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Et l’austérité fit une nouvelle victime ou l’incroyable talent des banques pour déplorer des effets dont elles chérissent les causes
Publié le 15 février 2016
Le secteur financier vit un très mauvais début d'année 2016. En cause, la conjoncture certes. Mais comme nous le rappelle Francesco Saraceno, les entreprises d'austérité et de réformes voulues par l'Europe ces dernières années ne sont pas pour rien dans ce marasme.
Francesco Saraceno est économiste senior au sein du département Innovation et concurrence de l'OFCE. Il est également signataire de la tribune : The economist warning. Vous pouvez le suivre sur son compte twitter : Francesco Saraceno.
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Le secteur financier vit un très mauvais début d'année 2016. En cause, la conjoncture certes. Mais comme nous le rappelle Francesco Saraceno, les entreprises d'austérité et de réformes voulues par l'Europe ces dernières années ne sont pas pour rien dans ce marasme.

Atlantico : Après un début d'année catastrophique sur les marchés pour les banques européennes, du fait notamment de la crainte de voir passer les taux des banques centrales en territoire négatif, traduisant ainsi une situation économique en dégradation, en quoi peut-on estimer que le secteur financier serait la dernière victime en date des politiques d'austérité qui ont été menées en Europe ?

Francesco Saraceno : La tempête qui secoue le secteur financier a des raisons multiples qui vont du ralentissement de l'économie chinoise et des pays émergents au prix du pétrole qui déstabilise l'économie, et aux risques, probablement surestimés, d'une nouvelle récession dans les pays avancés.

Mais il existe des raisons plus structurelles, et donc plus inquiétantes à ces difficultés. Le secteur financier européen souffre d'un côté d'une faiblesse persistante de l'économie européenne qui – du fait de sa durée précisément – est en train de se muter en une stagnation séculaire. Les deux piliers des politiques menées par les pays européens depuis 2010, l’austérité et les réformes, ont formé un cocktail explosif plombant notre économie. Le taux "naturel" (concept par ailleurs flou) a chuté, et il a entraîné avec lui les taux directeurs de la BCE et les taux de marché. En outre, la réforme de la gouvernance financière, comprenant les normes sur les aides d'état aux banques (approuvées en 2013) et sur la résolution bancaire ajoutés au bail-in (entré en vigueur le 1 janvier 2016), forcent les banques à augmenter leurs ratios de capital pendant que, du fait de la faiblesse de l'économie, la demande de crédit ne redémarre pas. C'est l’énième preuve que le temps choisi pour lancer des politiques est crucial. Des bonnes politiques mises en place au mauvais moment peuvent échouer.

Nicolas Goetzmann : L’incapacité européenne à se sortir de cette crise depuis 8 ans a un coût. Un coût pour la population à travers le chômage et la stagnation des revenus. Un coût pour les entreprises, pour l’Etat lui-même, mais également pour les banques. Les politiques d’austérité menées en Europe ont empêché toute possibilité de sortie rapide de crise, mais, avec le temps, une crise conjoncturelle produit des effets structurels. Des usines disparaissent, le niveau de qualification général stagne, les investissements se réduisent, ce qui conduit à diminuer le potentiel de croissance européen.

Or, les taux d’intérêts sont le reflet des anticipations de croissance et d’inflation, et la durée de la crise a participé à réduire les taux d’intérêts à long terme, ce qui réduit fortement la capacité des banques à maintenir des niveaux de marge satisfaisants. En conséquence, et bien qu’il ne s’agisse que d’un effet parmi d’autre, les banques sont bel et bien victime, aujourd'hui, de ces politiques d’austérité.

Dans un tel contexte, comment expliquer que certains lobby bancaires, notamment en Allemagne, s'opposent vigoureusement aux plans de relance menés par la banque centrale européenne ? Que signifie cette contradiction ?

Francesco Saraceno : L'effet du QE (assouplissement quantitatif) sur la profitabilité du secteur bancaire n'est pas du tout clair. Certes, les taux négatifs sur les réserves excédentaires sont équivalentes à un impôt. Mais il ne faut pas oublier que c'est précisément le but de ces mesures, de forcer les institutions financières à ne pas garer l'énorme masse de liquidité disponible auprès de la banque centrale. En outre, les réserves excédentaires restent, même en ce contexte de liquidité abondante, une partie infime des actifs des banques européennes. Il ne faut par ailleurs pas oublier que la branche détail de la majorité des grandes banques se porte plutôt bien. Même celle de Deutsche Bank! Il est clair que les banques voudraient continuer à profiter de liquidité copieuse et ne pas être taxées. Mais je pense qu'on peut, somme toute, ne pas prendre cette demande trop au sérieux.

Nicolas Goetzmann : Par la force d’inertie. Les lobbys bancaires luttent toujours contre la régulation et des impositions plus élevées, ce qui a notamment conduit les banques allemandes à soutenir les politiques d’austérité. Or, le contexte macroéconomique a été bouleversées, et les causes « utiles » hier le sont beaucoup moins aujourd'hui, et paraissent plutôt contre productives. Ces banques soutiennent une politique qui les fragilise et s’opposent à toute relance alors qu’il s’agit de leur seul moyen de survie. Les banques américaines sont dans une bien meilleure situation justement parce que la Fed est intervenue plus tôt et plus fort que la BCE. Les taux bas ne sont pas la conséquence de l’action de la BCE, ils sont la conséquence de son absence d’action pendant plusieurs années. Les banques allemandes se battent becs et ongles contre la seule mesure qui pourrait provoquer une hausse des taux longs, et ainsi un retour des marges bancaires. C’est un spectacle amusant à regarder. Les banques françaises n’ont pas été plus éclairées sur ces questions. Le secteur financier européen se tire une balle dans le pied.

Quels sont les leviers à la disposition des autorités publiques pour rééquilibrer la situation ? 

Francesco Saraceno : Il y a un levier lié au secteur bancaire qu'il faudrait activer : suspendre les normes sur le bail-in, et autoriser, temporairement  les aides d'Etat. Le traité de Lisbonne (art. 107) le permet en cas de turbulences extrêmes. Ceci permettrait de remettre en place une sorte de garantie publique qui empêcherait la panique et la spéculation. Une menace de nationalisation pour les banques profitant de cette garantie devrait permettre de minimiser les risques d'aléas moraux.

Mais je crois que le plus important c'est de se concentrer sur les causes structurelles de la crise. Il faut sortir la zone euro de la stagnation séculaire dans laquelle elle est en train de s'engouffrer. Et ceci ne peut être fait par le biais d’une politique monétaire. Les résultats décevants du QE le démontrent. Une expansion budgétaire au niveau européen s'impose depuis 2010 ; mais elle est de fait devenue d’une urgence absolue.

Nicolas Goetzmann : Mario Draghi et la Banque centrale européenne ont toutes les clés en main. Il s’agit de relancer massivement l’économie européenne, ce qui aura pour effet, non pas de contracter les taux, mais de les pousser à la hausse, comme cela a pu être observé aux Etats Unis lors des périodes de relance. La baisse du chômage, les hausses de salaires, une activité économique en adéquation avec le potentiel du continent, et l’ensemble des acteurs économiques en profitent. Au sein d’une économie européenne qui n’aura pas d’autre choix de se retourner vers son marché intérieur, il est absurde de croire que les entreprises pourront prospérer indépendamment de la population. Tout le monde est dans le même bateau, la période « faste » de la mondialisation est derrière nous, et il serait temps de le comprendre et de s’adapter.

 

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vangog
- 15/02/2016 - 10:53
Les banques ne peuvent pas augmenter leur ratio de capital
et prêter aux acteurs, par nature incertains, de l'économie, dans le même temps... C'est ce que n'ont pas compris les technocrates Bruxellois qui n'ont fait qu'accumuler sur les banques, les contraintes paralysantes ( Bâle 1, Bâle 2, Bâle 3....Bâle au centre!) qu'ils avaient déjà appliquées à l'économie européenne...d'où les taux négatifs et les prêts qui vont, essentiellement, vers les institutions déjà pléthoriques, mais qui en redemandent...la financiarisation de l'économie avoue son échec! Les différents acteurs doivent abandonner leur orgueil à s'occuper de ce qu'ils ne savent pas faire! La finance doit se recentrer sur la finance, l'état sur l'état, et l'économie respirera de nouveau, lorsque ces deux pachydermes auront ôté leurs gros fessiers de son thorax...