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"Vaclav Havel n'était pas un "Indigné", lui prenait le risque d'agir!"

Publié le 19 décembre 2011
Les Tchèques sont encore en deuil après la mort de Vaclav Havel ce dimanche. L'historien Ilios Yannakakistous l'avait côtoyé lors du Printemps de Prague, il revient sur le parcours du premier Président de la République tchèque.
Ilios Yannakakis
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Ilios Yannakakis est historien et politologue. Il est l'un des animateurs du Printemps de Prague qui va ouvrir la crise du PCT. L'entrée des chars soviétiques à Prague, en 1968, l'oblige à quitter le pays. En août 1968, il émigre à Paris où il enseigne...
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Les Tchèques sont encore en deuil après la mort de Vaclav Havel ce dimanche. L'historien Ilios Yannakakistous l'avait côtoyé lors du Printemps de Prague, il revient sur le parcours du premier Président de la République tchèque.

Atlantico : La presse a presque tout dit sur Vaclav Havel : l’écrivain, le dissident, le président de la République tchéquoslovaque, et de la République tchèque,... De quoi vous souviendrez-vous, vous qui avez participé également au Printemps de Prague ?

Ilios YannakakisVaclav Havel fut aussi un dramaturge. Il a joué un rôle dans ce réveil d’une littérature non réaliste dans les années 1960. Il a été en quelque sorte le précurseur de cette tendance où l’absurdité kafkéenne, l‘ironie et en même temps le regard malicieux sur le régime à déstructurer l’idéologie communiste.  Sur cette période, j’aimerais souligner une œuvre qui fut vraiment un coup de tonnerre : La fête en plein air. Une œuvre mise en scène en 1963 que j’ai vue plusieurs fois –  y compris son adaptation au cinéma. Ce fut un moment d’une très grande importance dans cette lutte  idéologique d’une opposition non structurée contre le pouvoir communiste. L’enjeu était cette lutte contre la censure, contre l’idéologie officielle, contre eux, par rapport à nous : ce qui clive les gens d’un côté et le pouvoir de l’autre. « Eux », c’était le pouvoir et « Nous », la grande masse.

 

Quelle était le thème de « La fête en plein air » ?

C’est une absurdité. Cette pièce décrivait comment des personnes qui occupent des postes, partent, et sont remplacées par les mêmes. C’est une scène absolument absurde d’un renouveau de ce pouvoir qui ne change pas.

 

A quel moment Vaclav Havel s’est-il révélé comme opposant ?

Après l’intervention soviétique (en 1968), la Tchécoslovaquie a vécu la « Normalisation », c’est-à-dire que le pouvoir a joué une carte très intelligente : occupez-vous de votre vie personnelle, enrichissez-vous si vous le pouvez. Tout le monde s’est précipité pour acheter des maisons de campagne, à économiser pour s’acheter une voiture ou toute la famille se cotisait pour reconstruire ensemble la maison de la grand-mère… C’est à ce moment-là, qu’il a  y a eu une voix de quelques intellectuels : Vaclav Havel et Jan Patočka qui, avec d’autres,  ont fondé la Charte 77. Son idée centrale : le pouvoir n’est pas réformable. Ce qu’il faut donc c’est la démocratie que l’on atteint en enjoignant le pouvoir à respecter ses propres lois. C’est précisément l’idée de la dissidence. La dissidence n’est pas un mouvement révolutionnaire. C’est un mouvement de prise de conscience de ce petit groupe, qu’il fallait imposer une morale politique.

 

Vaclav Havel était-il le premier « indigné » au sens où on l’entend ces temps-ci ?

Non, ce terme d’ « indigné » est un mot horrible. Il ne faut pas s’indigner : il faut agir pour une autre morale par rapport au totalitarisme. Vaclav Havel n’a rien à voir avec les « Indignés ». Les « Indignés » ont toute la possibilité de manifester et personne ne va en prison ; personne ne met sa vie en danger. Personne n’accepte, comme Vaclav Havel, d’aller huit ans en prison… Les « Indignés » peuvent dormir sur une place publique sans être matraqués…

 

Vous avez participé au Printemps de Prague, quel souvenir avez-vous de l’homme Vaclav Havel  ?

J’ai croisé Vaclav Havel quand j’étais à Prague. J’avais justement une chambre sur ce théâtre de La Balustrade qui était presque le sien.  C’était un petit monde : le monde des intellectuels, des économistes et des cinéastes à Prague. Tout ce monde formait l’opposition dans les années 1968.

C’était un homme très simple. Dans son théâtre, il faisait tout : metteur en scène, il portait les décors, parlait avec les gens. Le soir après la représentation, ils s’attablaient tous autour de bocks de bière. Il y avait une fluidité dans les années praguoises entre tous ces intellectuels. Les intellectuels n’étaient pas enfermés dans leur tour d’ivoire et les autres. C’est la grande différence d’avec la France…

 

Que retiendra-t-on de son accession au pouvoir en 1989 ?

Il était encore en prison lors de la chute du Mur de Berlin en 1989, pour avoir organisé une journée de commémoration de Jan Palach – l’étudiant qui s’immola par le feu. Puis, il a été libéré sous la pression internationale. Mais durant cette période de 1989 qui vit la chute des régimes communistes, on doit souligner qu’un régime politique tombe quand la peur recule et que ce pouvoir ne peut plus agir avec violence.

 

Quel a été le déclic dans le cas tchécoslovaque ?

Tout s’est joué après la manifestation des étudiants praguois. Une manifestation tolérée par la police mais avec l’interdiction de descendre en centre-ville. Or cette manifestation est descendue dans le centre. Les étudiants ont désobéi, la police les a un peu bastonnés. Le lendemain,  tous les acteurs et tous les hommes de théâtre se sont mis en grève. Deux jours plus tard, dans les sous-sols d’un théâtre au centre de Prague, se réunissaient les initiateurs de la Charte 77 qui alors créent le Forum civique. A ce moment-là, les choses commencent à se déliter.

Le moment le plus important, là où Havel et ses plus proches compagnons ont joué un rôle absolument unique, intervient quand le pouvoir les invite à discuter en pensant les mettre « out » par quelques réformettes. Or ces étudiants sans expérience politique mettent échec et mat les représentants du pouvoir qui, chaque jour, cèdent du terrain. Ils voulaient, par exemple, la fin de la censure ou le droit en réunion… Et le pouvoir accepte et au fur et à mesure, des pans entiers se délitent.  Les organisations, les syndicats, toutes ces courroies de transmission partent en miettes.  Jusqu’au moment où tout le monde met en scène une manifestions partout dans les villages aux cris de « Havel président ! » Le pouvoir a alors compris qu’il ne pouvait rien faire. Le président Husak démissionne. Et Havel est élu président de la République par la chambre communiste qui cinq ans avant l’avait envoyé en prison ! C’était inimaginable, un tournant, quelque chose de spectaculaire. Ce qui marque cette élection, c’est que la Tchécoslovaquie est le seul pays de l’Est où il y ait eu une transition pacifique vers un système démocratique.

 

Cela était-il dû à la faiblesse des dirigeants ou la pugnacité des opposants ?

Il y a eu un mouvement populaire. Personne ne voulait de violence. Pas même le Parti communiste qui était incapable de violence contre la population. Cela montrait qu’il y a eu une maturation. Le Printemps de Prague était encore là dans ses résidus, dans l’esprit des gens. C’est cette volonté de ne pas utiliser la violence, ni d’un côté ni de l’autre. Ni même se venger...

 

Propos recueillis par Antoine de Tournemire

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (3)
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Takezo
- 21/12/2011 - 10:42
La France aime le communisme
et donc ne peut saluer ce résistant. C'est avec ce genre d'homme ou de femme que ce mot résistant prend tout son sens. Mais non, en France, la résistance c'est d'être contre Sarkozy.
Mais encore une fois, les français n'ont que ce qu'ils méritent. Et j'espère qu'Hollande les enfoncera.
vidimus
- 20/12/2011 - 09:21
la gauche française hypoKrite dans ses louanges
avec ce Lang béat devant le régime cubain qui instaure 3 jours de deuil pour le communiste nord koréen qui a édicté un code de la liberté à la bolchevik soutenu par la Chine
slavkov
- 19/12/2011 - 15:49
hypocrites
... et qui ose encore dans ce pays parler de crimes du communisme? nos rues, le parlement et les "médias" grouillent de nostalgiques des ces idées révolutionnaires, d'admirateurs des idéologies totalitaires, les porteurs d’étendards rouges ou noirs flanchés de curieuses effigies. comme a nurenberg, il est temps que soient enfin inquiétés ces criminels sanguinaires ...