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Lutte contre le gaspillage alimentaire : tour d'horizon des initiatives
Publié le 13 mars 2016
L’adoption récente en France d’une loi ou l’inauguration en février au Danemark d’un magasin de produits alimentaires périmés montrent que les initiatives se multiplient en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire.
Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
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L’adoption récente en France d’une loi ou l’inauguration en février au Danemark d’un magasin de produits alimentaires périmés montrent que les initiatives se multiplient en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire.

Tout le monde s’accorde pour affirmer que le gaspillage et les pertes alimentaires sont un fléau contre lequel il faut à tout prix lutter. Rappelons quelques données assez éloquentes en la matière. D’après la FAO, chaque année en moyenne pas moins de 30 % de la production alimentaire mondiale serait perdue ou gaspillée. Cela représente environ 1,3 milliard de tonnes de nourriture destinée à la consommation humaine et jusqu’à 1,6 milliard de tonnes de produits de base si l’on ajoute production comestibles et non-comestibles. Seraient ainsi perdus en moyenne chaque année 45 % des fruits et légumes et des racines et tubercules, 35 % des poissons et fruits de mer, 30 % des produits céréaliers, 22 % des oléagineux et légumineux et 20 % de la viande et des produits laitiers. Cela représente donc une perte économique notable pour les agriculteurs et autres producteurs de denrées alimentaires.

En effet, 28 % de la superficie agricole mondiale, soit 1,4 milliard d’hectares, et 250 km3 d’eau, un volume d’eau trois fois supérieur à celui du Lac Léman, seraient utilisés pour produire de la nourriture qui est soit perdue, soit gaspillée. Cette production inutilisée parce que perdue ou gaspillée contribuerait au rejet dans l’atmosphère de 3,3 milliards de tonnes de CO2 équivalent gaz à effet de serre, sans parler du méthane dégagé par les décharges dans lesquelles cette nourriture finit. La FAO estime ainsi le coût des pertes et des gaspillages alimentaires dans le monde à 2 600 milliards de dollars par an, dont 750 milliard de coût économique direct.

Il est par conséquent évident que la lutte contre le gaspillage et les pertes alimentaires doivent être une priorité absolue si l’on veut satisfaire les besoins nutritifs croissants dans le monde tout en veillant à l’impact environnemental de la production agricole. La multiplication des initiatives en la matière ces dernières années tendent néanmoins à montrer que les mentalités commencent à évoluer.

Une loi sur le gaspillage alimentaire

La première de ces initiatives est bien entendu l’adoption à l’unanimité par le Sénat le 3 février dernier de la proposition de loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire, que l’Assemblée nationale avait elle aussi adoptée à l’unanimité le 9 décembre. Cette proposition de loi, qui avait été initialement signée et soutenue par plus de 300 députés, a été promulguée par le Président de la République le 11 février. WikiAgri vous avait d'ailleurs annoncé son arrivée il y a un an. Elle prône notamment l’" utilisation des invendus propres à la consommation humaine, par le don ou la transformation " ou encore la " valorisation destinée à l’alimentation animale ", ou l’" utilisation à des fins de compost pour l’agriculture ou la valorisation énergétique, notamment par méthanisation ". Elle interdit ainsi aux distributeurs de rendre impropres à la consommation les denrées alimentaires encore consommables qui n’ont pas été vendues, comme c’était le cas jusqu’à présent, notamment par javellisation, et facilite les dons des grandes surfaces aux associations caritatives des invendus alimentaires encore consommables. Cette lutte contre le gaspillage est également intégrée dans la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Ces dernières pourront désormais faire valoir leurs actions en la matière. Enfin, l’éducation à cette lutte pourra s’effectuer dès l’école. Cette législation s’inspire notamment d’un rapport rédigé sur le sujet par le député Guillaume Garot, Lutte contre le gaspillage alimentaire : proposition pour une politique publique, qui avait été remis au Premier ministre en avril 2015. Celui-ci reprenait à son compte la préconisation du Parlement européen appelant à réduire de moitié le gaspillage d’ici 2025.

De nombreuses initiatives européennes

C’est sur le continent européen que cette préoccupation semble être la plus répandue. Les institutions européennes en ont même fait l’une de leurs priorités. Depuis le 1er juillet 2009, la Commission européenne a ainsi assoupli les règles de calibrage et de présentation pour 26 fruits et légumes (sur un total de 36) : abricots, ail, artichauts, asperges, aubergines, avocats, carottes, cerises, courgettes, haricots, oignon, etc. Les fruits et légumes non " calibrés ", n’ayant donc pas une esthétique parfaite car trop petits ou trop gros ou présentant des défauts, sont donc autorisés à la vente. En revanche, ne sont pas concernés par cet assouplissement de nombreux fruits comme les agrumes, les fraises, les pommes, les pêches et nectarines, les poires et les tomates.

La Commission a également publié un rapport sur le gaspillage alimentaire en octobre 2010 qui indique que, si rien n’est fait, celui-ci augmenterait de 40 % d’ici 2020. En 2012, le Parlement européen a adopté quant à lui une résolution qui visait à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025 et à améliorer l’accès à la nourriture pour les personnes les plus déshéritées. 2014 a été également l’année européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire. Enfin, la Commission européenne a publié en octobre 2015 une vaste enquête d’opinion sur cette question. Les consommateurs européens paraissent être ainsi conscients de leur responsabilité puisque 76 % des personnes interrogées estiment que ce sont eux qui ont un rôle clef à jouer dans la prévention du gaspillage alimentaire, devant les distributeurs et la restauration collective (62 %), l’industrie agroalimentaire (52 %) et les autorités publiques (49 %).

La belle histoire des " Gueules cassées "

En matière de lutte contre le gaspillage alimentaire, l’une des initiatives d’origine privée qui a sans doute rencontré le plus grand succès a été celle des Gueules cassées. Le logo Les gueules cassées a été créé en 2012 par un groupe de producteurs de fruits et légumes et de consommateurs français. Il s’agit de la " première marque mondiale antigaspi ". Les produits qui ont le logo " Les Gueules cassées " et qui n’étaient pas conformes auparavant aux standards de la grande distribution et du goût des consommateurs, sont commercialisés à un prix réduit par rapport aux produits " calibrés ". Ce logo concerne trois types de produits : (1) des fruits et légumes ayant des petits défauts de forme, d’aspect ou de calibre (les producteurs collent alors l’étiquette des " Gueules cassées " sur ces produits qui seront vendus 30 % moins cher) ; (2) des produits proches de la date limite de consommation (DLC) vendus avec une réduction de 30 % ou de 50 % ; (3) des gammes de produits ayant des défauts d’aspect minimes ou ne correspondant pas au cahier des charges des fabricants, mais qui ont tout de même des qualités équivalentes aux produits " conformes ", par exemple un camembert (ils sont également vendus -30 %).

Le succès de cette initiative a été très important. D’après le site internet des " Gueules cassées ", plus de 12 millions de produits ont désormais ce label dans 5 000 points de vente. D’après le fondateur du collectif Les Gueules cassées, Nicolas Chabanne, ce succès serait lié en grande partie au logo lui-même, plutôt décalé et humoristique – il est représenté par une petite pomme édentée –, mais aussi au fait que chacun des acteurs impliqués, notamment les producteurs, s’est rapidement investi dans cette logique anti-gaspi. Les producteurs peuvent, en effet, valoriser et vendre des produits ayant un défaut alors qu’auparavant, ils devaient tout simplement les jeter. Nicolas Chabanne explique, en effet, que cette idée a émergé lorsque l’un de ses amis producteur d’abricots de qualité voyait ceux-ci systématiquement rejetés par les grandes surfaces parce qu’ils n’étaient pas " calibrés " : " lorsque vous voyez un abricot cueilli à maturité qui offre des qualités gustatives optimales mais qui est jeté parce qu’il n’est pas assez rond, pas assez gros ou pas de la bonne couleur, cela fait mal au cœur. On s’est dit qu’il fallait essayer de ne plus écarter ces produits uniquement pour des raisons esthétiques mais de les revendre 30 % moins cher que l’offre traditionnelle en GMS ". Il indique à ce propos que 30 % de la production de fruits et de légumes est ainsi jetée, dont une proportion entre 8 et 15 % pour des raisons esthétiques. Au total, quelque 800 producteurs participeraient à cette initiative. Les consommateurs, quant à eux, peuvent devenir les " ambassadeurs de la lutte anti-gaspi ", notamment en contactant le supermarché dans lequel ils font le plus souvent leurs courses pour leur proposer de participer à cette initiative.

Il existe quatre symptômes de la réussite des Gueules cassées : (1) cette initiative a été exportée dans 25 pays, (2) le fonds d’investissement américain Global Emerging Markets devrait investir 6 millions d’euros dans le développement de ce concept sur le continent américain et au Moyen-Orient, (3) en 2016, le collectif doit rédiger un rapport sur le sujet pour la FAO, (4) enfin, celui-ci a mis en place plusieurs partenariats avec des groupes de la grande distribution. C’est en particulier le cas avec le groupe Carrefour, qui a lancé fin 2015 sur la base de ce partenariat la marque " Tous antigaspi " avec le logo des " Gueules cassées ". D’autres groupes de distribution suivent la démarche du collectif : Monoprix avec la marque " Quoi ma gueule ? " ou Leclerc avec les produits " Gueules cassées ".

Un supermarché de produits périmés au Danemark

Le 22 février dernier a été inauguré à Copenhague un nouveau type de supermarchéWeFood en présence de la ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche Eva Kjer Hansen et de la princesse Marie, l’épouse du fils de la Reine. Le Danemark est, en effet, l’un des pays " pionnier " en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. Un rapport officiel récemment publié a ainsi indiqué que le gaspillage dans le pays aurait été réduit de 25 % en l’espace de cinq ans. Des associations comme Stop Wasting Food semblent avoir un joué un grand rôle dans ce domaine en incitant la grande distribution à faire de cette lutte l’une de ses priorités et les consommateurs danois à changer de mentalité. Sous l’impact de ces associations, les consommateurs danois en sont venus progressivement à considérer que le fait d’acheter des produits proches de la date de péremption n’était plus nécessairement un signe de pauvreté, mais plutôt une source de fierté de pouvoir ainsi contribuer à la lutte contre le gaspillage.

Le supermarché WeFood a été créé suite à une campagne de financement participatif par une ONG danoise Folkekirkens Nodhjaelp, proche de l’Eglise, et il est géré par des bénévoles. Il s’agit d’une grande surface qui commercialise des fruits, des légumes, de la viande, du pain, des produits surgelés et des aliments secs qui auraient dû être normalement jetés soit parce que la date de consommation a été dépassée, soit parce qu’ils sont inesthétiques, soit parce que leur emballage a été endommagé. Ces produits sont vendus à un prix inférieur de 30 à 50 % par rapport aux grandes surfaces traditionnelles.

L’ONG a dû bien entendu négocier avec les autorités publiques car la législation danoise stipule que la vente de produits périmés est interdite. Pour s’approvisionner, WeFood a établi des partenariats avec l’une des principales chaînes de supermarché danoise Fotex, des supermarchés et des boucheries locaux, mais aussi des importateurs. Les surplus de nourriture peuvent également provenir de restaurants ou de cafés. D’après le journal local Copenhagen Post, l’ouverture du magasin a rencontré un grand succès, même meilleur que ce qui était anticipé par ses créateurs. D’autres magasins WeFood pourraient ouvrir leurs portes prochainement au Danemark.

La spécificité de WeFood est qu’il ne se présente pas nécessairement comme un " supermarché social " dont les produits sont destinés aux plus déshérités, comme il en existe beaucoup en Europe sous la forme de magasins de déstockage alimentaire qui vendent à des prix réduits des produits dont la date limite d’utilisation optimale (DLUO) a été dépassée. WeFood vise avant tout le grand public dans un souci de lutter contre le gaspillage. Ainsi, que l’affirme Per Bjerre, de l’ONG Folkekirkens Nodhjaelp dans le quotidien britannique The Independent, " WeFood est le premier supermarché de ce genre au Danemark et peut-être dans le monde car il ne vise pas seulement les consommateurs à faibles revenus, mais toutes les personnes qui sont préoccupées par la quantité de déchets alimentaires produits dans le pays ".

La grande distribution se met au " moche "

La grande distribution plus traditionnelle s’investit également depuis quelques années dans cette lutte dans un contexte où les consommateurs se montrent davantage soucieux de leur pouvoir d’achat. On a pu le voir avec les partenariats établis par le collectif des " Gueules cassées ". Une autre initiative remarquée ces dernières années a été celle du groupe Intermarché et de sa campagne sur les fruits et les légumes " moches " qui a rencontré un franc succès et qui a marqué les esprits. Cette campagne de l’agence Marcel, qui expliquait que " les fruits et légumes moches sont aussi bons qu’ils sont moches ", a d’ailleurs obtenu le Grand prix Stratégies de la publicité 2014 décerné par le magazine Stratégies.

Le supermarché " test " a été celui de Provins en Seine-et-Marne où pendant deux jours au mois de mars 2014 des fruits et légumes " moches " ont été proposés à la vente à un prix 30 % moins cher que les fruits et légumes standards, dits " calibrés ". Il s’agissait de 1 200 kg de carottes, de pommes et d’oranges, tandis que des jus d’orange et des soupes de carottes étaient réalisés sur place avec des produits non calibrés pour être offerts aux clients afin de leur montrer que ces produits " moches " étaient néanmoins bons. L’expérience a été jugée réussie. La propriétaire du magasin Marie-Sophie Ferté expliquait d’ailleurs dans LSA le 21 mars 2014 que " c’est une étape importante, car c’est la première fois que la grande distribution, qui a imposé la standardisation des fruits et légumes, fait son mea culpa ". Depuis, Intermarché a commercialisé des biscuits moches et a lancé en janvier 2016 les " boîtes moches " (boîtes de conserves).

Le numérique au service de la lutte contre le gaspillage alimentaire

Les technologies numériques sont également un outil très utile qui est mobilisé pour lutter contre les gaspillages. Trois types d’initiatives peuvent être mentionnés à cet égard. La première vise tout simplement à mettre en contact des structures qui ont des surplus de nourriture avec des organisations caritatives qui viennent en aide aux plus nécessiteux. C’est le cas, par exemple, en Grande-Bretagne de la plateforme numérique Neighbourly Food. Ses créateurs sont partis de deux constats. Le premier est que chaque année environ 4,3 millions de tonnes de nourriture était gaspillées dans le pays par l’industrie agroalimentaire et la distribution. Le second est que seulement 2 % de ces surplus étaient redistribués aux associations caritatives. La plateforme met donc en contact des professionnels (distributeurs, industriels, etc.) ayant des surplus alimentaires avec des associations caritatives. Les premiers indiquent sur la plateforme le type de nourriture (fruits, légumes, œufs, boulangerie, confiseries, etc.), sa localisation et la date d’expiration. Les associations caritatives peuvent alors récupérer ces denrées. Son objectif est donc tout simplement de distribuer la nourriture à ceux qui en ont le plus besoin. D’autres plateformes reprennent ce même concept, comme Copia aux Etats-Unis ou FoodWe en Belgique (sur cette plateforme, les surplus alimentaires peuvent aussi être vendus à un tarif réduit). De façon assez similaire, l’application pour smartphone Olio en Grande-Bretagne permet à des entreprises ou des particuliers d’échanger leurs surplus alimentaires. Elle ne vise pas nécessairement les associations caritatives et ces surplus peuvent être vendus.

Le second type d’initiative consiste à aider les consommateurs à identifier dans les grandes surfaces les produits vendus à un tarif réduit parce que proches de leur date limite de consommation. Deux étudiants bretons ont ainsi créé en 2012 une plateforme appelée zéro-gâchis.com. Elle permet de référencer de façon gratuite les produits qui sont proches de leur date de péremption et qui bénéficient en conséquence d’une importante réduction dans des magasins près de son domicile. Les magasins référencés par la plateforme disposent d’une zone " zéro-gâchis " en leur sein, généralement dans le rayon produits frais, où l’on peut retrouver les produits en question.

Enfin, le troisième type concerne les producteurs en tant que tels. En Californie, la plateforme Cropmobster vise à lutter contre le gaspillage alimentaire en permettant aux producteurs eux-mêmes ou à des distributeurs de mettre leurs surplus de production à la disposition d’associations caritatives ou d’autres bénéficiaires. Les producteurs publient une alerte sur le site. La nourriture peut être donnée ou bien vendue. Les personnes qui la récupèrent sont des associations caritatives, mais aussi des particuliers ou des petites entreprises.

La lutte contre le gaspillage de nature collaborative

Il existe également un anti-gaspillage de type collaboratif qui est donc basé sur le partage et qui semble être très développé en Allemagne. L’association Lebensmittelretten a créé à Berlin le principe de réfrigérateurs en libre-service ou partagés. Les bénévoles de l’association récupèrent les produits alimentaires non périmés qui n’ont pas été vendus par les grandes surfaces et les restaurants. Ils sont alors déposés dans les quelques 25 frigos dispersés dans la ville. Les particuliers peuvent également y déposer de la nourriture. N’importe qui peut alors récupérer les denrées alimentaires se trouvant dans ces réfrigérateurs. C’est bien entendu en particulier le cas des plus démunis. Les autorités sanitaires de la ville ont néanmoins indiqué récemment que les conditions d’hygiène n’étaient pas toujours réunies et menacent de remettre en cause cette pratique. Cette association a également développé une plateforme numérique équivalente à celles de Neighbourly Food, de Copia ou de FoodWe.

Les Allemands sont également les créateurs du concept de " Schnippel Disko ". La première a été organisée à Berlin en janvier 2012 par le mouvement Slow Food Youth Deutschland. 200 personnes se sont alors réunies à Berlin pour éplucher et découper 1,2 tonne de légumes non " conformes " aux yeux de la grande distribution pour produire une « soupe protestataire » et dénoncer ainsi le gaspillage alimentaire. L’équivalent français s’appelle Disco SoupeCe mouvement, qui a été créé en mars 2012, vise à sensibiliser le public sur la question du gaspillage alimentaire. Pour cela, il organise des " sessions collectives et ouvertes de cuisine de fruits et légumes rebuts ou invendus dans une ambiance musicale et festive ". Les soupes, salades ou jus de fruit ainsi produits sont alors soit distribués gratuitement, soit vendus " à prix libre ". Feeding the 5000 procède de la même manière en organisant depuis 2009 un peu partout dans le monde des banquets pour 5 000 personnes à l’aide de produits qui auraient dû être jetés.

Il existe bien d’autres initiatives intéressantes en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire comme la tentative d’introduction d’un doggy bag à la française avec la boîte commercialisée par la société française TakeAway, celle de Tropbonpourgaspiller, qui peut même passer au micro-ondes, ou encore le Gourmet Bag à Lyon. Le site Rest-o-Resto permet de trouver les adresses de restaurants qui autorisent cette pratique. On peut mentionner également les initiatives de la restauration collective : le principe " Zéro Gaspil " dans les cantines scolaires ou l’opération " Moins de miettes, c’est plus d’assiettes " de Sodexo dans les restaurants d’entreprise.

La nécessaire évolution des mentalités des consommateurs

Quoi qu’il en soit, la clef du changement des comportements en matière de gaspillage alimentaire réside dans une évolution des mentalités, en particulier de la part des consommateurs. (1) Il faut tout d’abord arrêter de trouver normal de jeter en masse des denrées alimentaires, y compris encore dans leur emballage. (2) Il faut arrêter d’assimiler beau et bon dans le choix de ses fruits et légumes. Nicolas Chabanne pense à ce propos que " les gens se sont rendu compte que le beau n’était pas toujours synonyme de bon. Cela a pris du temps mais il n’y aura pas de retour en arrière ". (3) Il faut arrêter de considérer qu’acheter des produits proches de la date limite de consommation, en particulier dans les magasins spécialisés en la matière, est une attitude de pauvre susceptible d’être un facteur de stigmatisation. (4) Il faut arrêter de considérer qu’emporter les restes de son repas au restaurant dans un doggy bag est une attitude étrange, " radine " ou " ringarde ", etc. etc.. Au total cette mentalité basée sur l’image que l’on veut donner de soi ou que l’on a de la nourriture et une vision de la société de consommation fondée sur l’idée d’une abondance des produits, d’une utilisation sans limite de ressources inépuisables et de la liberté de changer d’avis à tout moment – j’achète un produit et finalement, je ne n’en veux plus –, tout cela coûte très cher à la collectivité.

En clair, nous devons arrêter de nous comporter comme les enfants gâtés de la société de consommation en oubliant combien la nourriture est difficile à produire et même quelque part un peu sacrée. On peut néanmoins être optimiste de ce point de vue si l’on suit l’analyse de Nicolas Chabanne qui dit être " intimement convaincu " que " la notion de produits moches va tendre à disparaître, pour donner lieu à une grande famille unique de produits. Cela prend du temps d’expliquer tout cela aux consommateurs et de faire changer les mentalités mais la transformation est en cours ". On ne peut que l’espérer.

 

Cet article a été originellement publié sur le site WikiAgri

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ciorane
- 14/03/2016 - 15:52
Ramassage des poubelles
Il faut commencer par le paiement des ordures ménagères au poids (ou au volume). Certaines villes ont adopté cette méthode et ont vu le contenu des poubelles diminuer considérablement. Chez moi 2 ramassages par semaine de déchets ménagers. Ca ressemble fort à une incitation au gaspillage ou tout au moins au non-tri.