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Publié le 08 janvier 2016
Sans statistique religieuse officielle, la communauté musulmane française a souvent fait l'objet d'idées reçues ou d'à priori. Des études ont pourtant été publiées, notamment par l'INED et l'IFOP décryptant leurs courants, leur pratique, leur vote, leurs représentations.
Bernard Godard a été fonctionnaire jusqu'en 2008 au ministère de l'intérieur : d'abord officier de police aux RGX jusqu'en 1997, puis chargé de mission en cabinet ministériel (1997-2002) puis au Bureau central des cultes en charge des...
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Sans statistique religieuse officielle, la communauté musulmane française a souvent fait l'objet d'idées reçues ou d'à priori. Des études ont pourtant été publiées, notamment par l'INED et l'IFOP décryptant leurs courants, leur pratique, leur vote, leurs représentations.

1 - Le nombre de musulmans en France

Atlantico : Avons-nous une idée du nombre de musulmans en France ?

Bernard Godard : On peut estimer aujourd’hui le nombre de personnes de culture musulmane, soit par leurs origines, soit par acquisition (convertis), à plus de cinq millions. Le terme "culture musulmane" est vague mais il permet d'embrasser le plus largement possible ceux qui peuvent se rattacher à l'ensemble "musulman". 

Patrick Simon : Il existe beaucoup de chiffres fantaisistes sur le nombre de musulmans en France. De fait il n'y a pas d'enregistrement officiel des personnes se considérant musulmanes. La plupart du temps les estimations sont déduites de l'origine des immigrés, de leurs descendants et on ajoute toujours un nombre inconnu de sans papiers. Des sondages proposent des estimations plus réalistes, autour de 7% de a population. L'enquête Trajectoires et Origines réalisées en 2008-2009 par l'Ined et l'Insee auprès de 22000 personnes fournit la seule source vraiment fiable sur le nombre et surtout les caractéristiques des personnes musulmanes. Il y a 4,1 millions de musulmans en France, c'est-à-dire de personnes ayant déclaré avoir une religion et que celle-ci était l'Islam. Ne sont pas comptés comme musulmans les personnes qui viennent d'une famille musulmane mais qui considèrent ne pas avoir de religion. A l'inverse, nous avons enregistré des personnes ne venant pas de famille à tradition musulmane que l'on peut considérer comme des convertis. 

Pourquoi est-ce difficile de les chiffrer ?

Bernard Godard :  Il est difficile de distinguer qui est musulman ou qui ne l’est pas. Si on se base sur l'enquête la plus exhaustive, effectuée en 2009 par Vincent Tiberj et Patrick Simon pour l'INED (trajectoires et origines), une projection de 2 millions de personnes se déclarerait musulmane. Un sondage plus récent parlait de 3% de croyants musulmans par rapport aux soixante cinq millions de français, ce qui équivaut à presque deux millions également. Comme il est interdit de procéder à des statistiques officielles en matière religieuse, l'approche qui a été retenue pour tenter une comptabilité des musulmans est celle des origines ethnico-nationales. Mais, compte-tenu du nombre de personnes nés en France aujourd'hui, qui dépasse largement celui des musulmans nés à l'étranger, ce critère n'est plus opérant. Aussi, il apparaît plus naturel de procéder avec les musulmans comme on le fait avec les autres cultes, c'est à dire comptabiliser ceux qui "confessent" une religion. 

Qu’en est-il du degré de religiosité ? Peut-on le mesurer ?

Bernard Godard : Fort de ce critère, on peut s'intéresser plus concrètement à la religiosité des musulmans. Ainsi toutes les enquêtes qui s'intéressent aux pratiques telles que le jeûne du Ramadan ou l'assistance au prêche du vendredi à la mosquée sont instructives. La plupart des sondages font régulièrement état de 70% de pratique du Ramadan ou de consommation de produits halals Rapportés à 2 millions, cela nous fait 1 million 4 d'observants. Rapportés à 5 millions d'individus de "culture musulmane", cela nous fait 3 millions 5. Où est la réalité ? Surement entre les deux. Un sondage CSA de 2006 avait pointé à cet égard une hausse significative de la religiosité chez les moins de 30 ans. Un des critères intéressants est la fréquentation des mosquées le vendredi. D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur en 2009, on estimait à 350 000 fidèles le nombre de ceux qui assistaient à l’office du vendredi. (soit presque 18% de 2 millions); mais il faut tenir compte de la difficulté pour beaucoup de pouvoir assister à cette prière collective, de la répartition inégale des lieux de culte, du faible nombre de femmes qui y assiste et enfin du caractère non obligatoire de ce rituel. On voit donc que, globalement, il faut procéder par touches successives pour définir les contours de la religiosité musulmane.

Patrick Simon : La religiosité des musulmans est plus importante que celle des catholiques, à un niveau comparable de celui des juifs. Elle est effectivement un peu plus élevée dans les jeunes générations (les moins de 25 ans) par rapport aux 25-40 ans. Il est cependant délicat d'estimer l'évolution du niveau de religiosité dans le temps. Tout ce que l'on peut dire est que par rapport à leurs parents les jeunes musulmans prennent un peu plus de distance avec la religion (pour un peu moins du quart d'entre eux), alors qu'une petite minorité (9%) se déclarent plus pieux que leurs parents.

2 - De nombreux courants

Quelles sont les différentes écoles et les différents courants qui composent la religion musulmane en France ? Quelle part représentent-ils ?

Bernard Godard : Le courant majoritaire de l’islam de France dans les mosquées reste pour l’heure celui d’un attachement aux traditions, voire un certain conservatisme de manière formelle en même temps qu’il y a une inventivité notable pour vivre sa religion dans un pays sécularisé. Les références jusqu’à récemment restaient celles dictées par les "pays d’origine", dont les représentants, aussi bien comme notables gestionnaires que comme imams, sont toujours en place. Mais sous l’impulsion du courant des Frères musulmans et de ceux qu’ils ont formés, du nouveau courant ultra-fondamentaliste salafiste et enfin de nouveaux leaders se situant aussi bien dans des courants modernistes, spiritualistes ou tout simplement identitaires, les cartes sont rebattues. Des figures telles que Tarek Oubrou, Ghaleb Bencheikh ou Mohamed Bajrafil, qui pensent leur islam en France commencent à faire bouger les choses. Il est difficile de quantifier ces courants avec précision, mais la proportion d’imams socialisés en France peut constituer un bon marqueur. A cet égard, il n’y avait à peine 10% de ces imams il y a une quinzaine d’années. Ils sont presque 30% aujourd’hui. Mais cette "francisation" peut nourrir aussi bien les courants littéralistes que les courants réformistes…

Peut-on chiffrer le nombre de convertis ? A t-on une idée sur son évolution ces dernières années ? Comment peut-on l’expliquer ?

Bernard Godard : Le nombre de convertis a cru depuis une trentaine d’années, sous l’effet conjoint du prosélytisme de certains mouvements, tel le mouvement tabligh et plus récemment le salafisme la visibilité plus grande du culte musulman et la recherche d’une spiritualité plus mise en avant par les mouvements soufis et enfin tout simplement la communauté de vie dans certains quartiers avec des populations musulmanes. 

Si on peut difficilement chiffrer le nombre exact de ces convertis, en particulier de ceux qui ont embrassé la foi et de ceux qui l’ont quitté, leur nombre est indéniablement en croissance.

Quels clivages peuvent exister entre ces différents courants ?

Olivier Roy : Si l’on s’en tient aux croyants, un clivage existe entre ceux qui pensent que l’on peut articuler les marqueurs religieux (hallali) sur des marqueurs culturels occidentaux (le fast food hallali, le bourguignon hallal), et ceux (une minorité) qui pensent que le compromis n’est pas possible. Cette minorité a trois solutions (un peu encore une fois sur le modèle des juifs ultra-orthodoxes) : le ghetto (nous vivons entre nous dans un quartier précis), la "hijra" ou "exil" (équivalent de la alya chez les Juifs : il faut revenir vivre dans un pays musulman), et (sans équivalent chez les Juifs qui s’identifient à Israël) le jihad global. C’est bien sûr ces derniers qui font la Une des journaux (et pour de bonnes raisons), mais ils ne représentent que quelques milliers de personnes sur plusieurs millions.

>>> A lire aussi sur Atlantico : Ce ressentiment post-colonial qui enferme la France dans une relation délétère avec les musulmans  <<<

3 - Une diversité socioprofessionnelle

Quelles sont les origines socioprofessionnelles des musulmans en France ? 

Patrick Simon : Pour l'essentiel les musulmans de France sont d'origine maghrébine (à 70%), Subsaharienne (10%) et Turque (9%). Ils sont encore majoritairement immigrés (54%), mais la deuxième génération née en France représente déjà 39% des musulmans, ce qui veut dire que dans quelques années la majorité des musulmans seront non seulement de nationalité française, mais surtout nés en France. C'est une population jeune (65% ont moins de 35 ans) qui vient de milieu populaire : 50% sont ouvriers ou employés. On observe une importante ségrégation urbaine dans les quartiers à forts taux de chômage, et ils font l'expérience de discriminations nombreuses sur le marché de l'emploi en particulier. Pour l'essentiel l'islam en France se rencontre dans les secteurs urbains, même s'il y a une mobilité résidentielle vers des territoires moins densément peuplés.

4 - Une pratique en hausse

Selon une étude Ifop publiée dans La Croix, le ramadan est de plus en plus pratiqué, et le marché du halal explose. Comment peut-on expliquer ce regain de pratiques ?

Ghaleb Bencheikh : Outre une réelle soif inextinguible de spiritualité sincère chez certains, ce regain de pratiques s’explique par un retour au religieux comme réaction au désenchantement du monde, mais aussi et surtout comme une revendication identitaire. Une religiosité mimétique et, dans certains cas, aliénante est à noter. Elle est devenue omniprésente dans les quartiers dits sensibles. La pression du groupe y est pesante, tout comme l’ivresse d’un "nous" fusionnel joue un rôle prépondérant et donne du sens, un réconfort affectif et une chaleur humaine à des jeunes gens se sentant rejetés, méprisés, ostracisés et mal-aimés. 

5 - Une jeunesse de plus en plus revendicative

L’islam acquière t-il une visibilité nouvelle ?

Patrick Simon :  En France comme dans a plupart des pays d'Europe l'Islam cristallise les tensions autour de sa présence et de sa visibilité. Une grande partie des réactions négatives à la présence de musulmans correspond aux manifestations de xénophobie et de racisme contre des grupes exotiques vus comme menaçant. La situation s'est évidemment aggravée avec la montée de l'islam politique et des conflits au moyen orient. Dans le cas français, la question de la laïcité complique les modalités d'intégration des musulmans à la société. Le durcissement des attentes à l'égard des musulmans en termes de moindre visibilité, d'adoption de normes et de pratiques majoritaires en France produit des formes d'exclusion et, paradoxalement sans doute, bloque leur intégration à la société. Pourtant, notre enquête montre que les musulmans se considèrent Français comme les autres et ont des cercles d'amis diversifiés, c'est-à-dire ne comprenant pas uniquement des musulmans. Mais l'intégration est un processus interactif et s'il n'est pas possible pour les musulmans d'être reconnu comme des citoyens à part entière, le risque d'un repli sur la communauté n'est pas à écarter.

Pourquoi les pratiques de l’islam acquièrent une visibilité nouvelle, spécialement auprès des jeunes générations de musulmans ?

Ghaleb Bencheikh  : Ces pratiques de l’islam acquièrent une visibilité nouvelle, car on est dans l’ostentation et souvent dans la provocation. Avec cette idée étonnante et inconsciente qui veut : plus tu penses que mon attitude et ma pratique sont gênantes et incongrues, plus je m’y agrippe quitte à ce que je corrobore tous les clichés et les phantasmes que tu portes sur moi. Dès lors que mes pratiques t’embêtent, je persévère dans la surenchère et dans l’excès de zèle

Déjà, le port du voile – tout court – participe d’une vision surannée des relations "garçon/fille", réactualisée, hélas, par un discours crétinisant et culpabilisant les jeunes demoiselles.  A fortiori, le voile intégral est une aberration. Cette absurdité relève de l’arriération et d’une violence symbolique. Les jeunes femmes qui s’y adonnent ne connaissent absolument pas le patrimoine civilisationnel ni le corpus théologique auquel elles prétendent s’adosser. Avaient-elles au moins, entendu une fois dans leur vie l’existence de Wallada fille de Mustakfi Muhammad III, le calife andalou ?

Elles sont encore une fois dans une logique d’enfermement et de rupture. 

C’est propre à cette génération, parce que, tout d’abord, elle pâtit des méfaits de la propagande salafiste et obscurantiste tant sur internet que diffusée par les canaux satellitaires. Aussi, du fait que les générations d’avant avaient délaissé la "bonne" pratique de la religion, devaient-elles encourir le courroux divin. Cette colère de Dieu s’est manifestée par l’humiliation et l’opprobre qui s’abattent sur elles. Ensuite, cette jeunesse, laissée pour compte, est en sédition et en rupture et il faut bien un cadre pourvoyeur de discipline, de mots d’ordre et de repères, empreints de rigorisme et d’ "ascèse". Enfin, cette jeunesse, trouve dans le radicalisme religieux un refuge, un repaire et un tremplin.

Le refuge est l’asile pour les damnés de la terre, le repaire est pour les radicaux fanatisés et le tremplin est pour les carriéristes. Ces derniers, trouvent dans le discours religieux de quoi avoir un ascendant sur leurs semblables, notamment les fragiles d’esprit.

Malheureusement, le djihadisme est une doctrine mortifère et une idéologie de combat. Et, il semble que son acception d’effort dans la voie de Dieu pour juguler ses passions et maîtriser ses pulsions par cette fameuse lutte intérieure afin d’améliorer son comportement soit totalement oblitérée. Du coup, le djihadisme en est devenu un moyen de mobilisation de tous les frustrés et une aspiration pour les nihilistes, qu’ils soient manipulés ou eux-mêmes manipulateurs criminels.  Quant à la révolte contre les parents, elle pourrait se justifier par l’accusation de n’avoir rien fait pour assurer une vie plus digne à la progéniture. 

En quoi est-ce propre à cette jeune génération qui se démarque ainsi particulièrement de leur prédécesseur ?

Olivier Roy : L’islam des deuxième et troisième générations n’est jamais l’islam de la première génération. C’est un islam reconstruit selon des modalités très variées, mais qui a un point commun : il ne correspond à aucune culture musulmane traditionnelle ; il adapte des marqueurs purement religieux (hallal, pudeur) à un contexte culturel français. On a donc toute une gamme qui va de la burqa, en passant par le foulard, la barbe bien taillée avec costard-cravate, la consommation de vin mais sans porc  à… l’athéisme.

Comment peut-on expliquer que ces jeunes cherchent à affirmer plus fort leur identité ?

Bernard Godard : La question de l’islam comme identité est centrale chez les jeunes musulmans, nés dans cette religion ou convertis. Leur démarche est dictée par une nécessité de se référer à un système de valeurs en l’absence de référents éthiques et moraux auxquels adhérer, pour eux. Mais ces référents peuvent être aussi bien de nature purement spiritualistes (pratiques de la prière, méditation) que formalistes (insistance sur le halal et le haram, le pur et l’impur) ou encore idéologiques (soutien aux "causes" musulmanes dans le monde).

>>> à lire aussi sur Atlantico : Attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher : mais au fait, avec un an de recul, pourquoi sont-ils en guerre contre nous ? <<<

6 - Une intégration parfois difficile

Quelle peut-être l’influence de la vie en quartier fort en immigration ? 

Patrick Simon : Il est certain que le type de quartier dans lequel vivent la grande majorité des musulmans, à savoir des quartiers souvent en périphérie des villes, en tout cas défavorisés, avec de fortes concentrations de populations immigrées, influence qui concerne les différentes dimensions de la vie sociale : présence d'associations religieuses jouant un rôle d'éducation populaire et d'encadrement social, relations sociales avec des personnes de même origine, solidarités accrues, pratiques linguistiques, mais aussi accès plus difficile au marché de l'emploi, écoles ségrégées etc. Historiquement, les quartiers d'immigration ont joué un rôle positif dans l'intégration et le rôle joué par les quartiers aujourd'hui est de la même nature, relativement ambivalent : un espace de construction de réseaux sociaux facilitant l'intégration et en même temps des lieux de relégation et de stigmatisation.

Comment expliquer cette difficulté d’intégration de certains musulmans français ? 

Ghaleb Bencheikh : Quand il y a échec dans une situation complexe avec des facteurs et des paramètres multiples, la responsabilité est partagée. D’abord, du côté des jeunes citoyens musulmans, il y a le décrochage scolaire et le fait de n’avoir pas saisi l’importance des études, tous deux aggravés par la démission des parents. Ces derniers n’ont pas su ou n’ont pas pu éduquer leurs enfants avec la notion de l’effort à consentir pour poursuivre des cursus diplômants et de travailler assidûment à l’école. 

Ils n’ont pas voulu ou n’ont pas réussi à instiller l’amour de la patrie dans le cœur de leurs enfants, et ceci est un tort. Du côté du reste de la société française, il y a le "fameux" regard qui rejette et qui ratatine. Un ministre a cru bon de distinguer le corps traditionnel de la nation par opposition à celui qui lui serait allogène et adventice. L’exclusion est une réalité amère pour ces jeunes, les éternellement "issus de…". Et, ceux qui au prix de sacrifices colossaux réussissent dans leurs études sont frappés davantage que leurs concitoyens justement du "corps traditionnel" de la nation par le chômage. Aussi partent-ils à la City à Londres, à Dubai, au Canada ou aux Etats-Unis, l’air y est plus respirable et le ciel est plus clément. 

La représentation nationale n’est pas isomorphe à la nation. Le collège électoral n’est nullement conforme au collège électif. Et, le mot apartheid prononcé par le Premier Ministre est encore dans nos esprits.

D’ailleurs, le simple fait de continuer à évoquer la notion même d’intégration pour des jeunes citoyens dont les aïeux ont consenti le sacrifice suprême à Verdun lors de la Grande guerre est en soi problématique. Et, curieusement, c’est uniquement cette frange de la nation dont on n’arrête pas l’énumération de la génération, ils sont pour certains à la cinquième ! … quand parlerons-nous sérieusement d’une citoyenneté partagée avec les devoirs et les droits du citoyen comme l’avers et le revers d’une même effigie ou les deux facettes d’un même talisman ?  Tout cela dénote la faillite des différentes politiques dites de la ville ou "d’intégration"    

7 - Un vote à gauche majoritairement, en voie d’évolution

Le vote musulman a souvent été catégorisé à gauche. Quelles évolutions peut-on malgré tout souligner ?

Bernard Godard : Le "vote musulman" en tant que tel n’existe pas réellement. Des signes laissent néanmoins entendre qu’il pourrai prendre corps. Jusqu’en 2014, ce vote se situait nettement à gauche (plus de 80% de voix pour François Hollande en 2012). En 2007, 20% des voix pour François Bayrou lors de la présidentielle a été un véritable évènement. Il marquait la participation de classes moyennes d’origine musulmane qui votaient sur un concept de valeur proche d’eux. Mais l’essai n’a pas été transformé même si les musulmans ont été plus visibles lors des débats sociétaux tels la "manif pour tous". Pour l’heure les élections municipales de 2014 ont montré la désaffection d’un électorat "des quartiers" pour le PS. Cet électorat n’a pas forcément été capté par une petite formation politique se présentent comme "musulmane". 

8 - Un déficit de représentation

Il a souvent été reproché aux musulmans de ne pas s’être suffisamment exprimés suite aux attentats de Janvier.La communauté musulmane de France ne souffre t-elle pas d’un profond désir de représentation ? Au niveau des intuitions ? Des Imams ? 

Bernard Godard : Les responsables musulmans ont été profondément blessés comme l’ensemble des français par les attentats de 2015. A leur manière, ils ont souvent essayé de réagir en organisant des réunions, des séminaires de formation à la lutte contre la radicalisation. Mais comme ils n’ont pas créé leur propre centre de ressource au niveau national pour diffuser un contre-discours, pour aider les responsables de mosquées à se confronter avec les courants fondamentalistes ou tout simplement pour communiquer, leurs efforts peuvent apparaître vains. La question d’une coordination - à laquelle le CFCM répond timidement - et celle de la formation de cadres religieux français restent posés. 

Ghaleb Bencheikh  : Autant, j’ai trouvé que la pusillanimité des hiérarques musulmans confinait, par le passé, à la lâcheté et à la complicité de fait avec la terreur qui sévissait au nom de la tradition religieuse islamique, autant je trouve que les citoyens et les "fidèles" de base étaient dans une situation intenable. Ils sont sommés de rompre un terrible paradoxe. Celui-ci consiste en une double "injonction" contradictoire ; se fondre dans le corps national d’une manière caméléonesque sans aucune aspérité ni spécificité religieuse au même moment où il leur est demandé de se déterminer justement comme musulmans pour dénoncer le terrorisme abject dont ils sont eux-mêmes doublement victimes. De par le monde, neuf victimes du terrorisme sur dix sont musulmanes. Et, chez nous en France, les citoyens musulmans sont affligés au même titre que le reste de la nation tout en subissant la suspicion.

Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Lorsque des manifestations ont lieu, place des droits de l’homme afin de dénoncer et de condamner la terreur et les exactions perpétrées par les criminels assassins, il n’y as pas de relais médiatique pour informer de ces initiatives. Sinon, il y a toujours tel hurluberlu ou tel imam autoproclamé, calotte sur la tête, ils sont invités sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio, pour ânonner des banalités et des arguties.

De quoi aurait besoin les musulmans pour bénéficier d’une meilleure représentation ?

Ghaleb Bencheikh  : En réalité, les musulmans de France souffrent effectivement de l’incurie organique qui caractérise leurs hiérarques. A vrai dire, les citoyens musulmans ne sont représentés sur le plan politique que par leurs élus, et ils doivent investir le champ politique. Et sur le plan cultuel, ils n’ont pas besoin d’être représentés comme entité à part. Leur désir est d’avoir très vite des dignitaires responsables, compétents, sérieux et bien formés. Ils ont besoin d’instituts d’islamologie savante, de lieux de savoir, d’universités et d’écoles. Et au lieu de continuer à construire des mosquées, alors qu’ils peuvent prier chez eux, ils doivent plutôt et d’abord construire des collèges afin d’y dispenser la connaissance et y enseigner les beaux-arts et les belles-lettres pour que plus jamais un imam ignare n’interdise à des jeunes enfants l’écoute de la musique.
 

Propos recueillis par Cécile Picco

 

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fredibus
- 10/01/2016 - 23:27
J'ai loupé un truc
Enquête sur Tf1 dans une maternité diffusée à 19 h
Une femme d'origine africaine de 23 ans accouche de son troisième enfant.....
Mes enfants qui ont ont le même âge sont à la fac passent leur partielles et essaient de rentrer dans la vie........
Cherchez l'erreur
kiki08
- 10/01/2016 - 13:08
malheur
nos gouvernants sont d'abominables traitres . nos enfants vont nous maudire , et ils auront raison.
Djib
- 08/01/2016 - 21:02
Pour se faire une idée de ce qui va arriver dans quelques années
il suffit d'aller se promener dans une maternité et compter le nombre d'entorchonnées.