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Les femmes blanches en colère au cœur de l’électorat Trump : et en France, où en sont les électrices ?

Publié le 11 janvier 2016
Attitude ou sentiment compulsif et agressif, la colère est associée traditionnellement aux personnes qui perdent le contrôle. Aux États-Unis, un sondage révèle que ce sont les femmes républicaines et de race blanche qui seraient les plus enclines à ce penchant. Mais rassurez-vous Françaises, c'est moins votre cas, enfin presque...
Emmanuel Rivière
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Attitude ou sentiment compulsif et agressif, la colère est associée traditionnellement aux personnes qui perdent le contrôle. Aux États-Unis, un sondage révèle que ce sont les femmes républicaines et de race blanche qui seraient les plus enclines à ce penchant. Mais rassurez-vous Françaises, c'est moins votre cas, enfin presque...

Atlantico : Le sondage NBC News/SurveyMonkey/Esquire (dont certains résultats sont à lire ici) montre que les femmes de race blanche et républicaines sont la catégorie de la population la plus en colère aux Etats-Unis. Peut-on faire le parrallèle avec les Française ? Est ce que les femmes les plus en colère sont les femmes de race blanche qui votent à droite traditionnellement ?


Emmanuel Rivière : Il y a bien un phénomène spécifique aux femmes. C’est difficile de faire le parallèle intégralement sur la base des données dont je dispose puisque la notion de colère est moins explorée que d’autres notions assez voisines d'inquiétude et de pessimisme. Il est vrai que les femmes en France se distinguent souvent par plusieurs caractéristiques dans les enquêtes, notamment dans leurs rapports à la politique. Elles montrent tout d'abord un moindre intérêt par rapport pour la chose publique. Elles se manifestent aussi par un plus grand éloignement a l’égard de la vie politique, qui par ailleurs reste un univers très masculin et qui peut être en partie ressenti comme hostile.

 

Elles sont par ailleurs nettement plus pessimistes. Il y a un écart systématique et assez significatif entre les hommes et les femmes sur les notions de pessimisme, sur les sujets économiques notamment. Cet écart se situe entre 5 et 10 points. Cela va entrainer assez souvent des réactions différenciées entre hommes et femmes, par exemple sur le nombre d’immigrés ou encore sur le sentiment de ne plus se sentir chez soi en France.

 

Dans une enquête qu’on a produite au début de l’année sur l’image du front national, on constate des différences hommes/femmes notables sur les opinions et les expressions d’inquiétudes. Une question dans ce baromètre portait sur le rétablissement de la peine de mort. Sur ce point il n'y a pas de différence, il y a même plus d’hommes que de femmes qui demandent le rétablissement de la peine de mort. Dès qu’on est dans des dimensions un peu répressives, l'inquiétude, qui est plus grande chez les femmes, ne se transpose pas en demande de sanctions plus grandes ou d'une fermeté plus stricte. Donc on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait une colère criante des femmes en France.

 

Par ailleurs, le paramètre « républicaines » ou sympathisantes de droite créerait effectivement une plus grande inquiétude et un plus grand mécontentement du fait que François Hollande est au pouvoir. Ce président en particulier est très en but à une hostilité de l’ensemble des sympathisants de droite.

 

Il y a une autre dimension que l’on a très peu de moyen d’instruire en France, chez nous comme chez mes confrères, c’est l'aspect ethnique. De fait, on ne recueille pas facilement des données sur la religion ou sur l’origine. Même si on le pourrait, contrairement à ce que l'on pense ce n’est pas interdit. On a parfaitement le droit dans une enquête de demander si quelqu’un est arabe, noir musulman, juif, chrétien etc. ce qui est interdit c’est de conserver ces données associées au nom de la personne.

 

Est-ce qu’on peut dire que les femmes employées ou de classes moyennes basses sont les plus enclines à adopter des postures de colère ?


Effectivement, elle culmine dans les catégories les plus démunies. Mais là où il y a une vraie nuance, par rapport a ce qu’on constate aux Etats-Unis, c’est que les femmes conservent une caractéristique ancienne qui est d’être moins portées que les hommes vers les extrêmes, et donc vers l’extrême droite en particulier. Le dernier baromètre montre qu’il y a une différence sensible entre la cote d’avenir de Marine Le Pen chez les hommes, qui est de 34 % et celle chez les femmes qui descend à 26%. Cette différence s’est particulièrement accentuée ces dernières semaines puisqu’on n’avait pas cet écart de 8 points le mois précédent.

 

Globalement, le choix du Front national, l’adhésion notamment aux personnalités du FN, est toujours un peu plus faible chez les femmes que chez les hommes. Ce constat est encore plus vrai lorsque l'on regarde les données portant sur les femmes âgées.

 

Les femmes sont donc plus inquiètes et plus en retrait du domaine de la politique mais n'expriment pas ce mouvement dans une attitude de colère électorale qui pourrait se manifester par un vote FN ?

 

Oui, les différences entre le vote des femmes et celui des hommes ont plutôt eu tendance à converger au cours des dernières décennies. S'il y a encore une caractérisitque différentielle qui peut être notée, c'est une propension un peu plus grande à se méfier des extrèmes. On avait fait une enquête sur les attentions de vote en fin d'année dernière (NDLR : publiée sur le Figaro) où l'on voyait qu'il y avait un peu moins de femmes qui se disaient désireuses de voter pour Marine Le Pen.

 

On retrouverait, si cette évolution se produisait en l'état, une particularité qui était plutôt celle des années 1950-1960, c'est à dire avec des femmes plutôt davantages enclines à voter pour les partis modérés de droite.

 

Dans l'enquête publiée aux Etats-Unis, les sondeurs concluent à une forme d'attraction « naturelle » des femmes blanches et républicaines vers une personnalité à la Donald Trump. Peut-on alors en déduire qu'en France aussi, les femmes seraient séduites par un discours direct, pour ne pas dire populiste ?

 

On ne peut pas aller jusque là en France. C'est le paradoxe tricolore en la matière, si c'en est un, d'un comportement politique des femmes que l'on peut observer à travers les enquêtes de popularité et de vote. Elles sont plus en retrait par rapport à la vie politique sans pour autant être tentées par des discours et des comportements de rupture. Sur ce point elles se différencient des hommes. Elles sont moins attirées par des solutions qui passeraient par un vote aux extrèmes. Donc leur retrait ne se transforme pas forcément en colère, comme cela se voit au contraire aux Etats-Unis.

 

Si on ne peut pas faire ce rapprochement entre les Etats-Unis et la France qui viserait à dire que les femmes sont plus susceptibles d'afficher de la colère vis-à-vis de leurs élus politiques traditionnels, quelle part de la population aurait cette attitude dans l'héxagone ? Quel profil en France répond à cette déviance du politique qui s'exprimerait dans un vote de « colère » ?

 

On retrouverait cette caractéristique dans un électorat ouvrier, plutôt blanc. Cette partie de la population française se distingue nettement par son apétence pour le Front national. Notre enquête d'intentions de vote le montrait assez clairement. Lorsque l'on regarde le vote par catégorie lors des dernières régionales, le vote FN comme la côté de popularité de Marine Le Pen culminent chez les ouvriers. C'est un électorat que l'on peut qualifier de légèrement désespéré.

 

On retrouve cet aspect géographiquement dans des zones interstitielles à l'écart des grandes villes. Il s'agit d'une population qui a fuit les centres urbains importants soit parce qu'elle n' plus les moyens financiers soit parce qu'elle ne vaut plus y fréquenter une certaine partie des citadins.

 

En France, on ne calcule pas la « colère » mais davantage la notion de défiance vis-à-vis du politique. Les taux d'abstention dans les banlieues à forte présence de populations issues de l'immigration montre bien que l'alternative à la colère, quand il n'y pas d'expression de cette dite colère, c'est le retrait.

 

Une forme d'aigreur et d'animosité a été un peu incarnée, y compris par quelqu'un qui lui-même se met régulièrement en colère, à savoir Jean-Luc Mélenchon. Celle-ci a un moment fonctionné mais paradoxalement auprès d'un électorat qui n'est pas profondément colérique. Il s'agissait plutôt de cadres, de professions intellectuelles ou faisant partie de la fonction publique. Mais cela n'a pas pris dans les bastions ouvriers ou employés, en tout cas pas à la hauteur de ses espoirs ni avec l'efficacité d'un Olivier Besancenot qui lui parlait plus directement à ces catégories-là.

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