes par an au motif des discriminations. Les premiers critères sont ceux du handicap et de l’origine avec environ (23%), mais celui par exemple des religions ne représentent que 2,2% du total [1].

On a fabriqué avec ce discours de victimisation à outrance une justification à l’auto-exclusion qui fonde le refus du mélange au-delà de la communauté de croyance, le repli communautaire jusqu'au communautarisme et plus loin encore, un argument de poids pour ceux qui sont dans l’endoctrinement à la radicalisation.

Eric Deschavanne : En effet, cette incrimination de la France remonte aux années 70. C'est une conséquence à la fois du retour critique de la mémoire de la période Vichy et de l'apparition du problème de l'immigration arabo-musulmane sur la scène publique. C'est alors qu'on a commencé à valoriser le droit à la différence, le métissage, la diversité et le multiculturalisme, à défendre le droit des minorités, et que la sensibilisation au racisme, aux discriminations, à la "stigmatisation" des minorités s'est exacerbée, pour le meilleur et pour le pire. On a également assisté à la montée en puissance d'un antagonisme entre deux conceptions de l'antiracisme radicalement contradictoires, qui ont dans un premier temps (les années 80) confusément co-existées au sein des mouvements antiracistes. L'antiracisme républicain "classique" prône l'indifférence ou l'aveuglement à la race et, d'une manière générale, aux différences, pour ne considérer que l'individu, le citoyen, la République "une et indivisible". Cet antiracisme est universaliste et refuse en principe de distinguer entre les catégories de victimes. L'autre antiracisme, celui qui hurle aujourd'hui sa détestation de la République, de son néo-colonialisme interne et de son racisme structurel, est fondé sur la dénonciation de l'universalisme abstrait qui constitue le socle philosophique de la République.  Le modèle de l'argumentation est celui de l'argumentation féministe qui dénonçait "l'universel masculin" : l'universalisme - l'aveuglement aux différences -  constituerait le masque de la domination et d'une discrimination structurelle qui se donne les moyens de ne pas se reconnaître pour telle. Dans cette perspective, les principes républicains ne sont que de la fausse monnaie, et il importe de souligner les différences entre les catégories (genres, races, religions, etc.) afin de mieux mettre en évidence les rapports de domination tout en organisant la lutte. 

Ces deux antiracismes se sont récemment radicalisés. On a vu les députés français - poussant le principe de l'aveuglement à la race jusqu'à l'absurde - supprimer le mot  "race" de la législation, tandis que, sur l'autre bord de l'antiracisme, on élaborait un "racisme positif", en prônant la reconnaissance des races (comme catégories sociales), les statistiques "ethniques" (c'est-à-dire raciales) et la discrimination positive, voire, pour les extrémistes, la lutte des races. Les circonstances du moment renforcent ce clivage, lequel devient une ligne de fracture de la gauche. On assiste à un renouveau des valeurs républicaines (illustré par le mouvement du "Printemps républicain"), considérées comme le socle des valeurs autour desquelles il est souhaitable et possible de rassembler les Français de toutes origines et de toutes religions contre la menace islamiste, tandis que l'antiracisme anti-républicain voit dans ces circonstances et cette renaissance une nouvelle occasion de victimiser les musulmans ou les Français d'origine immigrés, de dénoncer la stigmatisation dont ils sont victimes et le racisme structurel de la France.

Cette gauche de la gauche, qui craint la création de deux catégories de Français, n'exempte-t-elle pas ainsi les victimes qu'elle désigne comme telles de toute responsabilité individuelle ? 

Guylain Chevrier : Précisément, c’est tout le problème, et on l’a vu à l’occasion de la sortie de l’ouvrage d’Emmanuel Todd, qui justifiait de ne pas être tous Charlie, défendant que ceux qui avaient manifesté ensemble le 11 janvier suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, constituaient une France raciste qui s’ignore, manipulée par le système. Les discours conspirationnistes que l’on rencontre aujourd'hui sur les réseaux sociaux en sont la continuité, qui prétendent que les attentats ne seraient que des manœuvres dilatoires pour attaquer les musulmans. Et surtout, l’explication qui consiste à faire des terroristes des victimes d’une France raciste qui auraient ainsi agi en réaction à l’injustice, balaye toute idée de responsabilité individuelle et donc par là-même, tout ressort religieux qui ne serait là que comme décor et pas comme cause. 

Eric Deschavanne : Encore une fois, tout dépend de l'argumentation employée. La confusion des logiques argumentatives était présente dans ce combat comme dans le combat antiraciste. Tant que l'argumentation reste sur la ligne de crête de la défense des principes républicains, elle ne prête pas le flanc à cette critique. Rares sont ceux, il faut bien le reconnaître, qui sont capables d'être parfaitement cohérents dans leurs prises de position et leurs argumentations. D'autant qu'en politique, les intérêts idéologiques, voire les intérêts tout court, viennent souvent corrompre les envolées sur les grands principes. On peut par exemple souligner que cette gauche pointilleuse sur la nécessité de ne pas distinguer deux catégories de Français fut et reste oublieuse de ce même principe quand il est question de la parité, laquelle heurte le dit-principe de manière bien plus évidente que la déchéance de la nationalité. Il faut rappeler que le Conseil constitutionnel a toujours censuré les mesures en faveur de la parité, qu'il a fallu changer la constitution pour pouvoir faire des lois qui introduisent la parité en politique. La parité, par définition, repose sur la distinction de deux catégories de Français, et même deux catégories d'êtres humains, les hommes et les femmes. La parité, ce n'est pas l'égalité des individus abstraction faite de leurs différences, mais l'égalité des groupes fondée sur la reconnaissance explicite de leurs différences. Les mesures en faveur de la parité, fondées sur la dénonciation du sexisme structurel, ont été en France le cheval de Troie de la discrimination positive : les antiracistes différencialistes et antirépublicains n'ont qu'à suivre la voie tracée. 

Quel pourrait être le prix de ce genre de prophéties auto-réalisatrices dans un avenir proche dominé par le risque de radicalisation islamiste de certaines populations fragiles ?

Guylain Chevrier : Le débat sur la déchéance de nationalité a donné de très mauvais signes à tous et contribué à encore plus brouiller des repères communs en crise. On a donné l’impression, par manque d’explication, de viser une population particulière lorsque ce que l’on visait c’était des terroristes qui, s’ils trouvent dans l’islam peu ou prou leur raison d’agir, sont avant tout des criminels qui veulent imposer leur loi, la loi religieuse par une violence aveugle. On a aussi encouragé à penser à travers cette reculade, cette débandade, que l’Etat n’a plus aucune autorité, qu’il ne tient jamais ce qu’il dit, nourrissant une tendance à chercher à l’extrême droite, même si c’est illusoire, le recours à un pouvoir fort. On a aussi contribué, avec ce brouillage de l’idée de nation, à renforcer un discours anti-nation d’un côté et de confiscation de celle-ci, par le FN, de l’autre. Carton plein ! 

Voilà comment l’intégration est définie comme un beau projet humaniste et laïque tel que le Haut Conseil à l’Intégration a pu le proposer : «  Sans nier les différences, en sachant les prendre en compte sans les exalter, c’est sur les ressemblances et les convergences qu’une politique d’intégration met l’accent afin, dans l’égalité des droits et des obligations, de rendre solidaires les différentes composantes ethniques et culturelles de notre société et de donner à chacun, qu’elle que soit son origine, la possibilité de vivre dans cette société… » Voilà le sens que l’on devrait donner à la nation, à travers cette primeur au bien commun sur ce qui nous différencie sans devoir renoncer pour autant à nos identités particulières, si l’on veut conjurer les dangers liés aux replis communautaires qui génèrent le communautarisme, sinon, la radicalisation.

Comment expliquer que le président n'ait pas vu venir les problèmes posés par une obstruction de gauche à cette réforme ?

Eric Deschavanne : Le président a mésestimé, ce qui est étonnant de sa part, la force du "symbole" que représentait cette question de principe à gauche. La gauche est aujourd'hui profondément et irrémédiablement clivée sur deux sujets majeurs : la question économique (social-libéralisme contre socialisme anti-libéral) et la question identitaire (républicains contre multiculturalistes). La question du droit de la nationalité, la défense de l'intégrité du droit du sol notamment, est probablement l'une des rares questions susceptibles de faire consensus à gauche pour reconstituer, éventuellement, un clivage gauche/droite. Les deux conceptions antagonistes de l'antiracisme que j'ai évoquées précédemment sont réunies dans l'hostilité à l'inscription de la déchéance de la nationalité dans la constitution, laquelle rassemble également Macron et les "frondeurs". Un républicain de gauche sourcilleux peut par par exemple, au nom du refus de dissocier citoyenneté et nationalité, dénoncer à la fois la proposition de donner le droit de vote aux étrangers et celle d'inscrire la déchéance de la nationalité des binationaux dans la constitution. Le consensus était donc fort, et Hollande ne pouvait pas jouer seul contre son camp, d'autant qu'à droite il s'est trouvé quelques voix fortes (François Fillon par exemple) pour souligner l'inanité de cette réforme constitutionnelle.

En voulant jouer au plus malin, c'est-à-dire en jouant la carte de la "triangulation" et du populisme tout en foulant aux pieds les principes républicains, Hollande s'est définitivement discrédité auprès de ses propres troupes. Pire, il s'est discrédité comme homme d'État. Car, en ces circonstances difficiles, l'important est de combattre sans merci l'islamisme sans se renier. La déchéance de la nationalité n'était pas à cet égard le bon symbole. Le bon symbole, cela aurait été de choisir ne pas toucher à la constitution, de ne pas donner le sentiment de porter atteinte aux principes républicains, de manière à montrer que l'identité morale et politique de la France demeurait inébranlable dans l'adversité. 

[1] Rapport du défenseur des droits. Chiffres que la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité avait déjà mis en évidence (Remplacée par le défenseur des droits en 2011).

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Langelot19
- 08/04/2016 - 21:51
erreur d'analyse
contrairement à ce que dit l'article, beaucoup de français issus de l'immigration se sont senti immédiatement pointés du doigt dès l'annonce du maintien du projet - à l'heure où on prétendait resserrer les liens de la nation, la démarche de hollande était remarquablement... contradictoire
Solognitude
- 01/04/2016 - 00:53
conclusion bis....
Malgré toute la science politicienne dont on l'affuble, comme la roublardise et l'enfumage qui le caractérise, notre conducator de Tulle s'est encore pris les pieds dans le tapis!
jojo318610
- 31/03/2016 - 13:25
@ le gorille:
A part sa langue, je ne vois pas.