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Décrochage ?

Douche écossaise : le niveau de vie des retraités français baissera à partir de 2020 mais ils resteront parmi les lotis au monde

Publié le 20 décembre 2015
Selon la version 2015 du rapport du Conseil d’orientation des retraites, l’année 2015 serait une année charnière. En effet, si la pension moyenne a pu, jusqu’à présent, croître régulièrement par rapport aux salaires, une diminution est à prévoir. Ainsi, de 66% en 2015, le rapport pension-salaire devrait s’établir entre 45 et 58% en 2060.
Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research. Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'...
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Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research. Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'...
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Selon la version 2015 du rapport du Conseil d’orientation des retraites, l’année 2015 serait une année charnière. En effet, si la pension moyenne a pu, jusqu’à présent, croître régulièrement par rapport aux salaires, une diminution est à prévoir. Ainsi, de 66% en 2015, le rapport pension-salaire devrait s’établir entre 45 et 58% en 2060.

Atlantico : Comment expliquer la baisse prévue par le Conseil d'orientation des retraites ?

Jean-Yves Archer : Le rapport du COR publié le 16 décembre dresse "un état des lieux de la situation des retraités en France" (voir ici). Il est donc un panachage intéressant d'approches économiques et sociologiques. Ainsi, il traite autant du porte-monnaie des anciens que de leurs modes de vie, voire de survie.

Effectivement le rapport pension/salaire va se détériorer ce qui est une conséquence démographique de l'afflux des baby-boomers à la retraite et de la dégradation continue du nombre d'actifs rapportés au total de retraités.

La quasi-parité de niveau de vie qui s'observe depuis une vingtaine d'années entre retraités et actifs (ou entre retraités et reste de la population qui inclut les inactifs non-retraités : étudiants, femmes inactives, handicapés, etc) "devrait se prolonger encore une dizaine d'années" au bénéfice des quelques 15,6 millions de retraités de droit direct (hors réversion) dont 14,5 millions résident en France. Pour mémoire, près d'un retraité sur deux a moins de 70 ans et près d'un quart a moins de 65 ans.

Le chapitre 4 qui traite des "Perspectives et objectifs en termes de montants de pension et de niveau de vie" (page 61 et suivantes) établit des projections qui "n'incluent donc pas les effets de l'accord du 30 Octobre 2015 relatifs aux régimes complémentaires AGIRC et ARRCO". Autant dire qu'il y a une sérieuse lacune dans le travail, par ailleurs, finement conduit. La page 62 comporte un tableau du "rappel des hypothèses des scénarios économiques des projections du COR" qui tablent invariablement sur un niveau de chômage situé dans une fourchette entre 4,5% et 7% à horizon 2025. Le premier chiffre laissant songeur du fait de l'impact de la numérisation substitutive des emplois et du fait qu'il se situe en-deçà du niveau théorique de plein-emploi en France...

Quelles sont les conséquences d’une baisse de niveau de vie des retraités par rapport au reste de la population sur le long terme ?

Les retraités pauvres représentent plus de 1,2 million de personnes et les anciens vivant au minimum vieillesse représentent 0,56 million de personnes. La future baisse relative des retraites risque clairement d'alourdir ces chiffres qui sont fort bien illustrés par un tableau de la page 204 nommé : "Les 27 difficultés prises en compte pour définir la pauvreté en conditions de vie".

Parallèlement, une analyse plus fine s'impose. Les montants de pension sont un déterminant important du niveau de vie des retraités (qui est lié à la contrainte de soutenabilité financière du système de retraite), même si interviennent également la structure des ménages (désavantages aux familles monoparentales, aux veuves, au nombre " important " de descendants, etc), les autres revenus (détention d'un patrimoine notamment la résidence principale) et la fiscalité. (voir hausse récente de la CSG).

La baisse du niveau de vie des retraités sera un paramètre négatif au plan macroéconomique puisqu'il affectera directement le niveau de la consommation des ménages. (voir "taux d'équipement en biens durables ou en abonnements" : page 82).

De surcroît, une érosion de plus de 15% des retraites aura nécessairement un impact sur les donations et aides financières que réalisent les personnes âgées.

"Les successions déclarées au fisc représentaient en 2006 un montant de l'ordre de 100 milliards d'euros (soit 5,4% du PIB) dont 39,4 mds de donations (soit 2,2% du PIB) et 58,9 mds d'euros d'héritages (soit 3,2% du PIB)." (p.109).

Ces flux financiers seront altérés et pour ce qui concerne les donations, il risque d'être observé une moindre propension à consommer des actifs bénéficiaires desdites donations. Ainsi, la baisse des retraites aura, selon mon analyse, un effet-ricochet plus lourd qu'usuellement anticipé.

Au plan microéconomique, le sentiment d' "aisance financière " (terme Insee) des retraités se trouvera mécaniquement érodé. La catégorie "c'est juste mais il faut faire attention" qui représente actuellement près de la moitié des cas sera revue à la baisse (migration vers "Vous y arrivez difficilement" : voir tableau page 105). D'autant que le reste à charge après intervention de l'assurance maladie obligatoire ne cesse d'augmenter et que les frais de santé sont un point-clef.

Paramètre qui démarre – hélas pour les personnes concernées – plus tôt qu'imaginé habituellement. Les limitations d'activité après 50 ans (page 156) ne sont pas à sous-estimer et nuisent aux capacités de cotisations des dernières années de carrière.

Les retraités français sont-ils mieux, ou moins bien lotis que leurs homologues européens ? Les retraités ont-ils plus ou moins "souffert" de la crise que la population active ?

De l'étude du COR, il ressort que les retraités français sont mieux lotis que la plupart de leurs homologues européens.

"Les ménages de plus de 65 ans avaient en 2012, en moyenne dans l'OCDE, un niveau de vie correspondant à 86,8% de celui de l'ensemble de la population. C'est en France, où il atteint 100%, que le niveau de vie relatif des plus de 65 ans apparaît le plus élevé parmi les onze pays habituellement suivis par le COR. A l'inverse, il était le plus faible en Belgique et au Royaume-Uni, représentant un peu plus des trois-quarts du niveau de vie de l'ensemble de la population. " (p. 46).

Pour l'heure, les retraités sont à une période charnière et pris globalement, ils n'ont pas souffert de la crise ce qui recouvre (attention) bien des situations disparates. "Comme le pouvoir d'achat des pensions brutes au cours de la retraite a été relativement stable depuis une dizaine d'années, l'augmentation du montant moyen des pensions versées à l'ensemble des retraités reflète essentiellement la progression au fil des générations, liée au fait que les nouveaux retraités ont des pensions supérieures à ceux qui décèdent : "effet noria". (p. 20).

Il est crucial d'enregistrer que cet effet noria contribue à masquer des décrochages de revenus moyens pour telle ou telle catégorie de retraités.

Selon le rapport, la différence entre les retraités du régime général (1160 euros en montant mensuel brut) et les retraités fonctionnaires civils d’Etat (2200 euros) affiche un rapport du simple au double. Comment expliquer une telle différence ? Est-elle justifiée économiquement ?

Le tableau de la page 14 du rapport examiné ici est un puissant révélateur de la société française. On y voit que le montant mensuel brut moyen de la pension d'un retraité au RSI commerçant est de 490 euros là où l'ancien salarié du régime général est à 1160 euros. 2200 euros est effectivement le montant correspondant à la catégorie des fonctionnaires civils d'Etat ce qui tord le cou à une idée largement répandue selon laquelle les conditions faites au secteur public seraient le fruit d'une inégalité sociale, à son détriment.

Pour ma part, ayant démissionné de la fonction publique il y a 35 ans et étant en profession libérale depuis 26 ans, je veux bien accepter de comparer ma situation avec celles des autres anciens de l'ENA dont bien peu ont pleine conscience de leurs avantages comparatifs...

La page 12 du rapport indique qu' "environ 10% des retraités perçoivent moins de 300 euros par mois". Je doute qu'il s'agisse là d'anciens agents de la SNCF ou de la RATP dont le coût des régimes spéciaux est connu et comme frappé de fatalisme face au nécessaire vent de la réforme.

Pour conclure sur une note plus sociologique, le lecteur pourra se référer au tableau fort instructif de la page 187 qui traite des "Types d'activités journalières des personnes selon l'âge".

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bobthe log
- 21/12/2015 - 02:45
a qui profite le crime ?
étonnant qu'on ne parles pas de l'augmentation des profits des actionnaires qui suit ne courbe inverse....ou de ceux de nos hauts fonctionnaires, ou ceux de la finance....
jurgio
- 20/12/2015 - 16:09
Si les retraités resteront assez bien lotis
il n'y a qu'une explication : ils auraient épargné toute leur vie et la mafieuse répartition n'existerait plus.
Claude.Liauzu
- 20/12/2015 - 13:45
Le COR doit apprendre à calculer
Selon le COR, les retraités ont un niveau de vie correspondant à 86,8% de celui de l'ensemble de la population soit un niveau moyen pour l'ensemble de la population de 1336€.
Or, selon l'INSEE le salaire moyen des français était en 2015 de ..
.2 202€
Cherchez l'erreur.
Les retraités français ont un niveau de vie supérieur à celui des retraités des autres pays. Oui, mais les retraités des autres pays ont-ils payé autant de cotisations vieillesse ?
Vous signalez la différence de retraite entre le secteur privé (1160) et les fonctionnaires d'Etat (2200 ) .
Et pourtant, lors de sa campagne électorale Hollande avait dit qu'il n'y avait pas lieu d'établir une règle d'égalité entre retraites du secteur privé et retraites du secteur public car le taux de remplacement était équivalent selon lui... Cela signifierait-il que les salaires des fonctionnaires sont double de ceux des salariés du secteur privé ...
Même à l'intérieur du privé, il y a des différences iniques : j'ai été salariée 10 ans et profession libérale 30 ans. Ma retraite de salariée est égale à ma retraite de profession libérale ! Autrement dit de salariat = 30 ans de profession libérale.