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Hassan Rohani effectue ce mercredi 27 janvier la première visite en Europe d’un président iranien depuis 1999.
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Hassan Rohani effectue ce mercredi 27 janvier la première visite en Europe d’un président iranien depuis 1999.
Coup de maître

Rohani à Paris : l’Iran est-il en voie de réussir à sortir de "l’axe du mal" sans avoir dû sacrifier la République islamique ?

Publié le 26 janvier 2016
A la suite de la levée des sanctions à l'encontre de l'Iran, le président Hassan Rohani effectue la première visite officielle d'un président Iranien en Europe. Il sera de passage en France le 27 janvier. Cette visite témoigne de la nouvelle image d'un Iran redevenu fréquentable aux yeux de l'Occident.
Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Ardavan Amir-Aslani
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A la suite de la levée des sanctions à l'encontre de l'Iran, le président Hassan Rohani effectue la première visite officielle d'un président Iranien en Europe. Il sera de passage en France le 27 janvier. Cette visite témoigne de la nouvelle image d'un Iran redevenu fréquentable aux yeux de l'Occident.

Atlantico : Hassan Rohani effectue ce mercredi 27 janvier la première visite en Europe d’un président iranien depuis 1999. Les pourparlers de Vienne a été marqué par la présence de l’Iran autour de la table. L’Iran est-il en train de redevenir fréquentable aux yeux de la communauté internationale ?  De sortir de l’axe du mal ?

Ardavan Amir Aslani : Incontestablement, la visite officielle du Président iranien marque un tournant dans les relations de l’Iran avec l’Occident. Rappelons qu’il y a moins d’un an l’Iran était considéré comme un État paria mis au ban de la communauté internationale. Et voilà qu’aujourd’hui, le chef d’État de ce pays est reçu en grande pompe sous les dorures des palais de la république. Que de chemin parcouru en si peu de temps ! Ceci illustre d’abord le changement qui s’est opéré en Iran avec l’élection du Président Rohani; élection qui marque une coupure radicale avec la présidence Ahmadinejad. Une élection qui a porté au pouvoir, et ce dès le premier tour, un homme qui personnifiait aux yeux des Iraniens l’ouverture de leur pays sur le monde et la fin de l’ostracisme dont ils faisaient l’objet depuis si longtemps. Fini les déclarations fracassantes sur la Shoah ou sur Israël. Voici venu le temps des tweets présidentiels félicitant la communauté juive iranienne pour le nouvel an. L’Iran change et il est normal que son image internationale change aussi. L’Iran, qualifié de pays membre de l’axe du mal par George W. Bush, a laissé la place à un Iran ouvert sur le monde qui rassure la communauté internationale, à travers les accords sur le nucléaire sur ses intentions quant à sa quête du nucléaire civil. Un Iran dont le ministre des affaires étrangères serre les mains du secrétaire d’État américain John Kerry et qui ne voit plus l’assemblée plénière des Nations Unies se vider lorsque son Président prend la parole. Un Iran qui s’assoit à la table des négociations sur la question syrienne et dont la légitimité ne fait plus de doute aux pays belligérants. Oui l’Iran change et devient un interlocuteur légitime et crédible sur tous les sujets qui touchent non seulement le Moyen-Orient mais aussi celles qui touchent le monde notamment les enjeux énergétiques.

Alexandre del Valle : Oui, en partie. En partie seulement, tout d'abord parce que l’Iran continue d’actionner des mouvements terroristes comme le Hezbollah, que ce pays reste une dictature qui applique énormément la peine de mort et qu'il persécute les minorités ainsi que ses opposants démocratiques. On est donc loin dans les faits d’une totale respectabilité. En revanche la real politik ne consiste pas à ne parler qu'à des gens fréquentables. La preuve est que la France entretient d’excellentes relations avec l’Arabie saoudite qui est loin d'être un modèle de vertu démocratique. Nous avons donc compris que nous avons besoin de l’Iran, quand bien même les changements espérés lors de l'élection de M. Rohani n’ont pas été constatés. Il faut dire qu'en Iran le vrai pouvoir est de toutes façons bien plus entre les mains du Guide de la Révolution (Ali Khamenei) qu’entre les mains du Président. Ce dernier joue d'ailleurs souvent un rôle qui peut s’apparenter à celui de porte-parole de la République islamique d'Iran. Il y a par ailleurs dans ce pays tout un éventail d’institutions qui pèsent fortement sur les décisions politiques, comme le Parlement ou le Conseil de discernement de l’intérieur supérieur du régime. Beaucoup de forces politiques sont donc aussi importantes, voire plus, que le Président. Le fait que celui-ci soit relativement modéré et reçu en Europe ne veut donc pas forcément dire qu’il représente le régime qui reste globalement totalitaire. Il n’a pas fait beaucoup d’efforts pour devenir fréquentable, mais on a besoin de lui. La première raison est qu’en période de crise il est toujours bénéfique d’avoir un nouveau partenaire économique. L'Iran représente un gros marché, avec une population consommatrice, éduquée et qui possède de l'argent.

Deuxièmement, pour combattre l’État Islamique et d'autres mouvements radicaux sunnites, l'axe chiite peut se révéler être utile, dans la logique selon laquelle les ennemis de nos ennemis sont nos amis.

Troisièmement, Barack Obama a inscrit la réconciliation avec le monde arabe dans ses priorités diplomatiques depuis 2009. Il a émis la volonté de retrouver des points d'appuis dans le Golfe, surtout depuis le 11 septembre 2001. Il s'est alors employé à rééquilibrer les alliances et relations diplomatiques des Etat-Unis. Dans cette perspective, le rapprochement avec l'Iran est apparu comme une bonne solution. Ainsi, sans se couper de la puissance saoudienne, il a rééquilibré la position américaine avec la puissance rivale des Saoudiens qu'est l'Iran.

En outre, le rapprochement de l'Iran peut représenter une victoire contre l'axe ennemi de l'OTAN : le couple Russie-Chine. Le raisonnement est le suivant : "plus nous sommes présents en Iran moins les Russes et les Chinois y seront, ou du moins, plus nous allons tempérer leur présence."

Il y a donc trois dimensions : la dimension économique, la lutte contre le terrorisme et aussi le fait qu'il s'agisse d'un lieu très important, car l'Iran s'est rapproché de la Chine et de Russie dans l'OCS (Organisation de coopération de Shanghai).

Ces différentes raisons expliquent pourquoi nous cherchons à nous rapprocher de ce pays. Ce n'est donc pas parce qu'il est devenu fréquentable, c'est le retour de la real politik.

Après des années de tensions, terrorisme, menace nucléaire, sanctions économiques etc. Comment l’Iran est-elle parvenue à redevenir un interlocuteur de l’Occident, sans renoncer pour autant aux idéaux de la Révolution ?

Ardavan Amir Aslani : Je ne pense pas que l’on puisse dire que l’Iran d’aujourd’hui est l’Iran de la révolution de 1979. Tout d’abord parce que la population iranienne a changé. D’un peuple de 35 millions d’habitants, l’Iran est devenu un mastodonte de 83 millions d’habitants dont 70% a moins de quarante ans. Le peuple iranien de 2015 n’a plus rien à avoir avec celui d’il y a bientôt quatre décennies. Particulièrement éduqué, connecté et ouvert sur le monde, le peuple iranien aspire à engager le monde et à mettre fin à son isolement. L’Iran d’aujourd’hui est le pays de la première femme prix Fields de mathématiques ou encore la première femme musulmane prix Nobel. On est loin des périodes noires de la guerre Iran/Irak et des champs de batailles.

Et puis ce qui a changé c’est surtout le monde qui entoure l’Iran, un monde de plus en plus incertain et dangereux, mis à feu et à sang par l’irruption de cette secte sanguinaire médiévale qu’est Daech. Plus on regarde le Moyen-Orient plus on constate que le seul pays stable de la région avec un État digne de ce nom est l’Iran. Puis l’Occident a compris que le conflit de civilisation qui le menace n’est pas avec l’Islam au sens large mais avec la version wahhabite de l’Islam sunnite, celle revendiquée par Daech et ses financiers saoudiens dont le contrepoids naturel est l’Iran chiite et perse. Le monde a enfin compris que seul l’Iran et ses alliés peuvent abattre cette secte abjecte qu’est Daech en déployant des troupes au sol. On a enfin compris que tant que cette abomination, qu’est l’État islamique, n’est pas anéantie, elle continuera à servir d’aimants pour les jeunes issues de l’immigration musulmane. C’est ce que les Russes ont compris, d’où la volonté de Poutine d’en finir avec les 17.000 Tchétchènes, daghestanais et autres ingouches du Caucase qui se battent dans les rangs de Daech. L’Occident a enfin compris que loin d’être le problème, l’Iran est la solution.

Alexandre del Valle : Cela s'explique tout simplement par le cynisme de l'Occident. L'idée est que si nous nous réconcilions avec l'Iran, que nous levons les sanctions progressivement, alors l'Iran va collaborer avec la communauté internationale, et profiter des échanges commerciaux avec le monde, tant dans l'achat que dans la vente. Les échanges vont s'intensifier. Or les présupposés des démocraties Occidentales capitalistes est le suivant : plus il y a des échanges, plus un pays se démocratise, puisque les échanges font vivre des entreprises privées. Or, plus il y a d'entreprises privées, plus la société civile se développe. Effectivement, s'il n'y a plus d'échanges avec l'Iran, l'Occident n'a plus de prise sur lui. Un pays peut devenir complètement autarcique en raison des sanctions.

Lorsque vous entrez dans un circuit commercial et capitalistique vous êtes, de fait, dépendant l'étranger. En outre, une société civile apparaît et vient contre balancer le pouvoir économique et politique.

Il s'agit donc du calcul de l'Occident : développons les échanges avec l'Iran, cela conduira le pays à se démocratiser petit à petit. Même si ce n'est pas forcement la meilleure vision, elle se défend.

On sait que le pouvoir iranien n’est pas monolithique et que des tensions importantes existent entre les éléments les modérés et les radicaux. La possible mort prochaine du guide de la révolution Ali Khamenei gravement malade et les prochaines élections législatives de mars 2016 pourraient sérieusement changer la donne.  N’a-t-on pas trop vite enterré la décennie de tensions et de menaces nucléaires qui semble s’achever ? 

Alexandre del Valle : Effectivement, il y a une grande probabilité que le Guide de la Révolution ne vive pas longtemps. Il y a plusieurs scénarios. Il peut être remplacé soit par un modéré, soit par quelqu'un de plus dur et plus radical que lui. Il n'y a ainsi aucune garantie que le régime se modère.

Les élections législatives sont importantes car le parlement a un pouvoir non négligeable, et les conservateurs détiennent une place importante. Ce n'est pas la seule source de pouvoir, mais il est vrai qu'il faudrait attendre les résultats de ces élections législatives pour savoir comme cela va évoluer. D'un autre côté, qu'il s'agisse des élections législatives ou présidentielles, en Iran les candidats qui se présentent ne sont que ceux autorisés par le Guide de la Révolution. Il y a donc des limites à cette attente de démocratisation pour le moment. Pour l'Occident, c'est surtout la libéralisation de l'économie qui va participer à la création d'une classe bourgeoise qui un jour ou l'autre va tempérer le pouvoir en place. Cela prendra de nombreuses années, c'est certain.

Il est assez surprenant de voir comme nous pouvons espérer que la démocratie arrive rapidement. Cela peut poser un problème, car si l'Iran récupère une place prépondérante sur la scène internationale et régionale, il est certain que l'axe sunnite va réagir assez durement. Il va lui-même renforcer un certain nombre de mouvements islamistes sunnites. On le voit au Yémen aujourd'hui : depuis que l'Irak revient en force il y a un raidissement de l'Arabie Saoudite qui aujourd'hui bombarde les rebelles du Yémen. On a voulu faire cela pour contrebalancer l'influence prépondérante des monarchies sunnites du Golfe, mais d'un autre côté elles peuvent elles-même se raidir. En même temps, si nous n'avions pas eu cette option de faire des pourparlers avec l'Iran et si nous n'avions pas trouvé un accord cela aurait pu être pire. En effet, aujourd'hui personne n'est véritablement prêt à bombarder le régime iranien et à empêcher totalement l'acquisition d'une arme nucléaire. Dans la mesure où ni les États-Unis, ni l'Europe, ni Israël n'a été prêt à lancer une opération militaire contre ce régime, nous allons dans un scénario où, ne voulant pas utiliser la force militaire pour empêcher ce pays à se doter d'une arme nucléaire, on va essayer de les en empêcher par un accord.

Ceci dit, cela peut être très dangereux de faire un accord. Regardez la Corée du Nord ! Elle n'avait pas l'arme nucléaire, nous les avons aidés à financer leur programme nucléaire en échange d'une promesse… Finalement, ils ont tout gagné. L'Iran pourrait-être aussi la future Corée du Nord …

Nous avons deux scénarios possibles, et aucune réponse claire à donner.

Ceci dit, je pense que l'accord a été bon, car il y a un véritable intérêt pour l'Iran de sortir de son isolement et d'accentuer les échanges. Le côté positif des sanctions est qu'elles ont mis très à mal le régime. La population aurait pu se révolter contre le régime si les sanctions duraient. Le régime a donc été coincé. Il ne voulait pas de trop d'échanges avec la communauté internationale, mais a été contraint de le faire, sinon le régime allait imploser.

Ardavan Amir Aslani : Au contraire, c’est parce qu’il existe des éléments radicaux au sein de l’échiquier politique iranien qu’il faut encourager les forces de la modération personnifiées par le Président Rohani et ses alliés. Il ne faut pas répéter l’erreur de George W. Bush qui en 2001, alors que l’Iran avait tendu la main dans le combat contre les Talibans en Afghanistan suite à la tragédie du 11 septembre, a tourné le dos à ce pays et a permis par la suite l’arrivée d’un Ahmadinejad au pouvoir. Ce n’est qu’en facilitant et en encourageant le retour de l’Iran dans le concert des nations que le camp des radicaux pourra être affaibli. Ces éléments conservateurs sont justement ceux qui ont profité de l’ostracisme de l’Iran et du régime des sanctions en mettant une chape de plomb sur les libertés publiques. Plus l’Iran s’ouvrira et plus les investissements étrangers s’inviteront à la table de l’économie iranienne, plus les éléments les plus radicaux s’affaibliront. Le radicalisme ne peut prospérer que dans l’isolement du pays et surtout pas dans son ouverture vers le monde.

Ensuite, le monde ne peut faire l’économie d’un échange sain avec l’Iran. Autrement les conflits syriens et irakiens perdureront, le Yémen continuera de brûler sous le feu saoudien et la région continuera son plongeon inexorable vers les abîmes. Il y a un besoin d’Iran et ce besoin c’est maintenant.

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lémire
- 30/01/2016 - 01:05
"Pas forcément la meilleure vision" ?
Existe-t-il d'autres options ?
Je ne comprends pas en quoi on aurait pu dupliquer sur l'Iran la stratégie qui a marché avec l'URSS, c.à.d. l'étouffement économique sous le poids d'un appareil sécuritaire sur-dimensionné. C'est plutôt Ben Laden qui a fait ce coup-là aux USA.

Option militaire ? Plus possible depuis 2003.

Sanctions économiques encore plus radicales ? Pour Saddam, malgré des centaines de milliers de morts de civils, cela n'a pas suffi à le faire partir ou assouplir le régime

"Accompagnement" de mouvements dissidents de masse comme pour l'Ukraine ou la Géorgie ? Vague tentative en 2009. Il n'y a pas beaucoup de sympathisants de l'occident et de ses valeurs au moyen-orient

Continuer à s'indigner, à compter sur des "démocrates" locaux ? On a vu ce que cela avait donné en Irak.

Il est de notre intérêt que l'Iran se porte bien. Tant pis pour nos "alliés" du Golfe, dont les revers de fortune peuvent contribuer à notre sécurité.